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A chaque période troublée de notre histoire récente, par pénurie de monnaie, thésaurisation de monnaies d’or et surtout des divisionnaires en argent, réquisition des monnaies en bronze pour la «machine de guerre», il fallut faire face et trouver des solutions pour continuer à faire fonctionner l’Economie, d’où la création des monnaies de nécessité. Ces monnaies ont été émises à quatre époques :
La Révolution Française :
Si on trouve un nombre important de «billets de confiance» émis dans les années noires de la Révolution, il y eu peu d’émetteurs de monnaies métalliques, les plus importants étant les Frères Monneron.
La Guerre de 1870 :
Apparues dans la région Nord, les émissions se sont vite multipliées à travers le pays (environ 48 départements). Si les premières émissions de monnaies de nécessité, sous forme de bons et de billets, le furent suite à la disparition du petit numéraire, le but des dernières, à partir de 1871, fut d’aider à la reprise économique.
La guerre de 1914-1918 :
Les causes sont les mêmes, qu’à la période précédente. La crise monétaire fait rage et l’économie étouffe par manque de numéraire, mais à la différence de la guerre de 70, outre les monnaies de nécessité, billets ou monnaies métalliques, on invente de nouveaux moyens de paiement : les monnaies-carton et les timbres-monnaie.
On distingue deux catégories de monnaies de nécessité lors de cette période:
- les «semi-officielles» : Emises par les Chambres de Commerce, les Unions Commerciales, Commerciales et Industrielles, les municipalités, etc…Ces émissions sont tolérées par l’Etat par décision du 16 août 1914. Elles doivent être accompagnées d’un dépôt de garantie à la Banque de France représentant la part de valeurs légales. Leurs circulations étaient relativement larges, une ville, un département, pouvant aller à une région entière, la région provençale, par exemple.
- les émissions privés : Parmi lesquelles on trouve des commerçants (boulangers, épiceries, cafés, hôtels, etc…), des industrielles (Renault, Fives Lille, etc…qui permettaient de payer les frais de cantine, des achats dans leur coopérative ou économat, voire le salaire de leurs ouvriers), des compagnies de transport (les tramways de Paris, Saint-Etienne, Le Havre, etc…). Ces émissions se faisaient sans autorisation, sans dépôt de garantie, et par là même, faisaient fi du droit régalien de l’Etat de frapper la monnaie. Leurs circulations étaient, bien sûr, beaucoup plus restreintes.
La Guerre de 1939-1945 :
La situation est différente des périodes précédentes, le recours aux monnaies de nécessité n’est plus la cause d’une quelconque thésaurisation, mais du fait de la décision de l’Etat de fermer les succursales de la Banque de France et des guichets du Trésor Public menacés devant l’avancée allemande, ce qui induit la fermeture des guichets des banques commerciales. Ces émissions furent peu nombreuses et ne circulèrent que peu de temps.
Quelques caractéristiques des monnaies de nécessité :
- Fabricants parmi les plus importants : Thevenon, Duseaux, Bory…
- Valeurs : outre les valeurs traditionnelles 5, 10, 20, 25, 50 centimes, 1, 2, 5 et 10 francs, on trouve des 30, 40, 60 et 75 centimes, sans oublier la très inusitée 12 ½ centimes hors de Saint-Etienne et sa région. On trouve aussi ces monnaies libellées en Pain, Baguette ou Flûte (ex : Saulnes), ou bien en Viande, Lait…
- Matières : la plupart en aluminium, pour les autres, zinc, fer, laiton, cuivre, etc…
- Formes : a peu près tout ce qu’on peut imaginer, rondes, carrées, rectangulaires, ovales, triangulaires, pentagonales, hexagonales, octogonales, etc…, lobées, trouées, avec coins coupés ou arrondis, etc…
- Motifs : là aussi, ils sont très variés, souvent les armoiries des villes, des monogrammes, un poilu (ex : Mazamet), un tonneau, un voilier (ex : Toulouse), un paysan (ex : Evreux), un paysage, un monument, etc …très variés mais rares, la plupart se contentent d’une légende.
D’autres monnaies émises hors des périodes suscitées sont considérées comme des «nécessités», ce sont les monnaies, avec un usage purement interne, des nombreuses coopératives industrielles, minières ou ouvrières (réaction de la classe ouvrière à sa condition, propagation des idéaux communistes, développement des syndicats…avec par exemple la société civile de consommation de Trignac, fondée en 1890), des sociétés de bienfaisance (avec par exemple des sociétés catholiques comme les fourneaux économiques de Saint-Vincent-de-Paul, ou bien anticléricales, comme les fourneaux démocratiques) qui ont vues le jour avec le boom économique et industriel sous Napoléon III et la IIIème République .
Sources :
- "Monnaies de Nécessité Françaises 1789-1990" de Roland Elie et Victor Gadoury
- "Monnaie de Nécessité et Jetons-Monnaie 1800-2000" de Roland Elie
- Bulletin de la Société Archéologique de Touraine.
