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TROCADÉRO


LE PALAIS

Orfèvrerie et objets d'art français depuis saint Louis jusqu'à nos jours.

L'Exposition rétrospective de l'Art français du Trocadéro, est le résultat d'un compromis entre les amateurs français et la Direction générale de l'exploitation.
La dernière Exposition universelle, celle de 1878 a donné l'occasion de montrer au public la plus prodigieuse collection d'objets d'art anciens de toutes les époques et de tous les pays. Les musées d'Etat, les collectionneurs étrangers de toutes les nations avaient voulu concourir à cette manifestation qui pouvait alors passer pour une originalité ; mais qui depuis, est devenue très fréquente dans la plupart des capitales du monde civilisé. Le résultat de cette dernière tentative avait été tel, que les rédacteurs du programme de l'Exposition du Centenaire n'ont point cru devoir la renouveler, désespérant, non point de le surpasser, mais même de l'atteindre. Depuis dix ans aussi, la charité a sollicité le public des amateurs pour organiser des expositions de cette nature, et les amateurs se sont lassés, craignant désormais, d'exposer des objets aussi précieux aux risques nombreux qui les menacent. Tant de circonstances ont donc porté les organisateurs à se limiter, cette fois, à une exhibition spéciale, celle des chefs-d'œuvre de l'Orfèvrerie française. Cependant, comme de nouvelles collections se sont formées depuis dix ans, que les objets d'art ont changé de possesseurs, ces nouveaux amateurs. qui recherchent parfois une occasion de publicité, et aiment à provoquer l'admiration, ont réclamé aussi leur place. De sorte, qu'à côté de l'objet principal, l'œuvre de l'orfèvre français depuis saint Louis jusqu'à nos jours, on a accueilli un grand nombre de demandes et sollicité ceux des amateurs d'autrefois qui semblaient réfractaires.
L'Orfèvrerie française forme donc le corps de l'Exposition du Trocadéro ; mais, à côté d'elle, on aura sous les yeux les Arts Mineurs sous toutes leurs formes, dans toutes leurs manifestations. Le cachet spécial, la particularité de l'exhibition, qui la distinguera des précédentes, c'est qu'elle ne s'adresse qu'à l'art français.
Si on se place dans le Palais du Trocadéro, en regardant le Champ de Mars, on voit s'étendre, à droite et à gauche de la grande salle de concert, qui occupe le centre du monument, des galeries circulaires doublées d'un portique. C'est dans les galeries du bras gauche que sont exposés ces objets d'art, les galeries de gauche étant réservées d'une façon permanente au Musée des moulages des Monuments français, création nouvelle, dépendant de la section des monuments historiques, sur laquelle nous appelons toute l'attention des étrangers, car il est du plus haut intérêt pour eux de visiter ce musée. On a réalisé là cette merveille de transporter, dans leur vraie grandeur, sous les yeux du public, des fragments colossaux des plus admirables monuments de notre pays, le Cloître de Saint-Trophyme, le Portail de la Cathédrale de Chartres, Veselay, etc., etc., tout le passé monumental de la France du moyen âge, de la renaissance, et des périodes les plus récentes. Une heure passée dans ce musée équivaut à un voyage du nord au midi de la patrie française.
L'exposition de l'Orfèvrerie et des Arts Mineurs occupe dans la galerie, à droite, trois travées séparées par des cloisons originales, qui ne sont rien moins que le Portail de Saint-Maclou et la fameuse Tour de l'Horloge de Rouen. On a sollicité, pour le fond de cette exhibition, le prêt des Trésors religieux de nos cathédrales françaises ; et nous devons dire que les cardinaux, archevêques et prélats n'ont point épousé, dans cette circonstance, les rancunes de certaine classe de la société française, que la date choisie pour l'Exposition du Centenaire avait éloignée de l'idée d'en favoriser le succès ; on peut même compter des dignitaires de l'Église dans le sein du Comité d'organisation. Nous avons ici sous les yeux, les Trésors les plus célèbres des anciennes abbayes françaises et ceux des grandes cathédrales, c'est assez de nommer Sens, Reims, Chartres, Bayeux, etc., etc. A côté des émaux bysantins, des crédences, des ostensoirs, des patènes et baisers de paix, des crosses, des mitres, des encensoirs, des reliquaires prodigieux, des châsses célèbres, qui ne sont visibles qu'une ou deux fois par an, à l'éclat des cierges, dans les fêtes privilégiées, et qui, le reste de l'année, cachés à tous les yeux, sont l'objet d'un soin jaloux dans les salles capitulaires, on verra quelques spécimens de l'orfèvrerie civile, restes assez rares des merveilles de nos dressoirs français, échappés à la fonte dont Louis XIV avait donné l'exemple à tous les grands seigneurs de Versailles, quand, après les brillantes années de son règne, la coalition contre la France menaçait les frontières et vidait le trésor public. Tous les jours, l'Angleterre, l'Amérique et surtout la Russie nous enlèvent ces dernières œuvres de ces fameux Orfèvres du roi devenus célèbres dans le monde entier.
Pour la partie Bibelot proprement dite, qui aujourd'hui comprend tout ce qui tient à l'art décoratif, depuis la tapisserie, le bronze, les émaux, les bijoux, les objets meublants et les objets de main, jusqu'à la sculpture ornementale, et la fantaisie du jour consacrée par le goût et le talent qu'on dépense à l'inventer, on trouvera là encore un aliment suffisant, étant donné qu'il s'agit de la branche la plus spécialement française, celle où les écoles du XVIe, du XVIIe et du XVIIIe siècle ont été sans rivales en Europe.

