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Tout à l'heure, M. le Président de la République, entouré des ministres, des grands corps de l'Etat, c'est-à-dire la France officielle, va inaugurer l'Exposition de 1900.
Les Anciens, avant d'entamer un acte public ou privé, avant d'entrer dans une maison, avant de faire quoi que ce se fût, appelaient ceux de leurs prêtres qui tiraient du vol des oiseaux, des entrailles des victimes, de la marche des nuages, de la façon dont mangeaient les poulets sacrés, des présages heureux ou funeste. Ces prêtres qu'on appelait des augures arrivaient, appuyés sur leur bâton recourbé comme la crosse de nos évêques et émettaient des horoscopes, des prédictions sur la destinée, l'avenir, les effets de l'acte auquel ils présidaient. Cette coutume a laissé dans notre langue le verbe inaugurer.
Le mot a survécu à l'usage et la formule au respect. C'est la faute des augures qui ont abusé de la puissance que leur prêtait la foi, pour substituer leurs intérêts personnels, leurs ambitions et, leurs calculs aux règles, d'ailleurs aléatoires et irrationnelles de leurs divinations.
Aujourd'hui, tous les peuples ont encore pourtant l'habitude d'appeler aux cérémonies d'inauguration les ministres de leur religion, qui versent sur les oeuvres humaines les prières et les bénédictions, et qui, au moins, par leur seule présence symbolique, élèvent les âmes des créatures jusqu'au souvenir consolant et moralisant du Créateur. La France sur ce point ne ressemble pas aux autres peuples. Les fils de cette terre labourée par la discorde, arrosée par le sang, et pourtant si féconde et si douce à voir, dans la gracieuseté de ses lignes et la gentillesse de ses paysages, ont transformé la religion elle-même, qui réunit et qui apaise les autres, en sujet d'irritation et de colère. De sorte que, pas une fois aujourd'hui, ne sera prononcé le nom ou évoquée l'image imprécise de Celui qui a comblé la Patrie de tant de bénédictions et lui a donné une si belle histoire.
Un jour viendra, sans doute, où l'idée religieuse reprendra sa place officielle, parce qu'on aura cessé de part et d'autre de la confondre avec les infirmités des hommes. En attendant, c'est la science seule, c'est la prudence humaine qui serviront d'augures à l'Exposition. Et leurs horoscopes ne sauraient être vains, parce qu'ils seront tirés, avec bonne foi et patriotisme, du spectacle même auquel nous allons assister.
Depuis plusieurs mois déjà, avec autant d'insistance que le permettent les étroites limites de ma petite chaire, j'appelle l'attention du lecteur sur le grand acte qui doit clore le dix-neuvième siècle, par l'étalage magnifique de ce que ce pays-ci contient d'utile et de beau.
C'est que je vois dans l'Exposition autre chose que ce qu'y découvrent ceux qui la préparent et ceux qui y prennent part. Ceux-là apportent tous une bonne volonté, un entrain, une docilité dont on ne saurait assez les louer. Ils arrivent attirés non seulement par des calculs personnels tout à fait légitimes - l'espoir des distinctions honorifiques, le désir du gain et de la réputation qui le prépare. - mais aussi et surtout par ce noble et exquis sentiment de solidarité et d'orgueil collectif qui pousse l'officier aussi bien que le soldat, à courir à la mort pour rendre plus brillante, plus célèbre, plus auguste, une chose aussi abstraite qu'un numéro de régiment !
Or, le régiment de ces industriels, de ces artistes s'appelle la France. Et il ne s'agit pas de l'illustrer sur les champs de bataille - où des larmes, des douleurs et des désespoirs sont le revers des victoires - mais sur cet immense terrain de la lutte pacifique de la civilisation, où les vaincus eux-mêmes peuvent avoir à la fois de la gloire et du bonheur.
Or tandis qu'ils s 'efforcent, derrière leur effort je vois apparaître un résultat politique que tout brave homme doit poursuivre : la pacification sociale.
Oui, pour ceux d'entre nous qui ont des âmes de petites filles - et Dieu sait s'ils sont nombreux, hélas ! - l'Exposition sera une poupée qui les fera tenir tranquilles. Pour ceux qui ont un cerveau, elle sera un livre où ils liront la consolante vitalité de leur race. Pour ceux qui ont un coeur, elle sera le tableau attendrissant d'êtres humains et fraternels. s'appuyant les uns sur les autres, se soutenant, s'aimant.
Et de ce jouet, de ce livre, de ce tableau sortiront l'apaisement, la concorde, ces biens qui sont divins, puisque Dieu est venu lui-même les apporter ici-bas.
Mais l'Exposition ne sera pas seulement un gage de paix nationale, elle est aussi une garantie de paix internationale. Lorsque demain, des hommes venus de tous les coins du monde commenceront à défiler au milieu de ces jardins, de ces monuments, de ces merveilles, dont la toilette s'achève à peine, et qu'ils verront confondus tous les styles, tous les idiomes, tous les types, tous les drapeaux, ils comprendront que les nations n'ont pas été mises ici-bas pour s'entre-tuer, mais pour s'entraider, et que puisque tous les hommes sont les fils du même père, tous les hommes doivent se conduire en frères.
