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COMMENT S'EST FAITE L'EXPOSITION

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Les premiers projets. - Les moyens financiers. - Le territoire de l'Exposition. - Groupes et classes. - La marche des travaux. - Les participations françaises et étrangères. - L'œuvre et les ouvriers.


Historique. - Le 10 novembre 1884, le Journal Officiel publiait le décret suivant :
« Art. 1er. - Une Exposition universelle dès produits industriels s'ouvrira à Paris, le 5 mai 1889, et sera close le 31 octobre suivant.
« Art. 2. - Les produits de toutes les nations seront admis à cette Exposition. »
L'Exposition de 1867 avait été décidée en 1863 ; celle de 1878 en 1876 seulement ; mais un intervalle de deux années avait été jugé insuffisant pour mener à bonne fin une entreprise aussi considérable : et l'on s'était promis, cette fois, de ne pas se laisser surprendre par la brièveté des délais.
Cependant ce n'est qu'au commencement de 1886 que l'on est entré avec décision dans la phase de réalisation.

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Les dépenses avaient été évaluées à 43 millions, déduction faite de la valeur des matériaux de démolition à revendre.
L'Etat participait pour 17 millions, la Ville de Paris pour 8 millions; le solde de 18 millions était fourni par une Association de garantie, à laquelle le produit des entrées devait être abandonné, jusqu'à concurrence du montant de sa participation.
Depuis cette époque, le régime financier sous lequel cette grande œuvre avait été entreprise a subi d'importantes modifications. Une convention, datée du 20 mars 1889, et passée entre M. Tirard, président du Conseil et commissaire général de l'Exposition, et M. A. Christophle, gouverneur du Crédit Foncier de France, a substitué à l'ancienne Société de garantie une Société nouvelle.
Cette Société nouvelle a désintéressé la première de toute participation et de tous risques ultérieurs en la remboursant ; elle a en outre apporté à l'œuvre de l'Exposition trois millions et demi de crédits supplémentaires, ce qui porte à quarante-six millions et demi la somme totale des crédits qui y sont, jusqu'à nouvel ordre, affectés, moyennant. quoi, la Société a obtenu de l'Etat 30 millions de billets d'entrée et une autorisation de loterie.
Ce sont ces 30 millions de billets d'entrée qui ont été émis, par groupe de vingt-cinq, le 15 avril dernier, sous la forme de « Bons-tickets » de 25 francs, non productifs d'intérêts, soumis à 81 tirages (dont 6 auront lieu pendant l'Exposition), et remboursables au pair en soixante-quinze ans.
Combinaison ingénieuse, grâce à laquelle le souscripteur, une fois nanti de ce billet de loterie remboursable, avait l'avantage de posséder 25 billets d'entrée qui ne lui contaient rien.
On n'a pas oublié quel fut l'engouement du public à l'occasion de cette souscription, dont pendant quelques jours tous les Parisiens se disputèrent les titres : succès de bon augure et qui apparaissait comme la préface victorieuse de l'Exposition elle-même.

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Elle est la septième des Expositions universelles et la quinzième des Expositions nationales. La première, qui se tint en 1798 au Champ de Mars comptait 110 exposants. Celle d'aujourd'hui en compte 38,000. Aussi a-t-on dû en étendre considérablement le territoire.
L'Exposition de 1889 occupe le palais et le jardin du Trocadéro, le Champ de Mars, tout le quai d'Orsay, de l'avenue de Suffren au Ministère des Affaires étrangères, et l'esplanade des Invalides.
Elle couvre une surface totale d'environ 70 hectares, non compris les berges de la Seine. L'Exposition de 1878 n'en couvrait que cinquante.
On a calculé que le promeneur intrépide qui voudrait visiter l'Exposition en entier, c'est-à-dire en parcourir exactement toutes les parties, traversant toutes les allées et toutes les galeries, n'oubliant rien, ni dans les jardins ni sur les berges, ni dans les palais, de ce qui sollicite la curiosité du promeneur, aurait une étape d'au moins quarante kilomètres à faire à l'intérieur de l'Exposition...

