Je me propose dans cette page de retranscrire les articles, parus dans la presse française entre le début de la 1ère guerre mondiale jusqu'à l'année 1923, concernants la disparition de la petite monnaie et son remplacement par ce que nous appellerons plus tard la monnaie de nécessité. Ce travail de longue haleine, et que je commence, n'est possible que grâce à l'extraordinaire travail de numérisation de la presse française entrepris par la Bibliothèque Nationale de France, dont le résultat est visible sur le site gallica.bnf.fr. Cette première partie concerne le journal Le Figaro, et ce jusqu'à la fin 1917.



08/08/1914
Monnaie
Le préfet de police a fait placarder une affiche où, très justement, il « fait appel au patriotisme et à la sagesse de tous les commerçants pour se prêter, dans la plus large mesure possible, au change de la monnaie reçue en payement ».
Le préfet de police déclare compter, d'autre part, «  sur le bon sens des acheteurs pour n'user de cette faculté que dans des conditions raisonnables ».
Il est certain que la pénurie de petite monnaie à gêner beaucoup le commerce de détail, les petits échanges. Hier, au restaurant Scossa, on déclarait que si cette pénurie devait durer longtemps, il faudrait fermer la maison. Or, ce restaurant abandonne à la Croix-Rouge 5% de ses recettes. Le préjudice causé par une telle mesure n'atteindrait donc pas qu'elle.


05/12/1914
Une jolie collection à faire
On sait qu'un certain nombre de villes occupées par les Allemands et où manquait le numéraire, ont dû fabriquer leur papier-monnaie. Et c'est ainsi qu'ont été crées par la municipalité d'Epernay, au début de Septembre, de gentilles coupures de 1 franc, de 50 et de 25 centimes, qui ressemblent à des étiquettes de vin de Champagne.
En nous envoyant ces étiquettes, M. Maurice Pol-Roger, maire d'Epernay, nous écrit :
Ne serait-il pas intéressant de suggérer à vos aimables lectrices l'idée de collectionner les différentes "coupures" émises par certaines villes de France pour la durée de la guerre ?
Il me semble que cela pourrait fournir un revenu assez appréciable aux municipalités de ces villes qui en auront bien besoin cet hiver.
L'idée est intéressante, en effet, et nous ne doutons pas qu'elle soit adoptée bien vite par les collectionneurs et collectionneuses, très nombreux en France, qui feront ainsi du même coup une attrayante collection de petits billets de banque, plus ou moins artistiques et gardant toujours leur valeur, et une bonne action.
Nous prions les municipalités et les Chambres de commerce qui ont émis du papier monnaie, de nous en décrire les types et nous les signalerons très volontiers à nos lecteurs.


10/12/1914
Papier-monnaie
Nous avons signalé les coupures émises par la municipalité d'Epernay; un collectionneur Picard nous écrit qu'à Amiens des coupures de 5, 2 et 1 franc et de 50 centimes ont été récemment émises par une banque locale avec l'autorisation et sous les auspices de la municipalité.
Les billets sont ornés d'une figure allégorique (une femme dont la main droite est appuyée sur une roue et qui tient un marteau dans la main gauche) et l'on suppose qu'un vieux cliché d'imprimerie a servi à la confection de ces coupures. Elles sont imprimées en quatre couleurs et portent les signatures du maire, de trois délégués de la Chambre de commerce et du banquier émetteur.


20/12/1914
Papier-monnaie
Un obligeant lecteur veut bien nous adresser deux types des coupures émises par la Chambre de commerce De Nantes : un bon de 2 francs et un bon de 1 franc. Nous avion déjà signalé celles d'Epernay, d'Amiens et du Havres.
On nous informe, en outre, que Marseille a émis, pour ses besoins personnels, un peu de papier-monnaie aussi; que Rouen, depuis septembre, en a fait une émission d'un million de francs, en coupures de 1 franc et de 50 centimes, garantis par la Chambre de commerce et la Municipalité.
D'autres villes ont suppléé par des coupures diverses à l'insuffisance de numéraire, telle Limoges et Nancy; et l'on nous dit enfin que les Etablissements Schneider ont, au Creusot, leur papier-monnaie à eux. C'est une initiative dont nous ne connaissons que deux exemples, donnés en 1870 par un industriel de Lunéville et par les Usines de Saint-Gobain.
Quelques lecteurs nous demandent où et comment ils pourraient se procurer cette monnaie nouvelle : le papier de 1914. Il nous semble qu'il suffit d'écrire aux municipalités par qui ces émissions ont été faites ou patronnées. Elles n'ont aucune raison de n'être point, contre espèces, agréables aux collectionneurs.