Et, qu'on me permette de le dire : cette démonstration a quelque chose de particulièrement touchant et de particulièrement flatteur pour notre pays. Tous ces étrangers, toutes ces nations qui ont répondu à notre appel ont déployé une bonne volonté, une émulation, se sont imposé des sacrifices, qui m'apparaissent comme un hommage rendu à la Patrie. Je suis peut-être naïf, peut-être ridicule, mais il me semble que s'il s'agissait d'un autre peuple que le peuple français et d'une autre capitale que Paris, les cinq parties du monde s'endimancheraient moins et se donneraient moins de mal.
Alors ? Alors, ça prouve que les étrangers nous voient plus charmants, et plus forts, et plus sérieux, et plus respectables, et plus aimable que quelques-uns d'entre nous ne voient leur propre pays.
Faisons donc trêve à nos discordes intestines ! Oublions nos rancunes, nos griefs, nos préjugés, aussi bien contre les autres que contre nous-mêmes. Et si , nous ne pouvons échapper entièrement à nos instincts de lutte, au moins figurons-nous pendant six mois que nous sommes bons, que nous sommes les amis de tous les autres Français et les amis du genre humain. Qui sait ? Peut-être nous habituerons-nous à ce rêve et voudrons-nous le vivre plus longtemps.
Dans tous les cas nul n'aura travaillé avec plus de sincérité que ce journal-ci à le transformer en réalité. Et au moment où s'ouvre l'Exposition, le Figaro, en regardant la politique qu'il a suivie depuis deux ans, et qui aboutit en somme à une apothéose, peut se féliciter modestement d'avoir prévu et annoncé ce qui se passerait : à savoir que nous sortirions d'une crise, sinon sans regrets, au moins sans déchirements, et que le gouvernement qui l'a dénouée recevrait comme récompense l'honneur de présider, au milieu d'un pays pacifié par ses soins, à un acte dont une nation féconde, forte et respectée est seule capable.
Nous avons donc le droit de dire :
Enfin ! Et nous le disons.
J. Cornély.
Echos
A Travers Paris
Les membres de l'Institut ont reçu pour la cérémonie d'aujourd'hui des cartes d'invitation qui ne portent pas d'indication concernant la tenue dans laquelle ils doivent s'y rendre.
- Est-ce en uniforme ? nous demande l'un d'eux. Est-ce en habit avec insignes ou en simple habit, ou en humble redingote ?
C'est en uniforme avec tous leurs insignes que les membres de l'Institut sont invités à se rendre à la cérémonie d'inauguration de l'Exposition.
Telle est la réponse que l'on nous a faite au protocole et au secrétariat de l'Institut, en ajoutant toutefois que cette tenue n'est pas rigoureusement obligatoire.
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Sait-on combien les députés - nos souverains pourtant ! - ont eu de cartes d'invitation pour l'inauguration d'aujourd'hui ?
Deux seulement par député !
On reconnaîtra que ce n'est guère, étant donné qu'il leur a fallu, avec cela satisfaire leur famille, leurs amis, leurs connaissances et leurs électeurs !
Aussi n'étaient-ils pas très contents et les employés de la questure étaient-ils assaillis de demandes et de réclamations. Ceux-ci ne pouvaient qu'avouer leur impuissance et exprimer leurs regrets, mais ils le faisaient avec tant de bonne grâce, et en s'ingéniant tellement pour arranger les choses au mieux, que finalement tout le monde a été à peu prés satisfait, et que ce léger nuage parlementaire a été dissipé grâce au tact et à l'obligeance du personnel chargé de la répartition.
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Le Président de la République ne visitera pas aujourd'hui le détail des pavillons étrangers. Il les saluera du pont de son bateau. C'est dommage.
Il n'eût pas manqué de remarquer à la Perse la boutique de Téhéran, riche de tapis précieux, dans laquelle l'acheteur de la Place Clichy fait ses achats lors de son passage dans la capitale de l'Iran. Il eût admiré au pavillon de Bosnie-Herzégovine les meubles très originaux que la Place Clichy a créés avec les produits du pays. Et il eût pu inaugurer les salons d'honneur décorés avec un luxe magnifique par cette grande maison parisienne, notamment les salons d'honneur de S.M. le Sultan et de S. A. le prince de Bulgarie, pour n'en citer que deux en passant.
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En même temps que l'Exposition, on inaugurera demain la Plate-Forme mobile et le Chemin de fer électrique. Tous les membres de la Presse, porteurs de leur carte pourront assister à cette inauguration. Les cartes de la Presse donneront d'ailleurs à leurs titulaires, pendant la durée de l'Exposition, l'accès gratuit de la Plate-Forme et du Chemin de fer électrique, qui seront ouverts au public à partir de demain matin dimanche.
LA CÉRÉMONIE D'INAUGURATION
Le programme de la cérémonie d'aujourd'hui, à l'Exposition universelle, a été réglé par le protocole de l'Exposition lui-même, et non par celui des affaires étrangères.