Classification générale. - Mais il ne suffit pas qu'une exposition soit vaste et soit belle, il faut que l'ordonnance générale en soit assez claire et conduite avec assez de logique pour que l'esprit s'y intéresse autant que les yeux ; il ne s'agit pas seulement d'amuser ou d'étonner le badaud ; il faut penser au savant, à l'artiste, aux simples observateurs - gens d'esprit et gens de goût - qui y viennent chercher de quoi s'instruire.
Une exposition est une immense « leçon de choses », à l'usage des grandes personnes... On a divisé cette leçon en neuf chapitres, subdivisés eux-mêmes en quatre-vingt-trois sections.
En voici la liste exacte :

GROUPE I

Œuvres d'art.

CLASSE 1. - Peintures à l'huile.
CLASSE 2. - Peintures diverses et dessins.
CLASSE 3. - Sculptures et gravures en médailles.
CLASSE 4. - Dessins et modèles d'architecture.
CLASSE 5. - Gravures et lithographies.

GROUPE II

Éducation et enseignement. - Matériel et procédés des arts libéraux.

CLASSE 6. - Education de l'enfant. - Enseignement primaire. - Enseignement des adultes.
CLASSE 7. - Organisation et matériel de l'enseignement secondaire.
CLASSE 8. - Organisation, méthodes et matériel de l'enseignement supérieur.
CLASSE 9. - Imprimerie et librairie.
CLASSE 10. - Papeterie, reliure ; matériel des arts de la peinture et du dessin.
CLASSE 11. - Application usuelle des arts du dessin et de la plastique.
CLASSE 12. - Épreuves et appareils de photographie.
CLASSE 13. - Instruments de musique.
CLASSE 14. - Médecine et chirurgie. - Médecine vétérinaire et comparée.
CLASSE 15. - Instruments de précision.
CLASSE 16. - Cartes et appareils de géographie et de cosmographie. - Topographie. - Modèles, plans et dessins du génie civil et des travaux publics.

GROUPE III

Mobilier et accessoires.

CLASSE 17. - Meubles à bon marché et meubles de luxe.
CLASSE 18. - Ouvrages du tapissier et du décorateur.
CLASSE 19. - Cristaux, verrerie et vitraux.
CLASSE 20. - Céramique.
CLASSE 21. - Tapis, tapisseries et autres étoffes d'ameublement.
CLASSE 22. - Papiers peints.
CLASSE 23. - Coutellerie.
CLASSE 24. - Orfèvrerie.
CLASSE 25. - Bronzes d'art, fontes diverses, métaux repoussés.
CLASSE 26. - Horlogerie.
CLASSE 27. - Appareils et procédés de chauffage. - Appareils et procédés d'éclairage non électrique.
CLASSE 28. - Parfumerie.
CLASSE 29. - Maroquinerie, tabletterie, vannerie et brosserie.

GROUPE IV

Tissus, vêtements et accessoires.

CLASSE 30. - Fils et tissus de coton.
CLASSE 31. - Fils et tissus de lin, de chanvre, etc.
CLASSE 32. - Fils et tissus de laine peignée. - Fils et tissus de laine cardée.
CLASSE 33. - Soies et tissus de soie.
CLASSE 34. - Dentelles tulles, broderies et passementeries.
CLASSE 35. - Articles de bonneterie et de lingerie. - Objets accessoires du vêtement.
CLASSE 36. - Habillement des deux sexes.
CLASSE 37. - Joaillerie et bijouterie.
CLASSE 38. - Armes portatives. - Chasse.
CLASSE 39. - Objets de voyage et de campement.
CLASSE 40. - Bimbeloterie.

GROUPE V
Industries extractives, produits bruts et ouvrés.

CLASSE 41. - Produits de l'exploitation des mines et de la métallurgie.
CLASSE 42. - Produits des exploitations et des industries forestières.
CLASSE 43. - Produits de la chasse. - Produits; engins et instruments de la pêche et des cueillettes.
CLASSE 44. - Produits agricoles non alimentaires.
CLASSE 45. - Produits chimiques et pharmaceutiques.
CLASSE 46. - Procédés chimiques de blanchiment, de teinture, d'impression et d'apprêt.
CLASSE 47. - Cuirs et peaux.