13/01/1915
La monnaie est devenue rare, sinon à Paris, du moins dans certain départements, où ceux qui en possèdent la cachent, on ne sait trop pourquoi.
Plusieurs villes ou chambres de commerces avaient déjà dû faire des émissions de papier-monnaie. D'autres annoncent qu'elles vont suivre le mouvement, et les collectionneurs de petits billets de deux francs et de 1 franc sont dans la joie.
La solution du problème est plus difficile pour le billon, et la Monnaie se trouve dans l'impossibilité de frapper du nickel et même du bronze, parce que les usines où l'on préparait les "flans" ou rondelles pour ses frappes ne font plus que des munitions de guerre.
Dans les ateliers du Quai Conti, on ne fait plus que des pièces d'argent de deux francs, un franc et cinquante centimes.
Le billon en circulation, ou qui devrait être en circulation, doit suffire amplement à toutes les transactions. Mais il faudrait être raisonnable et ne pas courir à la paralysie monétaire précisément en voulant l'éviter.


22/02/1915
Que les collectionneurs se hâtent : les petits billets monétaires émis par les villes et les chambres de commerce deviennent rare.
Cette raréfaction est due à la frappe intensive de monnaie d'argent qu'exécute journellement la Monnaie de Paris. C'est, en effet, par millions que tombent des presses du quai Conti les pièces blanches.
Par contre, la Monnaie n'a pas fabriqué un seul louis d'or depuis le commencement des hostilités, parce que la Banque de France n'a aucun intérêt à convertir en monnaie ses lingots et à jeter dans la circulation des louis d'or que leurs premiers possesseurs garderaient certainement et qui, par conséquent, ne circuleraient pas le moins du monde.
On ne frappe pas non plus, quai Conti, de billon. Mais si les sous manquaient, ce qui n'est pas à prévoir d'ailleurs, on pourrait reprendre cette frappe en attendant celle de la nouvelle monnaie de nickel qui, probablement, ne sortira qu'après la signature de la paix.


20/06/1915
La crise monétaire en Belgique
Amsterdam, 19 juin.
Le gouverneur général de Belgique vient de publier l'ordre suivant :
"Quiconque achète ou essaie d'acheter sans autorisation officielle des monnaies d'or, d'argent ou de nickel, ainsi que des billets de banque français pour un prix supérieur à leur valeur nominale sera puni d'une peine pouvant aller jusqu'à un an de prison ou 10.000 francs d'amende. La même peine sera applicable à ceux qui vendront ces monnaies à des personnes non munies de l'autorisation officielle. Les tribunaux militaires seront compétents pour juger de telles affaires. Les billets et la monnaie qui auront été l'objet d'un tel achat seront confisqués. Les demandes d'autorisations doivent être adressées au commissaire général pour les banques. Le nom de ces personnes autorisées à se livrer à ce commerce sera publié au Bulletin des Lois."
Cet ordre est motivé par la raréfaction considérable de la monnaie divisionnaire en Belgique.
La Berliner Tageblatt signales que dans les tramways on ne change plus de monnaie. Dans les cafés, le consommateur doit, avant d'être servi, acquitter le prix de sa consommation et faire l'appoint. La monnaie divisionnaire de papier permet bien de faire des payements supérieur à 1 franc, mais au-dessus de cette limite, on se heurte à de grandes difficultés. Le conseil municipal de Gand a fait frapper une monnaie divisionnaire de fer qui a l'aspect et la taille du sou français. A Saint-Gilles près Bruxelles, on a émis des billets de 10 et 25 centimes qui ont forcément un cours limité au territoire de sa commune.


11/08/1915
On thésaurise la monnaie d'argent au fur et à mesure que l'Etat la fait frapper pour remplacer les petites coupures de papier de deux francs et d'un franc émises par certaines municipalités et chambres de commerce.
Et le ministre des finances se plaint très justement de cette manie absurde.
Que l'on thésaurise l'or, qui garde toute sa valeur intrinsèque, c'est déjà assez sot, mais cela peut à la rigueur s'expliquer.
Mais à quoi sert de thésauriser les monnaies d'argent ?
On ne sait pas, et il faut qu'on sache, que l'argent monnayé représente à peine la moitié de la valeur de l'argent métal. La pièce d'argent de cinq francs, par exemple, une foie fondue, ne vaudrait pas deux francs cinquante. Donc, quiconque thésaurise la monnaie d'argent se leurre. Qu'on se le dise.


27/09/1915
Le monnaie de carton
Le Journal des Débats raconte une lettre d'un correspondant de Bruxelles, qui écrit :
La monnaie de zinc encombre nos poches, tout comme les pièces en carton de 1 et 2 sous qui circulent depuis peu à Lille.
Voilà un gage certain de notre prospérité, sous le règne de von Bissing ...
Zinc et carton. C'est bien la marque du "Made in Germany".


