LA TOURAINE DANS LA GUERRE 1914-18

(...) L'activité commerciale posait aussi le problème de la monnaie. Avec la hausse des prix et une tendance à la thésaurisation dans les campagnes, la monnaie d'argent (métallique) venait à manquer, le commerce étant ainsi freiné. C'est pourquoi le président de la Chambre de commerce obtint de la Banque de France l'autorisation d'ouvrir un compte de dépôt, qui servirait de garantie à l'émission de coupures de 1 franc (papier monnaie), inaliénables jusqu'au remboursement. Après une première émission de 400 000 coupures, à partir du 8 juin 1915 et à raison de 100 francs par personne au maximum, la Chambre de commerce alla jusqu'à 700 000 francs qui devaient être remboursés le 1er mai 1917, date ayant été différée en raison des circonstances. Le succès en fut si grand que le conseil municipal de Tours, en sa séance du 27 août 1917, demanda à la Chambre de commerce « de procéder au renouvellement des billets hors d'état de servir». Quelque peu dégoûté, un conseiller rappelait que « lors de cette émission, on ne pouvait prévoir que l'usage en serait aussi long» et il ajoutait: « Les coupures se sont transformées en véritables chiffons de papier, ternis, crasseux, rapiécés au petit bonheur à l'aide de papier collant. Leur mauvais état est tel qu'on n'ose pas les toucher. » La réaction du président Bosseboeuf, de la Chambre de commerce, ne répondit pas à l'attente de la municipalité de Tours: « Ce papier monnaie dont la validité avait été fixée à deux années n'était pas destiné à supporter une circulation aussi longue ni aussi intense et il dépend de la volonté du public que le remboursement des billets trop usagés, qui s'effectue à la présentation au guichet de la Banque de France, soit plus rapide et qu'il ne reste dans la circulation que ceux dont l'état est normal. » Surtout, il précisait qu'« en raison des modifications qui sont survenues dans les conditions des émissions nouvelles et des difficultés et des risques qui en sont la conséquence, la Chambre de commerce s'est refusée à en accepter les charges et surtout la responsabilité ».
Après cette fin de non-recevoir, la municipalité envisagea de frapper des monnaies divisionnaires de 0,10 F et 0,05 F comme cela avait été fait dans deux ou trois autres départements. Mais elle dut y renoncer devant l'opposition du ministère des Finances et le coût trop élevé de l'opération, puisque les pièces en acier courant, les moins chères, n'auraient pas résisté à l'oxydation. (...)

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