GROUPE VI

Outillage et procédés des industries mécaniques.
Électricité.

CLASSE 48. - Matériel et procédés de l'exploitation de mines et de la métallurgie.
CLASSE 49. - Matériel et procédés des exploitations rurales et forestières.
CLASSE 50. - Matériel et procédés des usines agricoles et des industries alimentaires.
CLASSE 51. - Matériel des arts chimiques, de la pharmacie et de la tannerie.
CLASSE 52. - Machines et appareils de la mécanique générale.
CLASSE 53. - Machines-outils.
CLASSE 54. - Matériel et procédés du filage de la corderie.
CLASSE 55. - Matériel et procédés du tissage.
CLASSE 56. - Matériel et procédés de la couture et de la confection des vêtements.
CLASSE 57. - Matériel et procédés de la confection des objets de mobilier et d'habitation.
CLASSE 58. - Matériel et procédés de la papeterie, des teintures et des impressions.
CLASSE 59. - Machines, instruments et procédés usités dans divers travaux.
CLASSE 60. - Carrosserie et charronnage. - Bourrellerie et sellerie.
CLASSE 61. - Matériel des chemins de fer.
CLASSE 62. - Électricité.
CLASSE 63. - Matériel et procédés du génie civil, des travaux publics et de l'architecture.
CLASSE 64. - Hygiène et assistance publique.
CLASSE 65. - Matériel de la navigation et du sauvetage.
CLASSE 66. - Matériel et procédés de l'art militaire.

GROUPE VII

Produits alimentaires.

CLASSE 67. - Céréales, produits farineux avec leurs dérivés.
CLASSE 68. - Produits de la boulangerie et de la pâtisserie.
CLASSE 69. - Corps gras alimentaires, laitages et œufs.
CLASSE 70. - Viandes et poissons.
CLASSE 71. - Légumes et fruits.
CLASSE 72. - Condiments et stimulants. - Sucres et produits de la confiserie.
CLASSE 73. - Boissons fermentées.

GROUPE VIII

Agriculture, viticulture et pisciculture.

CLASSE 74. - Spécimens d'exploitations rurales et d'usines agricoles.
CLASSE 71. - Viticulture.
CLASSE 76. - Insectes utiles et insectes nuisibles.
CLASSE 77. - Poissons, crustacés et mollusques.

GROUPE IX

Horticulture.

CLASSE 78. - Serres et matériel de l'horticulture.
CLASSE 79. - Fleurs et plantes d'ornement.
CLASSE 80. - Plantes potagères.
CLASSE 81. - Fruits et arbres fruitiers.
CLASSE 82. - Graines et plants d'essences forestières.
CLASSE 83. - Plantes de serres.


L'Exposition de 1889 réunit donc les éléments d'une encyclopédie gigantesque, où rien n'a été oublié : elle nous montre comment, à la date de 1889, l'être humain se nourrit, s'habille, se meuble et se pare ; par quels procédés scientifiques il travaille à la satisfaction de ses besoins ; elle nous montre l'histoire passée et l'état présent des arts qui ornent sa vie, et des sciences destinées à rendre l'homme plus heureux, plus intelligent et meilleur... Elle montre et elle explique tout. A l'exemple des industriels qui font leur inventaire chaque année afin d'évaluer à un sou près leurs bénéfices d'hier et leurs ressources de demain, on peut dire que l'humanité tout entière est venue, en 1889, faire son inventaire à Paris, entre l'esplanade des Invalides et le Trocadéro.


La Participation des Pays étrangers. - A cette démonstration grandiose, on peut dire que le monde entier a pris part. L'Allemagne même figure à l'Exposition, dans le Palais des Beaux-Arts, où plusieurs de ses sculpteurs et peintres les plus renommés ont envoyé leurs meilleures œuvres.
La coïncidence de la date des fêtes du Centenaire et de l'ouverture de l'Exposition avait fait craindre un instant qu'un certain nombre de gouvernements, peu disposés à s'associer, ou seulement à paraître s'associer à la célébration d'une fête révolutionnaire, n'imposassent l'abstention aux artistes et aux industriels de leur pays.
Heureusement ces craintes ne se sont pas réalisées ; même les gouvernements qui avaient cru devoir refuser leur participation officielle à l'Exposition de 1889, ont laissé leurs compatriotes libres de s'associer à cette grande œuvre de concorde et de progrès : là où manquaient les subsides gouvernementaux, l'initiative privée intervenait, et se suffisait à elle-même.