09/10/1915
Des petits sous, s.v.p.
"Le public est prévenu qu'il ne sera plus rendu de billon au guichet. Prière de se procurer l'appoint."
Tel est l'avis affiché depuis hier aux guichets de nombre de gares de l'Etat, et qui souligne une pénurie de monnaie de cuivre dont on ne cessait d'avoir, en ces derniers temps, le témoignage à Paris et que l'on constatait à un plus haut degré en province.
Le directeur de l'Hôtel de la Monnaie, qui s'emploie à remédier dans la mesure des moyens dont il dispose, à cette raréfaction de la monnaie divisionnaire, si gênante pour les transactions courantes, nous a déclaré :
"Nous n'avons cessé, depuis le début de la guerre, de nous préoccuper de jeter dans la circulation la plus grande quantité possible de monnaie divisionnaire d'argent, par la fonte des écus, conformément aux dispositions de la Convention de l'Union monétaire de 1878 qui, en arrêtant la frappe des pièces de 100 sous et en prévoyant cette utilisation, ont eu pour but d'épuiser un type de monnaie, qui tout en possédant sans limite pouvoir libératoire, ne représente que la moitié de sa valeur nominale.
Il va tout autrement pour les pièces de deux, un franc et cinquante centimes, dont la Convention de 1900 (?) autorise annuellement l'émission jusqu'à concurrence de soixante centimes par tête d'habitant, ou qui donne pour la France une latitude de frappe de trente-cinq millions par an. Nous avons été bien loin d'épuiser, en ces dernières années, cette faculté d'émission, le besoin n'en apparaissant pas, ce qui nous laisse aujourd'hui une appréciable marge. C'est ce qui nous permet d'intensifier notre production qui a atteint, pour le mois de septembre, douze millions, alors que notre émission, en temps normal , n'atteignait que vingt millions par an. Nous comptons faire mieux et arriver à une production de vingt millions par mois, ce qui atténuera de plus en plus les inconvénients signalés, surtout en province.
Reste la monnaie de bronze. Il y en a pour quatre vingt millions en circulation, ce qui devrait répondre à tous les besoins si, d'un coté, la province en absorbait moins en la retirant de la circulation et si, d'autre part, les grandes administrations, , dont elle constitue le gros des recettes, la rendait à la circulation, en en opérant le versement quotidien à la Banque de France ou à la direction générale des Fonds. Cette simple opération faciliterait grandement la solution du problème.
De notre coté, nous nous efforçons, par une production intensive, de procurer au public cette petite monnaie nécessaire. Nos émissions annuelles, qui, de 1908 à 1910, variaient de cinq cent mille à huit cent mille francs, se sont élevées, en 1912, à deux millions, en 1913 et 1914, à un million par année. Ce fléchissement a été occasionné par l'intention où l'on était de remplacer la monnaie de bronze par de la monnaie en nickel. Notre outillage était prêt à assurer la frappe de huit millions de cette nouvelle monnaie lorsque la guerre a retardé la mise en exécution du projet.
Nous avons donc repris la frappe des gros et des petits sous.
L'émission du mois dernier a été de cent soixante mille francs. Nous allons la continuer à raison de cent mille francs par mois. Nous sommes empêchés de faire davantage par le fait que les fabriques qui font nos "flancs" c'est-à-dire les rondelles de bronze non frappées, sont absorbées par les commandes de guerre. Nous étudions néanmoins diverses combinaisons propre à donner pleine satisfaction au public et j'espère aussi à ce trésorier payeur général qui réclamait ces jours-ci trente mille francs de sous, ce qui représente un envoi d'un poids de trois mille kilogramme!".


21/10/1915
Ne nous étonnons pas que la monnaie manque dans certaines régions, et non seulement la monnaie de bronze, mais toute monnaie métallique, argent, nickel et bronze.
On vient de découvrir une véritable organisation de draineurs de pièces blanches et de gros et petits sous. Ce sont des forains qui s'installent principalement sur les marchés du midi de la France et n'acceptent en paiement de leurs marchandises, quel qu'en soit le prix, que de la monnaie métallique à l'exclusion de tout billet de banque.
A ce compte-là, les ateliers du quai Conti pourraient frapper des tonnes de monnaie, sans résultat appréciable.
On suppose que ce drainage est destiné à une exportation clandestine, en vue de renforcer la réserve métallique de nos ennemies, et les préfets se sont décidés à mettre la gendarmerie en campagne.


23/10/1915
Faute de sous on rend des timbres
La monnaie de billon se fait de plus en plus rare : on se plaint partout de n'en pas avoir; et certains commerçants, quand il s'agit de rendre cinq ou dix centimes, arguent de leur pénurie pour rendre ces cinq ou dix centimes sous forme de timbre-poste. Certes, on a toujours besoin de timbres-poste. Mais, comme le commerçant, l'épicier ou boulanger, n'accepte pas encore les timbres comme monnaie, c'est peut-être exagéré de sa part de l'imposer comme telle au client.
Ce qu'il y a de certain, c'est que la monnaie de billon est drainée par des agents de l'Allemagne, comme ses agents ont drainé les sapèques en Indo-Chine. On admettra difficilement que les sous soient matière à enfouir dans des bas de laine. Alors il serait peut-être urgent que l'administration compétente ouvrit les yeux sur une exportation infiniment gênante pour les transactions commerciales.