A lire :
LA CRISE DE LA PETITE MONNAIE SOUS LA REVOLUTION, par Gabriel Roger - L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1er semestre 1917.
NOTE SUR LA PETITE MONNAIE, par A. Barriol - Journal des Economistes de Décembre 1915.
LA CIRCULATION FIDUCIAIRE DES CHAMBRES DE COMMERCE, par Maurice Evesque. - Journal des Economistes, 1er trimestre 1916.
PAPIER MONNAIE ET MONNAIE DE NECESSITE - L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1915-1918.
LA TOURAINE DANS LA GUERRE 14-18 Extrait - Le magazine de La Touraine, Hiver 1993-94.
MONNAIES DE GUERRE DE LA RÉGION PARISIENNE - Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France 1918.
LA MONNAIE DE NÉCESSITÉ DANS LA PRESSE FRANÇAISE.
NOTRE MONNAIE DE GUERRE, par F. Mazerolle - L'Illustration du 19 avril 1919.
LES BILLETS DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE BORDEAUX EN 1870 ET EN 1914, par Emm.-Henri Courteault - Revue philomatique de bordeaux 1914.
Les monnaies de nécessité allemandes de 1914 à 1923 :
Comme pour la France, assez rapidement après le début de la 1ère Guerre Mondiale, la petite monnaie métallique a tendance à disparaître fortement, soit par la diminution drastique d'émission de nouvelles monnaies, le métal étant réservé à la machine de guerre, soit par la thésaurisation des monnaies en argent, la valeur intrinsèque de ces monnaies étant supérieure à leur valeur faciale, entre autres causes.
La petite monnaie étant indispensable à cette époque, beaucoup plus qu'à la notre, les municipalités vont émettre des monnaies, d'abord sous forme métallique (fer, zinc), puis sous forme de billets, suivies par des entreprises privées, des caisses d'épargne, des chambres de commerce, etc. A l'instar de la France, certaines émissions étaient couvertes par un dépôt de valeur équivalente dans les banques d'Etat.
Ces billets de nécessité, de par leur multitude, leur graphisme et couleurs, leur texte, etc, vont très vite intéresser les collectionneurs et entraîner une multiplication d'émissions nouvelles. Il semble que le premier billet soit apparu en 1914, il y eu peu d'émissions jusqu'en 1917, de plus en plus à partir de 1918, pour finir par une explosion des émissions dans les années 1920-1922. Ces dernières, qui n'ont plus vraiment d'intérêt économique, l'inflation commençant à augmenter considérablement, ne sont plus imprimées que pour les collectionneurs. Elles se présentent sous forme de séries (Serienscheine), soit de billets de valeurs différentes , la plupart du temps, 25, 50 et 75 pfennig, soit de billets d'une même valeur. Le but n'étant pas que ces billets soit remboursés, leur date de remboursement était souvent dépassée ou inexistante. Ce fut une source de revenus non négligeables pour leurs émetteurs. Certains firent de la publicité dans les journaux pour vendre leur billets, d'autres mirent sur le marché des billets pour des districts inexistants, notamment de Hambourg. Une partie infime des Serienscheine a réellement circulé.
Les Reutergeld sont un sous-ensemble des Serienscheine. Reinhold Wurst, de Schwerin eut l'idée, en y associant le plus possible de localités du Mecklenburg, 70 villes et communes s'y associèrent, d'émettre pour chacune une série de billets de nécessité (10, 25 et 50 pfennig) en souvenir du poète Fritz Reuter. Cinq artistes locaux furent chargés du graphisme, l'impression fut confiée à l'imprimerie Bärensprungische Hofdruckerei et la commercialisation fut effectuée par la Reutergesellschaft, dirigé par Reinhold Wurst. Tous ces billets avaient une date de remboursement expirée.
Une loi du 17 juillet 1922 mis fin à toutes nouvelles séries de billets de nécessité. Fin toute provisoire car avec les années 1922-23, années d'hyperinflation, la Reichbank et les banques régionales ne purent faire face à la demande. La Reichbahn (chemins de fer allemand), des villes, des provinces, des banques privés, des entreprises, émirent des billets, mais il ne s'agit plus ici de petite monnaies, mais plutôt de plusieurs centaines de mark en septembre 1922, puis de centaines de milliers de mark, de millions, de milliard, on a été jusqu'à émettre des billets de plusieurs centaines de milliards de mark. A certains moments, la dévaluation était tellement rapide, que les billets, fraîchement imprimés, devenaient inutiles, on devait les surimprimer d'une valeur plus forte avant de les mettre en circulation. Hjalmar Schacht mis fin à cette hyperinflation en novembre 1923 par une série forte de réformes économiques et monétaires, le Rentenmark remplaçant les billets de nécessité.
Ci-dessous, vous trouverez une estimation des émissions de billets :
1914, 452 émetteurs pour 5.500 billets,
1915-1922, 3.658 émetteurs pour 36.000 billets de moins d'un mark, et 579 émetteurs pour 5.000 billets de plus d'un mark,
1922-1923, 800 émetteurs pour 4.000 billets de 10 à 1.000 mark et 5.849 émetteurs pour 70.000 billets de plus de 1.000 mark.
