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Il est à l'Exposition, peu de monuments aussi favorisés du sort que celui-ci. Qu'ils le veuillent on non, des millions de visiteurs seront contraints de le contempler, et, nous l'espérons, de l'admirer. ![]() Mais M. Binet, architecte, est aussi un peintre. Il ne lui suffit pas d'aménager une entrée commode ; il voulut encore faire une porte de bel aspect. D'école indépendante, et, de ses voyages en Italie, en Espagne et en Afrique, ayant conservé dans les yeux de chaudes visions d'art, il résolut de nous donner un monument où tous les jeux de la forme et de la couleur contribueraient, comme il arrive aux pays de soleil, à l'effet d'ensemble. Pour la forme, sa porte affecte, en général, l'apparence d'un dôme de style oriental, avec, du côté de la place de la Concorde, deux pylônes élevés. Mais, à notre avis, la plus grande nouveauté de l'œuvre est dans sa couleur. Ayant, en effet, pour premier objet de briller, le jour sous les feux du soleil, et, la nuit, sous l'éclairage électrique, il a fallu couvrir la carcasse du monument de revêtements tels qu'ils pussent, à la lumière naturelle ou artificielle, donner à l'ensemble un aspect vraiment éblouissant. On y est parvenu. L'intérieur de la coupole sera tout doré. Les pylônes seront, sur toute leur partie supérieure, recouverts de lames de « verre américain» bleuté à pointillé d'or, et de teintes dégradées (les plus sombres en bas, les plus claires en haut) obtenues par des bains successifs. Partout, pour le soir, sont piqués des cabochons, bleus ou jaunes d'or, d'où les lampes électriques lanceront des feux colorés. Il se trouve même que certains de ces globes produiront, à leurs alentours, un auréolage qui doublera l'effet de lumière. Ainsi comprise, la porte présentera, de nuit et de jour, 1'aspect d'une sorte de vaste mosquée lumineuse à minarets étincelants. On a fait déjà des essais d'éclairage qui ont donné les meilleurs résultats, et M. Binet ainsi que son collaborateur M. Gentil, s'assurent qu'au jour de l'inauguration, Parisiens, provinciaux et étrangers ne seront pas déçus, pour le premier pas qu'ils feront dans l'Exposition, si du moins le soleil est de la fête. Mais n'en serait-il pas, que, la nuit tombée, l'effet, grâce à 1'électricité, serait encore saisissant, bien qu'entièrement différent. Il nous reste à parler de l'importante partie sculpturale que comprend la Porte monumentale, et, d'abord, des frises de la façade. Il y en a deux groupes, celles du Travail et celles des Animaux, qu'on est actuellement en train de mouler en grès, vert jaune ou bleuté. Ces morceaux de sculpture, dus respectivement à MM. Guillot et Jouve, survivront à l'Exposition et demeureront, croyons-le, parmi les plus intéressants exemplaires modernes de la frise, cette antique et presque nécessaire parure extérieure des monuments. Les frises des Animaux se recommandent par l'allure puissante donnée à ses sujets par l'animalier d'avenir qu'est M. Jouve. Son lion, son tigre, son mouflon, son ours et son taureau s'élancent de la muraille en pleine vigueur plastique. Les "Travailleurs" de M. Anatole Guillot, nous ont peut-être plu davantage encore, car, si leur anatomie est d'un classicisme impeccable, leurs vêtements, leur groupement, le choix des accessoires qui les entourent et jusqu'au mouvement d'ensemble qui oriente vers la porte cette théorie triomphale du Travail contemporain sont d'un modernisme particulièrement saisissant. Là, chaudronnier, plombier, charpentier, tapissier, tanneur, menuisier, terrassier, maçon, tourneur, fondeur, imprimeur, serrurier et potier d'art voisinent avec le mineur, et aussi le maquignon, le bouvier, le pêcheur, le vendangeur et le laboureur. A signaler spécialement comme très curieux, le groupe des électriciens et mécaniciens poussant dans un bel élan d'énergie, une énorme dynamo, ce grand facteur de toute force. Enfin, dominant la Porte tout entière, planant au-dessus de la proue d'un navire symbolique, voici que se dresse une majestueuse statue, de M.Moreau-Vauthier. Ce n'est pas la traditionnelle allégorie à péplum. C'est une femme de ce temps, moulée dans une robe très moderne et couverte d'un long manteau de bal entr'ouvert. Cette femme, c'est Paris, Paris de 1900, se dégageant du passé et se tournant vers l'avenir, Paris qui, d'un beau geste accueillant des bras, semble inviter le monde à venir puiser de la fierté et de l'espérance dans la vue de l'œuvre pacifique accomplie par un siècle d'humanité. Le Petit Journal
20 mars 1900 |