25/10/1915
Chose vue.
Bureau de poste du boulevard... Mais pourquoi indiquer l'endroit ? Pour recevoir demain la visite d'un fort courtois inspecteur de l'Administration, qui prendra des notes sur le résumé verbal que nous lui ferons du présent écho ? Et pour le voir, huit jours après, revenir et nous dire, toujours aussi poliment, que l'enquête n'a abouti à aucun résultat ? Non. Il ne s'agit pas de dénoncer une employée, mais de demander à M. Thomson une petite réforme simple et qui mette fin à un abus nouveau-né.
Donc, au guichet du télégraphe, une dame demande une carte pneumatique de 0fr.30 et donne une pièce de 0fr.50 en paiement. La jeune préposée lui passe le petit bleu et en même temps lui tend deux timbres :
- "Je n'ai pas de monnaie", explique-t-elle à la dame.
Celle-ci proteste : elle a ,dit-elle, sa provision de timbres. Même elle en offre trois pour payer son pneumatique. Sur quoi, la jeune préposée répond :
- Nous ne pouvons pas recevoir de timbres en paiement !
- Préférez-vous des tickets de métro ? dit la dame... sortant un carnet de son sac.
Et la discussion continua.
Eh bien ! nous demandons au ministre de donner des ordres pour que cet incident ne se renouvelle pas. Que la pénurie de monnaie amène l'Etat, lui-même a remplacer par des timbres les sous, c'est là un cas de force majeure devant lequel il faut s'incliner; mais que nos petits fonctionnaires leur donne cours forcé pour le public seul, c'est un abus qu'à coup sûr on peut supprimer.


28/10/1915
La rareté de la petite monnaie
Par une cause que l'on n'a pas encore nettement déterminer, plus on va, plus la petite monnaie devient rare.
On a commencé par s'imaginer que l'administration des finances, retenait et concentrait ou retenait dans les caisse du Trésor, ou à la Banque de France, toutes les petites pièces, tous les sous. L'administration oppose à cette accusation un démenti formel et déclare qu'au contraire les comptables ont été invités à restituer le plus possible à la circulation la monnaie qu'ils ont reçue du public.
Il parait plus certain qu'il y a eu accaparement, ayant pour objet le trafic avec prime. Aussi demande-t-on une surveillance sérieuse dans les gares, dans les débits de tabac, dans les bureaux de poste, dans le Métro et dans le Nord-Sud.
C'est, du reste, l'avis de M. Lucien Saint, préfet de la Haute-Garonne, qui vient de prendre un arrêté contre le commerce clandestin auquel se livrent certaines personnes, de même certains commerçants qui re... la petite monnaie par petites sommes, pour la revendre ensuite par fraction importantes à un prix supérieur à sa valeur nominale.. Ajoutant qu'il appartient à l'autorité administrative de prendre dans les circonstances exceptionnelles que nous traversons et sous les sanctions de droit, toutes mesures susceptibles d'assurer la régularité des transactions, conditions de l'ordre et de la paix public, le préfet de la Haute-Garonne vient de prendre l'arrêté suivant :
Article 1er : Il est interdit dans le département de la Haute-Garonne, d'acquérir pour un prix supérieur à leur valeur nominale, les monnaies d'or et d'argent de l'Union monétaire latine, ainsi que les monnaies d'or de 10 et 20 francs espagnoles, autrichiennes et russes ayant cours en France, ainsi que les monnaies divisionnaires d'argent, de nickel et de bronze émises par la Suisse, la Belgique et la France, qui sont en circulation conformément aux conventions monétaires internationales, de les vendre ou de s'entremettre pour ce genre de trafic, d'inviter à faire ce genre de commerce ou de s'offrir à le faire;
Art. 2 : Les infractions au présent arrêté seront punies conformément à l'article 471 du Code pénal.
L'article 471 du Code pénal punit d'une amende de un à cinq francs ceux qui "auront contrevenu aux règlements légalement faits par l'autorité administrative et ceux qui ne se seront pas conformés aux règlements ou arrêtés publiés par l'autorité municipale".
Avis donc à ceux à qui on proposerait de la petite monnaie moyennant une prime. Ils n'ont qu'à faire arrêter le trafiquant. Et si, dans tous les départements, on prenait des arrêtés semblables, les accapareurs seraient vite forcés de restituer à la circulation la monnaie dont ils se sont emparés.


29/10/1915
On nous écrit :
Monsieur le rédacteur,
En présence du manque de billon, on se demande pourquoi les Compagnies de Tramways n'émettent pas, comme le Métro, des séries de billets de 10, 15 et 20 centimes, ce qui faciliterait en outre la collecte de la recette à leurs employés ?
Un de vos abonnés.

C'est une proposition qui a souvent été émise, même à l'époque où la petite monnaie ne manquait pas. Les Compagnies se laisseront-elles fléchir, enfin; ou voudront-elles nous expliquer pourquoi elles sont inflexibles ?


04/11/1915
Notre courrier nous apporte la lettre suivante dont l'intérêt n'échappera certainement pas à celui que notre éminent collaborateur appelle : le Jacques Coeur de la République :
Mon cher ami,
Puisque le timbre-poste est devenu une monnaie divisionnaire et remplace dans les transactions courantes le gros et le petit sou à peu près disparus de la circulation, le Figaro serait bien aimable de demander au Jacques Coeur de la République si l'acheteur peut, lui aussi et logiquement, payer au vendeur l'appoint décimal et même la totalité du prix de son acquisition avec ces petits chèques postaux ? Il serait abusif en effet qu'il en fut autrement et que le timbre reçu ne put être rendu.
Reste à imaginer l'état de ce papier fiduciaire à la fin de la journée, comme aussi son effet décoratif sur une enveloppe de lettre si on l'utilise à ce suprême usage après manutention. Tout à vous.
Emile Bergeray

Les timbres ne sauraient être refusés en paiement dans les maisons qui en font usage pour rendre de la monnaie. Et c'est le cas d'une importante maison parisienne qui, depuis quelques jours, accepte de sa clientèle les timbres-poste en même temps qu'elle invite à les recevoir.


