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L'Etoile Polaire entre dans le port. Elle glisse majestueuse, le drapeau jaune qui porte l'aigle noir flottant au mât. Le canon tonne, les clairons sonnent aux champs, une émotion poignante serre le coeur de ceux qui assistent à cet imposant spectacle.
Le train impérial à l'Arsenal (photo non présentée)Le train qui mènera les souverains russes à Paris n'a pas moins de 200 mètres de long. Outre l'Empereur, l'Impératrice et leur suite, il loge dans ses onze wagons ses ingénieurs, son personnel placé sous les ordres d'un chambellan, ses mécaniciens, ses hommes d'équipes, tous attachés à la conduite, à l'entretien et au service de ce palais roulant dont le luxe et le confort dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir.
Débarquement de Leurs Majestés (photo non présentée)
L'Etoile Polaire a accosté le Bisson, un ancien vaisseau qui sert de débarcadère. Les marins alignés sur deux files font face aux troupes qui, sur le quai, présentent les armes. Leurs Majestés Impériales gravissent les deux étages du pavillon élevé sur le ponton et dont la carcasse en bois blanc est drapée de drap pourpre et décorée de faisceaux d'armes, de plantes vertes, puis elles s'engagent sur la passerelle couverte d'un vélum où M. Félix Faure seul les attend pour leur adresser ses premiers souhaits de bienvenue. La musique de la flotte joue l'hymne russe, les officiers saluent du sabre ou de l'épée.
La minute est solennelle. Mais dès que les souverains ont mis le pied sur le quai de l'Arsenal, les vivats jaillissent, les acclamations enthousiastes de la foule montent et s'exaltent jusqu'au délire.
Dans la journée même devait se jouer la première des grandes scènes qui ont laissé la France et l'Europe étonnée : la revue navale. Après les réceptions et les présentations, les souverains avec le même cérémonial s'embarquèrent de nouveau sur l'Etoile Polaire pour se rendre ensuite à bord de l'aviso l'Elan sur lequel ils doivent passer la revue de la flotte. L'Impératrice, malgré la fatigue du voyage voulant dès la première heure attirer tous les coeurs français, a tenu, par une délicate prévenance, à accompagner l'Empereur; M. Félix Faure suit la gracieuse souveraine, accompagné des Présidents du Sénat et de la Chambre des Députés MM. Loubet et Brisson.
La revue navale (photo non présentée)L'Elan est sorti du port de guerre, portant accouplés à son grand mât les pavillons personnels du Tsar et de M. Félix Faure. Il s'engage entre les lignes de l'escadre, salué par les équipages, qui, disposés le long du bord, poussent les sept hourrahs réglementaires d'une voix si vibrante que les sonneries des clairons ne parviennent pas à la couvrir. Et tandis que la rade s'emplit du bruit des canons, des sonneries, des vivats, le Napoléon de bronze, le bras étendu, d'un geste large, semble couvrir de sa protection cette flotte de guerre pavoisée.
L'escadre de la Manche (photo non présentée)Lentement, l'Elan défile devant le Charles-Martel, le Valmy, le Bouvines, le Dupuy-de-Lôme, le Jean-Bart, le Hoche. L'Impératrice et les deux chefs d'Etat, sur la passerelle de l'aviso, contemplent le grandiose spectacle qui s'étale sous leurs yeux. Arrivés à la hauteur du Hoche battant pavillon du vice-amiral Regnault de Prémesnil, les souverains s'embarquent sur un canot de trente rameurs qui les conduit à bord du cuirassé où le Tsar passe la revue de la garde, tandis que le canon tonne et que les musiques jouent l'hymne russe.