LE JARDIN

Les Fleurs.

On pouvait reprocher à l'Exposition de 1878 d'être trop puritaine et trop sévère. C'était, si vous voulez, l'appartement d'un millionnaire, mais d'un millionnaire sérieux. C'était plein de choses utiles et confortables, d'objets rares et précieux, mais pas d'inutilités, pas de riens, pas de bibelots, et en général il n'y avait que le strict superflu. Les fleurs notamment étaient rares. L'Exposition de 1889 a largement comblé cette lacune de sa devancière. Elle a voulu être toujours et pour tout l'Exposition bleue, où les poutres des ingénieurs sont peintes de la couleur des poètes, et en face de la Tour Eiffel et de la galerie des machines, elle a installé au Trocadéro les arbres et les fleurs.
Aussi bien les fleurs sont devenues depuis quelques années, un des éléments de la vie parisienne. Comme les divinités antiques, elles nous accompagnent partout et sont de toutes nos solennités : elles nous accueillent à nos naissances, nous pleurent lorsque nous mourons, et, moins indifférentes que beaucoup d'amis, elles vont, elles, jusqu'au cimetière. Mais elles sont surtout les amies des femmes : dans leurs cheveux ou à leurs corsages, dans les grands vases de leurs salons, en corbeilles sur leurs tables, les Parisiennes, sur elles et autour d'elles, veulent toujours voir des fleurs et encore des fleurs.
La première visite des femmes sera donc pour les fleurs qui sont, dans l'art de ravir et de charmer, non pas leurs rivales mais leurs collaboratrices. Cela aura cet avantage de réunir dans les jardins du Trocadéro toutes les jolies visiteuses de l'Exposition au lieu de les disséminer dans toutes les galeries.
C'est, en effet, devant le Palais du Trocadéro que l'exposition d'arboriculture et d'horticulture a été installée. Il y a là de tout, plantes de serre, plantes de jardin, arbres fruitiers, légumes, et tout cela, en massifs, en corbeilles, en haies, en espaliers, en plates-bandes, descend les pentes jusqu'à la Seine.
Au bout du pont de l'Alma, jusqu'au bassin, à droite et à gauche, sont disposés des rosiers de toute espèce : il n'y en a pas moins de 4.500 et le coup d'œil sera véritablement féerique quand tout cela sera fleuri. A côté de ces massifs, de grandes tentes à rayures blanches et rouges et montant presque jusqu'au palais, abritent les instruments, couteaux, serpes, râteaux, etc., en général toute l'industrie horticole. Ces instruments sont vendus d'ailleurs par des femmes : on a pensé qu'il ne fallait pas que les hommes fissent tache au milieu des fleurs. En longeant la Seine, c'est, à gauche, l'exposition des arbres fruitiers. Ils sont là tous, pêchers, pommiers, poiriers, amandiers, figuiers, abricotiers. En ce moment ils sont en fleurs, et sur une longueur de 500 mètres est tombée la neige odorante du printemps. Tous ces arbres sont travaillés, dirigés, leurs branches guidées par des fils de fer. L'on a donné à quelques-uns d'entre eux des formes bizarres et tourmentées. D'autres affectent la forme de figures géométriques, des cônes ou des pyramides. On a d'ailleurs remarqué depuis longtemps que ce n'est pas aux formes géométriques que correspondent les meilleurs fruits. Alors pourquoi se donne-t-on tant de mal ?
A droite l'exposition des légumes : petits pois, haricots, asperges. Il y a aussi une importante collection de fraisiers. Cela forme un petit jardin semblable à ceux des maraîchers que l'on voit aux environs de Paris. On a même appliqué là le système d' irrigation essayé a Gennevilliers. Ce sont des vannes que l'on ouvre ; l'eau des égouts de la Ville monte, se répand, suit les rigoles, entourant les plates-bandes et les carrés de légumes, de sorte que chacun de ces carrés se trouve transformé en un petit îlot où s'infiltrent les eaux qui servent d'engrais et fécondent le sol.
Puis ce sont par groupes des collections de conifères, (pins, sapins, cèdres, cyprès, genevriers, etc.) auxquels leur élegance et leur régularité assurent une place distinguée dans les plantations d'agrément ; il y a aussi des collections curieuses d' arbustes grimpants (clématite, jasmin, glycine, lierre, rosiers, etc.).
En montant à gauche vers le palais on trouve un massif de fougères aux feuilles merveilleusement dentelées. Le long des murs soutenant la colonnade du palais, une très jolie collection d'arbres fruitiers à haute tige et dans la galerie en hémicycle on a installé l'industrie et la presse horticoles. Cette galerie est tout entière ornée de plantes de jardin.