M. Emile Loubet quittera le palais de l'Elysée à deux heures moins un quart. Il occupera le landau de gala aux panneaux armoriés, avec l'attelage à la daumont, Montjarret piquant en tête du cortège. Dans le landau prendront place le président du Conseil des ministres, le général Bailloud, secrétaire de la Présidence ; M. Combarieu, directeur du cabinet civil.
Quatre autres landaus formeront, avec la voiture de M. Loubet, le cortège présidentiel.
Les ministres, à l'exception du général Galliffet, empêché, et de M. Millerand, qui doit recevoir le Président à la salle des fêtes, monteront dans ces voitures, avec les officiers de la maison militaire de l'Elysée.
L'escorte sera formée par un escadron de cuirassiers.
Le président du Sénat et le président de la Chambre se rendront, chacun de son côté, avec les membres des bureaux des deux Chambres et une escorte d'honneur, à la galerie des Machines.
L'itinéraire suivi par le Président de la République à l'aller est : l'avenue d'Antin, l'avenue de Latour-Maubourg, l'avenue La Motte-Piquet.
L'entrée se fera par la porte 20 de la galerie des Machines, qui s'ouvre sur l'avenue La Motte-Piquet.
Le Président sera reçu par M. Millerand, ministre du commerce ; M. Picard, commissaire général de l'Exposition, et les principaux fonctionnaires de l'Exposition, qui le conduiront à la tribune d'honneur.
Aussitôt les musiques joueront la Marseillaise.
Assisteront à cette cérémonie : les ministres, les présidents du Parlement, les sénateurs et députés, les grands dignitaires de l'Etat, les hauts fonctionnaires, les officiers généraux, le corps diplomatique, les commissaires généraux étrangers, les présidents et les membres des bureaux des groupes, la presse, enfin les ministres du commerce de l'Italie et de la Roumanie, qui se trouvent officiellement à Paris.
Les invités des enceintes de la piste A. B. C. D. E. F. G. H. I. J. K. L. M. N. et O., seront de préférence en tenue ; les militaires et fonctionnaires en uniforme, les civils en habit et cravate blanche. Cette tenue n'est pas de rigueur.
Le programme de la cérémonie comprend :
1° La Marseillaise.
2° Marche solennelle (Massenet).
Discours de M. Millerand, ministre du commerce, de l'industrie, des postes et télégraphes.
Discours de M. le Président de la République.
3° Hymne à Victor Hugo (Saint-Saëns).
4° Marche héroïque (Théodore Dubois).
Orchestre et choeurs sous la direction de M. Taffanel.
Contrairement à ce que dit un de nos confrères, le président du Conseil ne parlera pas à cette cérémonie. Personne ne doit d'ailleurs prendre la parole après le chef de l'Etat, et la cérémonie de l'inauguration ressortant tout d'abord au ministre du commerce, c'est au ministre du commerce qu'il appartient de souhaiter la bienvenue au Président de la République en lui remettant l'Exposition de 1900.
Aussitôt après cette cérémonie, le Prédissent de la République recevra, dans un salon qui lui est réservé, les commissaires généraux étrangers, les présidents des grande Commissions de l'Exposition, les présidents des Comités, les commissaires des colonies.
La visite de l'Exposition se fera ensuite à pied. Le Président n'entrera dans aucun monument.
Il traversera toute l'esplanade du Champ-de-Mars, ayant à sa droite M. Millerand, ministre du commerce, le président du Conseil occupant la droite de M. Millerand. Il aura à sa gauche le commissaire général, M. Picard.
Le Journal Officiel a donné hier ainsi qu'il suit la composition du cortège.
En feront partie :
MM. les ambassadeurs et ministres plénipotentiaires;
MM. les sénateurs et députés;
MM. les conseillers municipaux de Paris et conseillers généraux de la Seine;
MM. les commissaires étrangers;
MM. les membres de la Commission supérieure et MM. les présidents des grandes Commissions de l'Exposition;
M. le préfet de la Seine et M. le préfet de police.
La visite sera dirigée par le commissaire général et le haut personnel de l'Exposition. Le Président de la République franchira le pont d'Iéna, s'arrêtera une minute devant la colline du Trocadéro et s'embarquera au ponton de la rive droite, pour remonter la Seine jusqu'au ponton (rive gauche) qui est au pied du ministère des affaires étrangères, près du pont Alexandre III.
On fera admirer au Président l'allée centrale de l'esplanade des Invalides.
Traversée du pont Alexandre III à pied et de l'avenue Nicolas II.
Les voitures officielles attendront devant la porte de l'avenue des Champs-Elysées.
Le Président de la République prendra congé là et rentrera à l'Elysée. Tout sera fini à quatre heures et demi.
Mme Loubet assistera à la cérémonie de la salle des Fêtes dans la grande tribune P., réservée aux dames, ainsi que les tribunes Q. R. S. T. U. V. X. : elle sera entourée des femmes des ministres et des femmes des officiers de la maison militaire du Président de la République.
Ajoutons que les 14.000 cartes d'invitation qui ont été lancées par les soins de M. Picard, pour la cérémonie de la salle des Fêtes, seront valables pendant toute la journée, à partir d'une heure et demie, pour la visite de l'Exposition tout entière.
A l'occasion de l'ouverture de l'Exposition, le Président de la République a levé toutes les punitions dans les armées de terre et de mer et dans les Ecoles du gouvernement.