05/11/1915
Les nouvelles pièces trouées
La caisse centrale du Trésor mettra dès aujourd'hui en circulation les pièces de cinq sous en nickel, dont la frappe, commencée en 1914, avait été interrompue par la guerre. Ces pièces, dont la gravure est l'oeuvre de M. Lindauer, sont percées d'un trou en leur milieu, ce qui permet de les différencier facilement des pièces de 1 franc.
Il existe, nous a-t-on déclaré à la monnaie, deux cent trente-cinq mille francs de ces nouvelles pièces qui, dans quelques jours, seront répandues dans le public. Il nous reste un stock de nickel qui va nous permettre d'en frapper pour cent trente mille francs environ que nous comptons mettre en circulation avant quinze jours.
Une entente avec l'administration de la guerre nous permet, en outre, d'escompter la livraison par les usines qui travaillent à la fabrication de nos "flancs" ou rondelles de billon, d'une provision suffisante pour nous permettre de frapper deux cent mille francs de sous par mois. Toutes ces mesures, termine l'aimable directeur de la Monnaie, doivent atténuer la crise si gênante que l'on connaît partout, à condition que chacun, au lieu de s'attacher à les retenir au fur et à mesure des rentrées, rende le nickel et le billon à la circulation !


11/11/1915
La question de la petite monnaie
Le gouvernement a décidé de prendre des mesures énergique pour faire cesser la crise de la monnaie de billon.
D'abord on va intensifier la frappe de cette monnaie et celle des pièces de nickel, dont le stock en réserve est depuis quelques jours, mis en circulation.
Puis on a donné des ordres pour l'application rigoureuse de la loi du 1er avril 1915, qui interdit la sortie des pièces de nickel, de cuivre et de billon. Les contrevenants sont passibles d'un emprisonnement de un mois à deux ans et d'une amende de 100 à 5.000 francs. On a déjà poursuivi des gens pour cela.
L'administration des poste, les Compagnies de chemins de fer, ont été invitées à restituer le plus promptement possible à la circulation la petite monnaie reçue à leurs guichets.
Enfin le préfet de police, dans un rapport au ministère de l'intérieur, estime que la monnaie de billon, dont le poids global en France est de 5.000 tonnes, n'est nullement drainée et envoyée à l'étranger, mais que sa raréfaction provient d'abord de son remplacement par la monnaie de nickel, et ensuite par le payement de l'armée en campagne. Quant à l'accaparement par le personnel des compagnies de transport, "les compagnies, dit le préfet, ont toléré quelques temps que leur personnel écoulât une partie de la monnaie reçue chaque jour, contre une faible rétribution, mais sur mon ordre de mettre un terme à cette façon d'opérer, ce petit commerce à pris fin".
M. le préfet de police en est-il bien sûr ? S'il voulait, comme jadis le sultan Anrous-al-Rachid (?), faire incognito une petite enquête personnelle, il se convaincrait qu'il y a encore des récalcitrants qui refusent au public la monnaie pour la vendre aux commerçants.
Mais ces exceptions ne font, comme on dit, que confirmer la règle, et il faut espérer que, grâce aux mesures prises, la crise va bientôt, sinon cesser complètement, du moins considérablement s'atténuer.


20/11/1915
21/11/1915
28/11/1915


03/01/1916
La question de la petite monnaie
Chez beaucoup de commerçants et en particulier dans les bureaux de tabac, on peut voir une affiche ainsi conçue :
Prière aux clients de faire l'appoint
On ne rend pas de monnaie de bronze

Fort bien. Mais s'il vient dans la journée deux cents clients - et le chiffre est modéré - qui laissent chacun seulement dix centimes, cela fait à la fin de la journée vingt francs de sous que le débitant encaisse. Au bout d'une semaine cela fait cent quarante francs ou deux mille huit cents sous...
Que deviennent-ils ? Ce n'est pas être curieux que de le demander.


27/01/1916
Les ateliers du quai Conti continuent avec entrain la frappe des pièces d'argent, et la "crise" de la monnaie divisionnaire parait, fort heureusement, enrayée.