En longeant le palais, ce sont encore des clématites, des corbeilles de pivoines. Devant les ruines d'un château un magnifique massif d'érables du Japon ; c'est l'exposition de M. Chassaing et tout à côté des magnolias à fleurs blanches et mauves.
Plus bas on rencontre un érable magnifique sous le feuillage duquel se trouvent des conifères du Japon ; c'est d'abord le sciadopitys et à la pointe du massif un lot d' « araucaria imbricata » et de « welingonia gigantea pendula ». Ces trois espèces d'arbres représentent les trois géants végétaux du Japon, du Chili et de l'Amérique du Nord. C'est ensuite une grotte bordée d'arbres verts de toutes sortes et qui conduit à un petit labyrinthe où l'on rencontre une grande quantité de plantes aquatiques « nymphea, nelumbium, lotus », etc., et surtout la série des magnifiques nymphea hybrides de Latour-Mariac.
Devant le labyrinthe on remarque un massif d'azalées où se trouvent réunis tous les échantillons de ces plantes merveilleuses, et, tout près, un petit groupe de bruyères de pleine terre avec leurs feuillages frêles et leurs petites fleurs roses et violettes.
Enfin, près de la Seine, un beau groupe de dattiers aux palmes élancées et qui proviennent de nos cultures de la Méditerranée.
Il ne faut pas oublier non plus l'exposition des pensées dont les fleurs parcourent la gamme des tons les plus chauds et les plus tendres. Vous trouverez là des pensées absolument noires et d'autres jaunes d'or avec des fibrilles noires, qui sont de toute beauté.
Au milieu de tout cela, des serres de toutes les formes et de toutes les dimensions, circulaires, enterrées, surhaussées, de plain-pied, où figurent de très curieuses collections de vignes et d'orchidées.
A signaler aussi l'exposition horticole du Japon. Le Japon, d'ailleurs, a voulu continuer les traditions de 1878. Citons sa très belle série de lis. Les plantes sont enfermées dans des vases de porcelaine japonaise blanche à décorations bleues qui rendent le jardin très pittoresque. On remarquera aussi l'exposition des conifères nanifiés. Ce sont des arbres centenaires qui, en liberté, atteignent des hauteurs prodigieuses,et que l'on a empêchés de grandir, comme les pieds des Chinoises. Il y a là des érables qui ont cinquante ans et qui n'ont pas plus de cinquante centimètres de haut. Le jardin japonais est entouré de palissades en bambous qui lui donnent une couleur locale très pittoresque.
A droite du Japon se trouve la collection de rosiers du grand-duché de Luxembourg qui sera très remarquée, et, devant le bassin, la Hollande a planté ses plus belles tulipes.
Comme toutes les fleurs ne durent, sinon qu'un matin, du moins que peu de jours, pendant toute la durée de l'Exposition elles seront renouvelées suivant la saison, et il y aura plusieurs concours. Nous en donnons ici un programme sommaire ; tous les renseignements seront fournis, d'ailleurs, par le journal le Jardin, dont le directeur, M. Godefroy-Lebœuf, est un de nos horticulteurs les plus distingués. Ces concours, où il sera vendu des fleurs coupées, se tiendront sous de grandes tentes, vers l'extrémité du boulevard Delessert qui aboutit au Trocadéro. Ils auront lieu dans l'ordre suivant :
Du 6 au 11 mai. - Roses des pays chauds, roses forcées, azalées, rhododendrons.
Du 21 au 29 mai. - Ce concours-là sera surtout le triomphe des roses. Il y aura deux mille cinq cents variétés de roses, depuis la France jusqu'à la pale rose du Bengale, et près de cinq mille rosiers.
Du 7 au 12 juin. - Des roses encore et surtout des plantes de serre.
Du 21 au 27 juin. - Bouquets et fleurs coupées.
Du 12 au 17 juillet. - Toutes les plantes qui servent à la décoration des parcs et des jardins, plantes de massifs et de corbeilles, verveines, héliotropes, géraniums, etc.
Du 2 au 7 août. - Gloxinias.
Du 16 au 21 août. - Begonias bulbeux.
Du 6 au 11 septembre. - Reines-marguerites, glaïeuls.
Du 20 au 25 septembre. - Dahlias.
Du 4 au 9 octobre. - Fruits et plantes à feuillage, dracénas, cyclamens, etc,
Du 18 au 23 octobre. - Chrysanthèmes.
Et alors ce sera l'automne ; les feuillages d'or roux seront prêts à s'envoler aux moindres vents et, avec les dernières chrysanthèmes, se fermera l'Exposition.