Il a en outre demandé aux ministres de la guerre et de la marine de faire allouer une ration de vin à tous les hommes et aux équipages de la flotte.
Gaston Davenay.
L'Exposition inaugurée __________
Elle nous ouvre aujourd'hui ses portes.
Et voilà enfin résolue - à l'ébahissement de quelques-uns et à la joie de tous - la question, universellement ressassée depuis quelques mois, de savoir si "on serait prêt" ou si on ne le serait pas ; si l'Exposition s'ouvrirait aujourd'hui, ou si cette ouverture serait ajournée.
La promesse donnée a été tenue et, malgré les prophéties noires, les criailleries, les plaisanteries, l'incrédulité des uns et les terreurs des autres; en dépit de ceux qui nous prédisaient une capitale inhabitable et saccagée, la province brouillée avec Paris, l'Exposition "boycottée" par l'univers, l'oeuvre immense qui devait s'accomplir s'est accomplie. Le décret du 4 août 1894 prescrivait que les portes de la Cité universelle devraient nous être ouvertes le 15 avril 1900. Six années se sont écoulées; sous le dernier feuillet arraché de nos calendriers le chiffre décisif est apparu... et voici que les maisons se pavoisent, et que le canon tonne ; et cela prouve qu'il y a encore chez nous des décrets qu'on prend au sérieux...
Le premier décret
Le premier acte public où il fut question de l'Exposition est même un peu plus vieux que cela. C'est un décret daté du 13 juillet 1892, que précédait un rapport de M. Jules Roche, alors ministre du commerce et de l'industrie, au Président Carnot.
L'opinion publique, écrivait M. Jules Roche, demande au gouvernement de fixer dès aujourd'hui la date des fêtes pacifiques auxquelles sont conviés tous les producteurs, tous les travailleurs du monde. Le sentiment qui se dessinait aux derniers jours de 1889 a pris corps ; il s'affirme pressant et irrésistible, il demande que l'intervalle qui depuis quarante ans a séparé nos Expositions universelles de 1855, 1867, 1878, 1889 ne soit pas dépassé. Le gouvernement ne pouvait manquer de s'associer à ce vœu unanime, conforme à la tradition constamment suivie ; il n'a pas cessé de se préoccuper des dispositions préliminaires à prendre et il croit le moment venu de sortir de la période purement préparatoire pour entrer dans celle de l'exécution. L'oeuvre à accomplir pour la prochaine Exposition exigera en effet des efforts prolongés et soutenus.
Les progrès réalisés, ceux qui s'achèvent sous nos yeux, permettent d'entrevoir un spectacle dépassant encore par sa splendeur celui qu'il nous a été donné d'admirer. Quelle qu'ai été la magnificence des Expositions précédentes, elles sont inévitablement éclipsé par les Expositions nouvelles qui jalonnent la voie ouverte à l'humanité et résument ses conquêtes successives.
M. Jules Roche ajoutait :
Je n'ai plus besoin d'insister auprès de vous monsieur le Président, sur l'intérêt que peu présenter une Exposition universelle à cette date. Malgré l'habileté et la science avec lesquelles elles ont été organisées, les revues rétrospectives de 1889 laissent un large champ aux études du même genre que l'on voudrait reprendre en 1900.
Dans le domaine des beaux-arts, par exemple, il sera facile de dégager les caractères principaux du mouvement artistique qui se poursuit à l'heure actuelle et d'opposer en quelques œuvres essentielles, l'art de la seconde moitié du siècle à l'art romantique ainsi qu'à l'art classique. Dans le domaine de la science, de l'industrie, de l'agriculture, le rapprochement entre les procédé, les méthodes et les produits, à l'origine et au terme de la période centennale, fournira les renseignements les plus précieux et éveillera en même temps l'attraction la plus puissante. Toutes les branches de l'activité humaine tireront un égal profit de ce bilan d'où se dégageront les conditions matérielles et morales de la vie contemporaine.
L'Exposition de 1900 constituera la synthèse, déterminera la philosophie du dix-neuvième siècle.
Le décret fut rendu, et peu de temps après était constituée la commission préparatoire à qui allait être confié le soin de rechercher tout d'abord quel serait l'emplacement de l'Exposition future.
La question touchait à trop d'intérêts - commerciaux et électoraux. - pour ne pas passionner un grand nombre de personnes ; et l'on se rappelle quelles vives polémiques s'engagèrent à ce propos.
Les uns demandaient que l'Exposition fût installée à Courbevoie; les autres, au bois de Boulogne; on vanta les commodités d'Auteuil, et l'on fit valoir les droits de Vincennes ! En réalité, la Commission préparatoire s'était vite persuadé que le seul emplacement possible était - agrandi dans la mesure des besoins nouveaux - celui des Expositions précédentes ; et ce fut aussi l'avis de la Commission supérieure à qui, au mois de septembre 1893, la direction de l'oeuvre était définitivement confiée.
Mais, si propres qu'elles soient à délibérer utilement, les Commissions ne valent guère tant qu'un homme n'est pas là pour incarner leur autorité et donner un sens à leur effort. Le premier soin du gouvernement, après avoir constitué celle-ci fut donc de la compléter par la désignation de son "agent" principal.