14/02/1916
On a cessé de se plaindre de la crise des sous. Elle semble conjurée, et il faut en savoir gré au directeur de la Monnaie et à ses collaborateurs, qui ont fait un effort dont il est bon que le public soit informé.
Leur tache était d'autant plus ardue que ce qui leur manquait le plus, c'étaient les "flans" c'est-à-dire les rondelles de métal que l'on frappe en pièces dans les ateliers du quai Conti. La métallurgie, étant toute à la fabrication du matériel de guerre, n'avait cure de préparer des "flans" pour nos monnaies. Il a fallu intervenir énergiquement, et on a fini par obtenir la matière première indispensable.
Grâce à quoi la Monnaie a pu, en ces derniers mois, soulager le marché par une émission de pièces de nickel et de bronze dont elle donne aujourd'hui le bilan. Elle a pu mettre en circulation près de 11 millions de pièces de billon, soit exactement 535.227 de vingt-cinq centimes en nickel et 10.394.608 de dix et cinq centimes en bronze.
On pourra s'étonner qu'une émission si faible ai pu conjurer la crise. Mais le fait est là. Pour éviter le retour d'un malaise du marché, la Monnaie va continuer intensivement ces frappes.


11/08/1916
Des sous ! Des sous !
On sait que, dans plusieurs grandes villes, les municipalités ont été autorisées à remédier à la crise - toujours menaçante - de la petite monnaie, à l'aide de bons, qui ont le tort d'être fort laids, la plupart du temps, et aussi de devenir rapidement des chiffons maculés, déchirés, déchiquetés, à ne pas prendre avec des pincettes; il serait donc excellent que la fabrication de la petite monnaie fût poussée de façon intensive.
Le Temps dit, fort justement, à ce sujet :
Si la crise de la petite monnaie a cessé de sévir à Paris, il n'en est pas de même en province. Des points les plus divers du pays nombre de lecteurs nous signalent qu'elle continue. L'émission des bons de monnaie avait paru devoir l'atténuer; mais outre que les billets ainsi créés prennent rapidement un aspect repoussant, ils semblent n'avoir guère remédié au mal; en maints endroits, ils aideraient même plutôt à la disparition de la petite monnaie, le métal étant gardé de préférence au papier.
Ces bons ne peuvent tenir lieu, d'ailleurs, des pièces de 0 fr. 10 et de 0 fr. 05, dont la pénurie se fait sentir à peu près partout, au grand préjudice du public. L'acheteur se voit amener à modifier l'importance de ses achats, en les élevant le plus souvent de façon à ce qu'ils n'impliquent aucune restitution notable de monnaie. Et le vendeur ne se fait pas faute d'aider à l'opération en enflant, dans le même but, ses prix.
Cette question de la petite monnaie, qui pourrait à première vue paraître si secondaire, n'est peut-être pas, au contraire, l'une de celles qui exercent l'influence la moins sérieuse sur le renchérissement général de la vie.
Des sous, s.v.p., pour que la vie soit moins chère !


27/09/1916
La monnaie de carton
Toulouse. - Pour remédier à l'insuffisance de la petite monnaie et du billon, de nombreuses Chambres de commerce ont émis des billets de 1 franc et de 50 centimes. Mais ces billets, dont la circulation est continuelle, à force de passer de main en main, se salissent, se déchirent et devienne bientôt inutilisables.
A Toulouse, sur la proposition des édiles socialistes, la municipalité va émettre des bons en carton. Il y aura 1.350.000 francs de bons de cinq centimes et 350.000 francs de bons à dix centimes.


07/11/1916
Le petit jeu des timbres-monnaie va-t-il recommencer ?
Une de nos abonnées se présentait avant-hier au bureau de Neuilly, et, ayant demandé deux timbres à 10 centimes, offrait en paiement une pièce de 50 centimes. La préposée au guichet déclara qu'elle n'avait pas de monnaie, et, très aimablement, aligna une pièce de dix centimes et deux autres timbres de même valeur qu'il fallut accepter.
Hier, à midi, au bureau de la rue Le Peletier, l'employée de service au timbres-poste se disait dans l' "impossibilité" de rendre 20 centimes à une personne qui lui tendait une pièce de 50 centimes pour payer une carte pneumatique et, comme sa collègue de Neuilly, réussissait à faire accepter deux timbres à la place de la monnaie.
Pourquoi cette nouvelle disette ? Et dans quelles caisses peuvent bien être retenus, depuis quatre jours, les sous de la Journée des Orphelins ?


09/11/1916
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08/12/1916
Depuis quelques temps les piécettes d'argent de vingt centimes, qui se cachaient on ne savait où, ont fait leur réapparition, non seulement à Paris, mais en province.
Elles ne reçoivent pas partout bon accueil. En un temps où toutes les monnaies étrangère passent, hormis les ennemies, on hésite à les prendre dans la crainte qu'elles ne soient démonétisées.
Le sont-elles ? Point. S'il fallait une déclaration officielle que fit, au début de la guerre, le préfet du Lot-et-Garonne, qui invitait les Agenais et les Néracois à ne point refuser les pièces de vingt centimes, dont le cours est parfaitement légal.