Les Directeurs généraux. - Mais on ne va pas à la victoire sans généraux ; et nous avons eu le bonheur d'en posséder de remarquables.
Trois noms doivent être inscrits ici, avant tous les autres : ce sont ceux des trois directeurs généraux : M. Alphand, M. Berger et M. Grison.
A ce dernier incombait la rude tâche d'assurer l'ordre dans cette comptabilité colossale, de gérer les finances de l'Exposition ; il s'en est acquitté avec un zèle, un esprit de méthode, un sang-froid et une courtoisie auxquels tous ont rendu depuis longtemps hommage.
M. Alphand est de ceux dont l'éloge n'est plus à faire ; il a été le Directeur général des travaux. C'est par lui et sous ses yeux qu'ont été tracés tous les plans ; c'est sous sa magique baguette que les constructions se sont élevées, que les galeries se sont ouvertes ; que soixante-dix hectares de plaine se sont, en quelques mois, transformés en une véritable ville - ville éblouissante où toutes les rues sont des jardins, et où toutes les maisons sont des palais.



M. GRISON

M. Alphand a été aidé dans son énorme et vaillante entreprise par une armée de collaborateurs dévoués qu'il faudrait citer tous. Le public en connaît déjà quelques-uns.
Il connaît MM. Dutert, Formigé, Bouvard, Sauvestre, les architectes des Palais de l'Exposition ; Contamin, l'ingénieur en chef des constructions métalliques ; Sédille et Vigreux, qui ont dirigé les installations industrielles et mécaniques ; Bechmann et Lion, à qui étaient confiés les importants services des eaux, des terrassements et de l'éclairage ; Laforcade, le jardinier en chef. Bien d'autres mériteraient d'être mentionnés ici, car de toutes parts le zèle a été remarquable, l'effort énorme et incessant... Avec de tels ouvriers, M. Alphand ne pouvait qu'aboutir à une œuvre grandiose. L'Exposition de 1889 sera pour lui le couronnement d'une carrière glorieuse, consacrée tout entière à la science et à la grandeur de Paris.
Mais, il ne suffisait pas d'ouvrir des galeries et d'édifier des Palais; il restait à les peupler... Installer l'Exposition, c'était bien. Mais il avait fallu d'abord autre chose. Il avait fallu faire l'Exposition.



M. ALPHAND

M. Alphand a été le bras qui agit, M. Berger a été le cerveau qui prévoit, prépare, combine et coordonne.
M. Berger, en s'installant, il y a trois ans, dans sa modeste baraque du Champ de Mars, avait tout à faire, et tout était contre lui ; il fallait entraîner l'opinion, forcer les hésitations des capitalistes, triompher du scepticisme des industriels, parer aux dangers incessants de l'instabilité gouvernementale, stimuler par delà les continents et les mers la sympathie hésitante des peuples lointains, rassurer, à force de patience, de courtoisie et de finesse, les méfiances et vaincre les antipathies des voisins d'Europe : il fallait savoir écrire, savoir agir et savoir parler ; être soldat, philosophe et diplomate à la fois et dans le même moment, et il fallait être tout cela avec une bonne humeur imperturbable et une obstination féroce, - dix-huit heures par jour, pendant trois ans.



M. BERGER

Ce tour de force, M. Berger l'a accompli. On me dispensera, j'espère, d'ajouter à cette constatation des commentaires qui seraient fades, et, à plus forte raison, des éloges dont M. Berger n'a plus besoin.
De tels hommes sont un honneur et une force pour un pays ; et en leur rendant hommage, c'est la race française elle-même et l'esprit français que nous glorifions...