Un décret, daté du 9 septembre 1893, nommait commissaire général de l'Exposition de 1900 M. Alfred Picard, "président de section au Conseil d'Etat, rapporteur général de l'Exposition universelle de 1889, vice-président de la Commission préparatoire de l'Exposition de 1900".
Le grand chef
L'homme est connu, et personne, depuis sept ans, n'a été plus copieusement biographié.
Cinquante-cinq ans. Lorrain d'origine. Ancien sergent de l'Ecole polytechnique et ingénieur des ponts. On a dit ses débuts à Metz, et ses glorieux états de service, en 70, à Verdun, comme commandant du génie. A Nancy, la guerre finie, il est chargé de travaux considérables, et déjà ses rares aptitudes attirent sur lui l'attention du gouvernement. On l'appelle à Paris; on l'installe au ministère des travaux publics, où plusieurs directions techniques lui sont successivement confiées. En 1881, il entre au conseil d'Etat. Et voilà dix-neuf ans qu'il y travaille - apportant aux tâches les plus diverses - imperturbable assiduité d'un homme qu'aucun problème ne déroute et qu'aucun labeur ne lasse. Orateur, administrateur, écrivain, savant, il trouve le loisir à côté des lourdes besognes que lui imposent ses fonctions de président de section au Conseil d'Etat, de diriger, en 1889, les travaux de la classe des Chemins de fer et du groupe de la Mécanique; de rédiger sur cette Exposition un rapport général en dix volumes, qui est un chef-d'oeuvre; d'organiser des congrès, de présider une demi-douzaine de Commissions et de Comités consultatifs où sa parole est toujours la plus écoutée, et son autorité, je ne dis pas acceptée, mais réclamée par tout le monde; et comme, de temps en temps, les portes des administrations se ferment et qu'il faut s'en aller en vacances, M. Alfred Picard en profite - il faut bien tuer le temps ! - pour écrire quelques livres. Et c'est ainsi que nous avons de lui un traité des Eaux, un traité et une histoire des Chemins de fer : quelque chose comme douze ou quinze volumes dont la composition eût suffi à remplir la vie d'un autre homme.
Il a donc paru tout simple d'inviter M. Alfred Picard à organiser l'Exposition de 1900. Et il a accepté - à condition toutefois que ce petit travail supplémentaire ne le dispenserait ni ne le dérangerait d'aucun de ses travaux coutumiers.
Et voilà sept ans qu'il mène le plus tranquillement du monde cette vie effarante. Et il n'y a pas un banquet officiel auquel M. Picard n'ait assisté; pas une occasion de parler ou d'écrire utilement qu'il ait laissé perdre; pas une tâche - grande ou petite - où son attention se soit trouvée en défaut.
Au physique, un grand homme sec, d'aspect mélancolique; figure toute mince, aux traits anguleux et fins; crâne dénudé; moustache grise, abaissée en demi-cercle sur la lèvre; et sous le front proéminent deux yeux doux et clairs qui regardent regardent, qui "écoutent".
Aucune pose; point de solennité dans l'allure; jamais un bout de papier sur le bureau devant lequel il est assis... M. Alfred Picard traverse la vie dans l'attitude d'un rêveur résigné qui n'aurait pas grand chose à faire...
Les directeurs
C'est par lui-même qu'ont été désignés, un mois après son installation, les collaborateurs de premier rang qui allaient constituer son état-major. On les connaît.
C'est d'abord M. Delaunay-Belleville, directeur général de l'Exploitation. Cinquante-cinq ans - l'âge du commissaire général dont il fut le camarade d'Ecole. Ancien ingénieur de la marine; entré dans l'industrie; devenu gendre et associé du célèbre constructeur Belleville; ancien président de la Chambre de commerce de Paris.
Grande puissance de travail aussi, unie à la plus extrême affabilité. Et c'étaient là des qualités nécessaires dans les fonctions particulièrement délicates dont M. Delaunay-Belleville était chargé.
Il a été l'organisateur des sections étrangères, à l'Exposition : et ici il ne suffisait pas d'être administrateur et homme de science : il fallait être un diplomate très fin, très souple, très averti, et réussir dans l'art paradoxal de "favoriser" successivement tout le monde, sans que le droit de personne fût sacrifié. M. Delaunay-Belleville a réussi.
Le second directeur général de l'exploitation - ou directeur général adjoint - est M. Stéphane Dervillé. Industriel aussi, et de sept ou huit ans plus jeune que M. Delaunay-Belleville.
M. Stéphane Dervillé dirigeait, en Italie et dans les Pyrénées, l'exploitation d'importantes carrières de marbre; et lui aussi, appartient à cette catégorie d'hommes rares chez qui l'absorbant souci de leurs propres affaires développe et stimule - loin de le supprimer - le goût des affaires publiques, et prépare à les mieux comprendre. Entré tout jeune, il y a une quinzaine d'années, au Tribunal de commerce, il en devint vite président. Une autre présidence considérable lui a été dévolue en ces derniers temps : celle du Conseil d'administration de la Compagnie des Chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée.