07/02/1917
La crise du billon
Elle recommence, à n'en point douter. Dans nombre de maisons d'alimentation et autres - et non des moindres - les caissières offrent derechef aux clients, en guise de monnaie, des timbres-poste plus ou moins frais.
Cette raréfaction du billon est d'autant moins compréhensible que toutes les pièces de cinq et dix centimes alliées et neutres ont cours officieux en France et à Paris, voire les argentines, qui viennent de si loin.
Il existe des accapareurs, c'est certain, et qui, d'ailleurs, sont connus, tout au moins de ceux qui passent bénévolement sous leurs fourches caudines. Chez tel marchand de vin du neuvième arrondissement, par exemple, les commerçants du quartier vont avec résignation chercher des 3.000 francs de sous, étant bien entendu qu'ils en paient les 5 francs, 5 fr. 20.
Mais... est-ce qu'il n'y a pas une loi contre les accapareurs ?


27/04/1917
La crise de la monnaie
Nice. - La Chambre de commerce de Nice en présence de la pénurie de monnaie divisionnaire qui sévit depuis quelques semaines sur la Riviera, a décidé de recourir à une émission de coupures de 2 francs, 1 franc et 50 centimes. La confection des vignettes nécessaire a été confié à l'Ecole des Beaux-Arts de Nice. En même temps, de vives instances sont faites auprès des autorités judiciaires pour que des poursuites soient exercées contre les accapareurs et les trafiquants de la monnaie divisionnaire dont quelques-uns sont déjà activement surveillés.


18/07/1917


20/07/1917
Nouvelles monnaies de billon
En présence des besoins toujours croissants de la circulation monétaire, et étant données les difficultés que l'on rencontre pour obtenir des flancs de nickel pur, le gouvernement a été amené à rechercher sous quelle forme il serait possible d'augmenter la fabrication des monnaies de billon.
Il lui a paru que le résultat pourrait être obtenu par l'emploi de flancs en bronze de nickel frappés avec les coins préparés pour la monnaie de nickel pur. Cette monnaie aurait l'apparence de celle qui était prévue par la loi du 4 août 1913 et, si le bronze de nickel ne possède pas absolument l'inaltérabilité du nickel pur, les monnaies frappées avec ce métal pourront cependant servir pendant de longues années avant qu'il soit nécessaire de les retirer de la circulation.
En conséquence, un projet de loi ainsi conçu a été déposé :
"Par dérogation aux dispositions de l'article 3 de la loi du 4 août 1913, le ministre des finances est autorisé à émettre jusqu'à concurrence de quinze millions de francs des monnaies en bronze de nickel percées au centre d'un trou rond."
On confectionnera des pièces de 25, 10 et 5 centimes.


03/08/1917
Les monnaies de papier, émises par les municipalités et les Chambres de commerce, sont très recherchées par les collectionneurs. Sait-on qu'il existe aussi des sous en cartons ?
Cette originale monnaie de guerre se compose de pièces de cinq et dix centimes, dont notre excellent confrère, j. Grand-Carteret, publie l'image dans sa revue le Musée et l'Encyclopédie de la guerre. Elle est émise par l'Union commerciale de Brive. Les pièces portent l'effigie de la reine actuelle du Félibrige, Mlle Priolo, coiffée du barbichet limousin.
Voilà une façon de "profiter de la guerre" que les plus orgueilleuses jeunes filles n'avaient pas prévue !


22/08/1917
La crise des sous
Les commissaires de police du ressort de la préfecture de police viennent de recevoir une circulaire du préfet de police leur rappelant les prescription de la loi du 12 février 1916, relativement à la vente de la monnaie.
Ils doivent dresser procès-verbal à toute personne attachée à un service public et faisant l'échange de la monnaie moyennant une rétribution quelconque. Tout agent ou fonctionnaire qui se refuserait, sans motif plausible, à rendre la monnaie, sera signalé au directeur de la police judiciaire.


31/08/1917
Pour 15.000.000 de monnaie
La Monnaie est sur le point de livrer à la circulation de nouvelles pièce de 0.25, 0.10 et 0.05. La frappe, répartie sur vingt-deux mois, sera d'un montant de 15 millions.


20/09/1917
La crise des sous
Le Tribunal correctionnel a condamné hier un employé de restaurant, un Arabe, Megherbi Taris Abdel Kader Ouled Amar (...) et un marchande de journaux, Mme Pouzelat, coupables celui-ci d'avoir acheté, celle-là d'avoir vendu des sous moyennant une prime de 10 %.
- Tout le monde en fait autant, ont-ils dit en manière d'excuses.
Il est évident que s'ils étaient seuls à trafiquer du billon, l'Arabe et Mme Puzelat, la crise ses sous ne serait pas générale. Mais leur condamnation est un bon exemple.


18/10/1917
Où va le billon
Dijon, - En faisant l'inventaire des biens laissés par une laitière récemment décédée, le notaire a trouvé pour plus de 14.000 francs en menue monnaie et en monnaie divisionnaire d'argent. Une rapide enquête a démontré que la défunte "changeait" à mesure qu'elle les recevait en payement, les billets de la Chambre de commerce et conservait la monnaie.


22/11/1917
Où vont les sous ?
Car ils recommencent à se cacher sans que personne puisse nous dire ce qu'en veulent faire ceux qui les cachent.
Il y a dans Paris - pour ne parler que de Paris - une foule immense de marchands, de "détaillants", qui ne cessent de recevoir des sous et qui n'en n'ont pas jamais à rendre. Qu'en font-ils ?
Les resservent-ils aux garçons de café qui, malins, en ont les poches pleines, sans doute parce que le petit commerce des pourboires les incite à n'en point manquer ?