Le Pavillon du Ministère des Travaux publics.

Situé dans le jardin du Trocadéro, au voisinage de l'angle formé par l'allée centrale et le quai, le pavillon spécial d'exposition du Ministère des Travaux publics. Il occupe une surface un peu plus considérable que celle qui lui était attribuée en 1878.
Le bâtiment est simple et élégant, en brique et fer, couvert de tuile avec un petit hangar annexe.
De chaque côté de la pièce centrale, deux tourelles carrées renfermant chacune un escalier aboutissant finalement à une plate-forme supérieure qui sert d'accès à un phare, hommage justement rendu à notre remarquable Service des phares qui sert, en bien de cas, de modèle à nos voisins. La tour du phare a 33 mètres de haut, et elle étonnerait si l'on n'était si près de la Tour Eiffel. La décoration générale du bâtiment est sobre et élégante.
A l'intérieur, nous trouvons une remarquable collection de momies réduits et de dessins relatant les principaux ouvrages exécutés par les services du Ministère des Travaux publics ; des modèles bien exécutés en facilitent l'intelligence. La partie principale se rapporte aux appareils des phares parmi lesquels brillent, au sens absolu du terme, nos constructeurs parisiens, puis au balisage des côtes ; nous apercevons une remarquable Sirène à air comprimé, d'une grande puissance, actionnée par un moteur à air chaud qui fournit, de plus, l'énergie électrique nécessaire à l'éclairage du phare qui domine le bâtiment et dont les éclats lumineux éclairent une grande partie du jardin du Trocadéro ; nous avons le droit d'espérer qu'il n'éclairera aucun naufrage dans ce beau site, souvenir élégant de notre Exposition de 1878. Le public peut s'en assurer et, suivant l'expression maritime « veiller au quart » dans la tour du phare dont l'accès lui est permis par petits groupes.

Le Pavillon des Forets.

A mentionner, parmi les curiosités des jardins du Trocadéro, le Pavillon des forêts, à droite, en descendant vers la Seine.
On s'est servi pour ériger le bâtiment des forêts de toutes les essences qui croissent en France ; on a employé 1.500 mètres carrés de bois. La façade est formée de panneaux obtenus par la juxtaposition et l'assemblage de bois de formes et de couleurs diverses ; les colonnes sont constituées par des arbres séculaires non écorcés. La galerie principale du bâtiment a 43 mètres de longueur sur 16 de largeur ; on y a réuni une collection d'échantillons de bois unique au monde :
Chêne et hêtre, chêne-liège, érable, poirier, cerisier, tilleul, épicéa, sapin, aulne, châtaignier, pin, noyer, frêne.
A l'intérieur, dessins, tableaux, vues dioramiques intéressant l'industrie forestière.