M. Dervillé a été spécialement chargé d'organiser à l'Exposition la section française. Artiste, lettré, collectionneur de haut goût, très Parisien et très répandu dans la société parisienne, et sympathique à tous, il était là, excellemment, the right man at the right place. Un peu partout, dans cette section française qui couvre la moitié du territoire de l'Exposition, il a su non seulement encourager une foule d'initiatives intéressantes, mais en suggérer. L'ancienne galerie des Machines de 1889, notamment, devenue le palais, mieux que cela : la Ville de Agriculture et des Aliments, a été peuplée par lui; je veux dire suivant un plan d'ensemble au succès duquel il attachait beaucoup de prix. Ses espoirs ne seront point déçus.
La plus considérable des directions technique était celle des services d'architecture. C'est à M. Bouvard qu'elle a été confiée.
M. Bouvard est, en cette spécialité, un de nos maîtres. Inspecteur général des services d'architecture de la Ville de Paris, il fut, en 1889, l'architecte de cette fameuse galerie de Trente Mètres - qui n'a pas été tout à fait perdue, puisque les morceaux en ont été employés récemment à l'édification d'une partie du palais de l'Electricité et du Dôme central qui occupait, au fond et au centre du Champ-de-Mars, la place où s'élève à cette heure, le monumental Château d'Eau de M. Raulin.
M. Bouvard vient d'atteindre la soixantaine. Il fut, on s'en souvient, l'un de ceux à qui échut l'écrasant héritage d'Alphand ; et, à ce titre, il est chargé depuis plusieurs années de l'organisation des fêtes de Paris. Son inlassable activité n'a rencontré jusqu'ici dans cette tache délicate, que l'unanime encouragement des sympathies parisiennes. Après nous être promené dans la fabuleuse cité neuve dont il a fixé le plan, nous devons reconnaître que c'est mieux que de la sympathie que Paris doit désormais à cet homme-là.
M. Grison, directeur des finances sera-t-il jugé digne des mêmes louanges ? Sans doute; et je suppose cependant en posant la question, que M. Grison sera le premier à en sourire. M. Grison, en effet, joue, dans les affaires de 1900, un rôle terriblement ingrat : il représente et défend le Fisc - unguibue et rostro. Et tous Français et étrangers, s'accordent à proclamer que ces ongles son solides, et que ce rostre est incomparable dans l'art de bien tenir ce qu'il tient...
Aussi bien, M. le directeur des finances est-il, en la spécialité où il excelle si implacablement, un vétéran. M. Lockroy l'avait, en 1889, placé à la tête des services financiers de l'Exposition ; à Chicago, il fut également le gérant des finances de notre section française ; et il n'avait pas encore bouclé ses malles pour regagner Paris, que l'arrêté du 10 octobre 1893 l'en rappelait.
M. Grison est le doyen des directeurs : soixante-dix ans. Tête de procureur normand, à l'œil fureteur et fouilleur, à lèvre fine, pincée sous la courbe d'un nez plein de menace, la face bien rasée dans l'encadrement de favoris de neige taillés en côtelettes; au demeurant, le meilleur homme du monde, et le plus accueillant, et le plus courtois; mais, encore une fois, il est le Fisc. et ce n'est pas sa faute si la vue d'un restaurateur affolé par la cherté de ses redevances emplit son âme de fonctionnaire d'une joie douce. Sa mission étant de faire payer, la maussaderie même de ses victimes est un hommage rendu à son mérite. Il serait déplorable que cet homme excellent fût populaire... Et c'est pourquoi il s'enorgueillit spirituellement un peu de ne l'être pas.
J'ai nommé quatre directeurs. L'arrêté d'octobre en désignait un cinquième, M. Huet, chargé des services de voirie, parcs et jardins, de l'éclairage et des eaux. M. Huet a pris depuis lors sa retraite et a été remplacé à ce poste par un des plus distingués ingénieurs de la Ville, M. Defrance.
Sept autres noms doivent être ajoutés à ceux-ci : ceux de M. Henri Chardon, maître des requêtes au Conseil d'Etat, nommé au poste de secrétaire général, qu'il a su remplir depuis sept années avec une distinction unanimement louée; de M. Resal, ingénieur en chef des constructions métalliques; de M. Moreau, chef du contentieux; de M. Ernest Carnot, adjoint au commissaire général; et enfin de MM. Henri Roujon, Vassilière et J. Charles-Roux, désignés par le gouvernement comme délégués aux expositions spéciales des Beaux-Arts, de l'Agriculture et des Colonies et Protectorats. M. Vassilière a succédé dans ces fonctions à M. Tisserand, et M. Charle-Roux à M. Dislère.