23/11/1917
La rareté de la monnaie
M. Klotz, ministre des finances, vient de déposer sur le bureau de la Chambre des députés un projet de loi qui' s'il est voté, remédiera promptement à la rareté actuelle de la monnaie divisionnaire. Ce projet comporte, en effet, la démonétisation de toutes les pièces divisionnaires d'argent à l'effigie de Napoléon III, lauré.
De cette façon, les gens mal inspirés qui entassent dans leurs tiroirs ou leurs sacoches des sommes en pièces de 2 francs, 1 franc et 50 centimes, devront les sortir au plus vite, sous peine de subir une forte perte. On sait, en effet, qu'une pièce de 1 franc, par exemple, comportant 4 gr. 175 d'argent fin, n'a qu'une valeur intrinsèque comme métal, de 57 centimes.
Les pièces démonétisées reviendront du reste dans la circulation sous forme de monnaies neuves, qui pourront être fabriquées sans achat d'argent à l'étranger.
Il serait excellent que cette mesure fut étendue aux pièces de bronze. La démonétisation des sous à l'effigie de Napoléon III ferait sortir une masse de menue monnaie, dont la rareté se fait de plus en plus grande et gênante.


16/12/1917


31/12/1917


22/01/1918
Les jetons-monnaie de Neuilly
En présence de la mystérieuse disparition des pièces de billon et de nickel, la "Solidarité industrielle et commerciale de Neuilly" vient, d'accord avec la municipalité, de faire frapper des jetons en aluminium d'une valeur conventionnelle de 20 centimes. Ils sont carrés et portent à l'avers les armes de la ville de Neuilly avec la date de 1918, et au revers l'indication de leur valeur. Ils seront reçus comme monnaie par tous les commerçants de la ville.


15/03/1918
La Compagnie des Tramways de Lyon manquant de petite monnaie a eu l'ingénieuse et simple pensée d'en émettre. Nous signalions hier ses petits tickets de bronze à 10 centimes, qui ont un grand succès. Pourrait-on espérer que cet exemple fût, un jour prochain, suivi par Paris ? Nous ne serions plus témoins des scènes incroyables qui s'y passent cha que jour. Nous ne verrions plus des controleurs avertir d'un ton comminatoire les voyageurs qu'ils doivent être munis de monnaie pour monter en voiture; et l'un deux (le fait s'est produit) empocher une pièce de 50 centimes en disant à la brave femme qui la lui confiait : "Je vous donnerai la monnaie au terminus, si j'en ai !" (...)


17/03/1918
Petite monnaie.
Un lecteur nous rappelle que si, à Lyon, on se loue des tickets de bronze émis par la Compagnie des tramways pour parer à la pénurie de billon, la ville de Neuilly-sur-Seine, elle, a mis en circulation des jetons rectangulaires en aluminium, frappés à ses armes et d'une valeur conventionnelle de 20 centimes.
C'est léger, propet et ça rend les plus grands services pour les petites transactions de tous les instants. La solidité n'en est évidemment pas à toutes les épreuves; mais à quoi bon ?...


04/05/1918


06/05/1918
La petite pièce d'argent...
C'est celle de "quatre sous". Pour beaucoup d'entre nous, elle avait été l'une des joies de notre enfance, la jolie petite pièce aux reflets brillants, qu'on nous donnait, le samedi soir, quand nous avions été trés sages, en échange des "bons points" remis par le professeur ou l'institutrice.
Elle constituait notre petit trésor... de paix ; d'aucuns les conservaient comme "fétiche", ou les faisaient monter en boutons de manchettes ou en épingles de cravatte ; les fillettes en formaient des parures. Les dernières pièces de "quatre sous" avaient été émises à la fin du second Empire ; mais leur faible module les rendaient d'un usage peu pratique ; elles étaient trop faciles à perdre et, peu à peu, elles avaient complètement disparu de la circulation, et on ne les retrouvait plus guère que dans les comptoirs de nos modestes bureaux de tabac ruraux où leur poids d'un gramme net servait d'appoint dans la balance.
Or voici que la raréfaction du billon et de la monnaie divisionnaire les fait sortir à nouveau de leurs cachettes. On commence à revoir des pièces de "quatre sous" ; beaucoup sont "percées"... dernier témoignage d'une petite parure ou d'une brochette enfantine démontée. Mais on les accepte tout de même, et, en les palpant, on se met à évoquer mélancoliquement le Vieil anneau d'argent de Chaminade...


27/11/1918
Une réapparition.
C'est celle des pièces de cinq francs en argent et de la menue monnaie qui manquait complètement il y a quelques jours encore.
D'où cela sort-il ? Les mauvaises langues prétendent que c'est des « bas de laine » de certains personnages plus prudents que patriotes qui avaient fait des provisions d'argent monnayé et qui, rassurés par la victoire, s'en débarrassent maintenant...


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