On estime le nombre de billets pour les colonies allemandes à 3.800.
En juillet 1922, il fallait 500 mark pour avoir 1 dollar, puis 4.500 pour un en octobre. En janvier 1923 le dollar valait 10.200 mark, l'hyperinflation avait commencé, pour atteindre son summum en novembre 1923 où le dollar s'échangeait contre 4.2 trillions de mark, soit 4.200 milliards et ce sur le marché officiel, car sur le marché noir, le dollar avait atteint le montant astronomique de 12 trillions de mark !!!
Sources :
- World Notgeld 1914-1947 - Courtney L. Coffing
- Divers sites internet
A lire :
LE PLAN YOUNG ET LA B.R.I., Almanach Hachette 1931.
Le recours aux timbres-monnaie résulte des mêmes causes énumérées ci-dessus, concernant les monnaies de nécessité, le manque de petit numéraire en période de crise. Ils ont été émis dans de très nombreux pays à des périodes différentes et sous différentes formes. On peut classer les timbres-monnaie en deux catégories : les timbres collés sur un papier ou carton, insérés ou non dans une pochette translucide ( par exemple, les timbres-monnaie du Danemark ), et les timbres-monnaie métalliques, le timbre étant inséré dans une capsule métallique (cuivre, laiton, aluminium, fer), recouvert d'une pellicule transparente, en mica pour la plupart. Ce sont ces derniers qui m'intéressent plus particulièrement. Ils semblent être apparus pour la première fois aux Etats-Unis pendant la guerre de sécession en 1861-1865, plus précisément le 12 août 1862, date à laquelle John Gault déposa un brevet d'invention ( quelques exemples ). Les timbres-monnaie prirent leur essor pendant la Première Guerre Mondiale et les quelques années suivantes, ils existèrent dans la plupart des pays européens, et sous leur forme métallique, plus particulièrement en France, Allemagne, Autriche et Italie. En France, un brevet est déposé le 29 mars 1920 par Edouard Bouchaud-Praceiq inventeur de métier, à qui l'on doit, en autre, un brevet sur les Epreuves phonographiques pelliculaires (1912),un autre sur un brûlot auto-allumeur, appareil qui permet de protéger les vignes des gelées (vers 1899). Le 8 avril 1920, il dépose la marque "F.Y.P." (Fallait Y Penser) au tribunal de commerce de la Seine. La licence d'exploitation de ce brevet est cédé aussitôt à l'industriel Robert Binds' Chedler (Paris) pour la France et l'Etranger. On compte environ 220 jetons de marques différentes. Le timbre-monnaie, bien que monnaie de nécessité, doit être aussi considéré comme support publicitaire dans l'esprit de ceux qui en commande la fabrication. A la fois monnaie, support de timbre et objet publicitaire et du fait de leur tirage peu important (sauf ceux de la Société Générale et du Crédit Lyonnais), il intéresse de nombreux collectionneurs et donc, devient de plus en plus difficile à trouver ( à relativiser avec l'essor d'internet et des sites d'enchères... en tout cas, pour le moment...).
Quelques caractéristiques des timbres-monnaies français :
- Valeurs : Les timbres les plus usités sont les 5, 10 et 25 centimes.
- Matières : Aluminium avec publicité estampée (emboutie), Fer blanc avec publicité polychrome.
- Diamètres : en général, environ 32 mm.
- Tirages : séries de 1000, de nombreuses séries pour la Société Générale ou le Crédit Lyonnais, pour les autres timbres-monnaie, au moins une série. Aucun chiffre exact n'est parvenu jusqu'à nous...
Sources :
- "Timbres-monnaie" du Docteur Pierre Broustine (1988),
- Le Bulletin consacré aux Timbres-monnaie de l'Amicale Philatélique Marcophile Colmarienne, signé de Jean Frick (2002),
- Divers sites internet, notamment américains.
A lire :
Les Timbres-Monnaie des Origines à nos jours - Gaston Tournier - 1930.
Dès 1902, alors que les machines à sous ne sont apparues que vers 1890, une loi n'autorise plus la distribution des gains en espèces, ne reste que celles qui distribuent les gains en natures, comme des bonbons ou des cigarettes, ou en jetons "à consommer". Le jeton "à consommer" ne pouvait pas représenter plus de deux à trois fois la mise, mise qui elle-même ne devait pas dépasser 10 centimes, et il devait être utiliser dans l'établissement où se trouvait la machine à sous. Ces machines étaient installées dans divers lieux publics, comme les bars ou les fêtes foraines. Elles furent définitivement interdites par un décret d'août 1937. Parmi les principaux fabricants, on trouve Bussoz, certainement le plus prolixe, Beraud, Caille, Lecuyer-Mejeanne-Osswald, Loubet, Nau, Soukhostavski-Verdier, Valter ... Pour les fabricants de jetons, il s'agit de Cartaux et Katz.
Sources : divers sites internet et un magnifique livre de Jean Lemaitre aux éditions Alternatives, "100 ans de machines à sous"