Et ainsi se trouvait constitué le personnel supérieur du commissariat général qui s'occupe, à l'heure qu'il est - je ne parle que du commissariat français - plus de cent fonctionnaires. Parmi eux, je relève quelques noms connus :
Au secrétariat général : M. Gilles de La Tourette, médecin en chef de l'Exposition; M. A. Legrand, le très actif et très obligeant chef du secrétariat; - aux directions de l'Exploitation : M. Gustave Foucher, secrétaire de la direction général; M. Blondel; (le distingué chef de la maison Erard), délégué au service général de la section française; M. François Arago, chargé du service général des sections étrangères, et dont les commissaires étrangers ont si unanimement apprécié l'affable et dévoué concours; - à la direction des finances, M. Ernest Picard, l'aimable chef du secrétariat, fils du célèbre député de l'Empire; - à la direction des services d'architecture : MM. Sacquin chef du secrétariat, beau-fils de M. Alfred Rambaud, sénateur et ancien ministre; Vacherot, jardinier en chef; - à la direction de la voirie: M. l'ingénieur Boreux, adjoint au directeur.
Au service des installations générales, M. Bonnier, architecte en chef; - aux services techniques et des ponts et passerelles : MM. les ingénieurs Bourdon, Picou, Guyenet, Meunier, Lyon et Alby ; - aux beaux-arts : MM. Molinier, chef du service ; Roger-Marx, Marcou, Giudicelli, adjoints ; - aux colonies et protectorats : M. le sénateur Saint-Germain, directeur ; M. Broussais, sous-directeur ; MM. Scellier de Gisors et Yvon, architectes; - au service du Catalogue officiel : M. Henry Girard ; - aux Congrès : M. Gariel ; - aux sports, M. Mérillon ; - aux services centennaux, François Carnot, fils du président et frère de M. Ernest Carnot, adjoint au commissaire général ; - à l'inspection, le colonel Wolf et le commandant Boutin.
Mais il n'y a guère que quatre ou cinq ans que ce nombreux personnel a été constitué.
Auparavant, il importait de fixer le dessin général de l'œuvre elle-même, de décider ce qu'au point de vue technique, moral et pittoresque elle devait être.
C'est à quoi, dès le mois de juin 1894, s'appliqua, d'accord avec la commissaire général, la Commission supérieure alors présidée par M. Lourties.
La question d'emplacement fut vite réglée. La Commission préparatoire et M. Alfred Picard apportaient un projet que la Commission supérieure fut à peu près unanime à ratifier. L'Exposition qui s'ouvre aujourd'hui occupe exactement le territoire où ses premiers organisateurs avaient décidé de la placer.
Comment, sur ce territoire immense, les œuvres et les produits seraient-ils présentés; suivant quel ordre et dans quel esprit ?
Seconde question, non moins grave que la première, et dont M. Alfred Picard avait si minutieusement préparé la solution qu'il ne restait plus à la Commission supérieure qu'à l'adopter. C'est ce qu'elle fit.
Le Classification
J'ai déjà dit comment cette classification fut établie, et ce qui en constitue l'originalité : elle réunit et coordonne les éléments d'enseignement que séparaient, au contraire, les classifications anciennes.
Aux Expositions précédentes, on allait visiter : d'un côté les vitrines où se raconte le passé des industries (rappelez-vous l'amusant palais des Arts libéraux en 1889, et ses reconstitutions du travail d'autrefois) ; ailleurs c'était la galerie des Machines, où s'exhibait l'outillage destiné aux productions de l'industrie moderne ; et loin de là, dans d'autres palais encore, c'était le produit lui-même, séparé de sa propre histoire, en quelque sorte, et des instruments qui l'ont créé.
La classification d'aujourd'hui rassemble ces éléments épars; elle en forme la matière d'un enseignement pour ainsi dire homogène et total, dont toutes les parties se tiennent - comme la flamme tient à l'allumette, et comme la laine tient au mouton.
Et ainsi, dans chaque Exposition de groupe se trouvent réunis au produit le matériel et les procédés qui servent à le produire, et le musée rétrospectif, où se raconte l'histoire du produit, des transformations par lesquelles l'ont fait passer la science, l'art ou la mode, pour l'amener au point où nous le voyons.
Je prends au hasard un exemple : celui de la chaussure.
La chaussure appartient au groupe du Vêtement, et les chaussures exposées dans le palais qui est affecté à ce groupe, au centre du Champ-de-Mars, en bordure de l'avenue de La Bourdonnais, sont réunies dans une des classe de ce groupe, la classe 85, dite des "Industries diverses du vêtement".
Mais je ne trouverai pas dans cette classe 85 que les souliers et les bottes d'aujourd'hui. A côté des vitrines où ces objets sont exposés est ouvert un musée rétrospectif où s'offre au visiteur, reconstituée par le document et l'image, toute l'histoire de la chaussure d'autrefois.
Si maintenant je veux savoir comment on fabrique des chaussures, je n'aurai qu'à passer - sans sortir du palais où je suis - de la classe 85 à la classe 78, où me seront montrés le matériel et les procédés de la fabrication de la chaussure d'à présent ; et si, enfin, je veux apprendre ce qu'étaient ce matériel et ces procédés il y a cent ans, je n'ai qu'à ouvrir les yeux : la classe 78 a, elle aussi, son musée rétrospectif qui me le dira.
Voilà le principe. Il ne s'agissait plus que de répartir, d'une façon aussi logique et aussi claire que possible, l'ensemble des produits et des œuvres qui allaient être la matière de l'Exposition : c'était le répertoire même de tout l'art, de toute la science, de tout le Travail humain à fixer, puisque, en somme, une Exposition universelle, c'est exactement tout cela !
L'Exposition a donc été partagée en dix-huit groupes; et ces groupes sont subdivisés en cent vingt et une classes.
Voici le détail de cette classification :
Premier groupe. - Education et enseignement. - Classes 1 à 6.
Deuxième groupe. - Œuvres d'art. Classes 7 à 10.
Troisième groupe. - Instruments et procédés généraux des lettres, des sciences et des arts. - Classes 11 à 18.
Quatrième groupe. - Matériel et procédés généraux de la mécanique. - Classes 19 à 22.
Cinquième groupe. - Electricité. - Classes 23 à 27.
Sixième groupe. - Génie civil. Moyen de transport. - Classes 28 à 34.
Septième groupe. - Agriculture. - Classes 35 à 42.
Huitième groupe. - Horticulture et Arboriculture. - Classes 43 à 48.
Neuvième groupe. - Forêts - Chasse - Pêche - Cueillettes. - Classes 49 à 54.
Dixième groupe. - Aliments. - Classes 55 à 62.
Onzième groupe. - Mines et Métallurgie. - Classes 63 à 65.
Douzième groupe. - Décoration et mobilier des édifices publics et des habitations. - Classes 66 à 75.
Treizième groupe. - Fils, tissus, vêtements. - Classes 76 à 86.
Quatorzième groupe. - Industrie chimique. - Classes 87 à 91.
Quinzième groupe. - Industries diverses. - Classes 92 à 100.
Seizième groupe. - Economie sociale. - Hygiène, assistance publique. - Classes 101 à 112.
Dix-septième groupe. - Colonisation. - Classe 113 à 115.
Dix-huitième groupe. - Armées de terre et de mer. - Classes 116 à 121.
Comment loger tout cela ?
L'Exposition avait ses chefs; l'emplacement en était choisi, la classification arrêtée : il s'agissait de la construire.
Le logement
Ce fut l'objet d'un premier concours, qui s'ouvrit au mois d'août 1894, et réunit cent huit projets.
Dix-huit furent primés, dans l'ordre suivant :
MM. Charles Girault - Eugène Hénard - Edmond Paulin;
Cassien-Bernard et Cousin - Ch.-A-Gauthier - Larche et Nachon - G. Raulin;
Blavette - Esquié - Sortais - Toudoire et Pradelle - Tronchet et Rey;
Louis Bonnier - Jacques Hermant -Louvet et Varcollier - Masson Détourbet - Mewes - Thomas et de Tavernier.
Le programme du concours embrassait le plan de l'Exposition tout entière, et laissait aux concurrents la faculté d'utiliser l'ancien palais de l'Industrie, placé sur le territoire de l'Exposition, ou de le remplacer par des palais nouveaux.
Il avertissait également les concurrents - et j'insiste sur cette indication sans laquelle on ne comprendrait pas bien ce qui se passa ultérieurement - que les primes qui leur étaient accordées étaient considérées comme le payement de leurs ouvrages, et que ces ouvrages appartenant désormais à l'Etat, celui-ci se réservait le droit de les modifier à son gré, de tirer de leur rapprochement toutes combinaisons qu'il lui plairait et, finalement, de faire exécuter par qui bon lui semblerait son plan définitif.
Et c'est à l'ébauche de ce plan définitif que M. Bouvard, dès le concours terminé, se mettait à travailler, assisté de quatre architectes qui étaient précisément des lauréats de ce concours, MM. Hénard, Sortais, Tronchet et Varcollier.
Ce travail préliminaire amena très vite M. Bouvard, le commissaire général et le gouvernement à l'opinion que la suppression du vieux palais de l'Industrie s'imposait et que deux palais nouveaux , devaient être élevés aux Champs-Elysées, en bordure d'une avenue centrale que relierait à l'Esplanade des Invalides le nouveau pont Alexandre III.
Mais, comme ces palais nouveaux, construits sur l'emplacement du palais de l'Industrie, étaient destinés à survivre à l'Exposition et devaient répondre, en dehors de l'affectation qui allait leur être donnée en 1900, à la destination spéciale qui avait été pendant plus de quarante ans, celle du palais de l'Industrie (Salons de peinture et de sculpture annuels, Concours agricole, Concours hippique, Expositions spéciales d'art et d'industrie), on décida d'ouvrir un second concours qui aurait pour objet unique cette reconstruction.
Ce second concours, ouvert en avril 1896, réunit cinquante-neuf concurrents. Dix projets furent primés. Les lauréats furent, par ordre de mérite : pour le Grand Palais, MM. Albert Louvel, Deglane et Binet, Thomas, Girault, Tropey-Bailly; - pour le Petit Palais, MM. Girault, Cassien Bernard et Cousin, Toudoire et Pradelle, Mewès, Doperthes père et fils.
Ces projets après ceux des palais internationaux fournirent à M. Bouvard les derniers éléments du plan définitif auquel il travaillait.
Ce plan était arrêté à la fin de 1896, et il ne restait plus au directeur des services d'architecture qu'à le faire exécuter. M. Bouvard pensa qu'il était à la fois sage et légitime de confier cette exécution aux architectes primés des deux concours. (...)
Le Figaro 14 avril 1900
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