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CHAMP DE MARS


LES BORDS DE LA SEINE

Histoire de l'habitation humaine.

Est-ce hasard, est-ce préméditation ? Je l'ignore, mais la coïncidence est piquante ; car, l'Histoire de l'habitation humaine se trouvant aux pieds de la Tour Eiffel, le promeneur peut embrasser, d'un coup d'œil, le chemin parcouru par l'homme depuis que - traqué par les bêtes fauves, flagellé par la pluie, tenaillé par le froid, grillé par le soleil - il a cherché une retraite dans l'excavation des rochers, jusqu'au jour où l'industrie contemporaine a élevé ce colosse de fer, en quelques mois, sans besoins réels, presque par désœuvrement, pour amuser la foule, en passe-temps de civilisé blasé.
Que penserait notre aïeul le troglodyte, pauvre être inconscient et bestial, qui n'avait que ses bras pour arracher sa nourriture à la terre et défendre sa misérable existence contre l'hostile nature, si, ressuscitant comme un nouveau Lazare, il sortait brusquement du roc en staf de M. Garnier ? Que se passerait-il sous son crâne s'il se trouvait tout à coup face à face avec la gigantesque ossature métallique de la Tour qu'il prendrait peut-être pour un nouveau monstre, prêt à l'anéantir ?
Je laisse aux psychologues la tâche ardue de résoudre ce problème. Quant à moi, je ne serais pas éloigné de croire que notre préhistorique ancêtre - qui devait être fort naïf, effroyablement gobeur et passablement badaud - profiterait de l'aubaine et, suivant simplement l'exemple d'un bon bourgeois des Batignolles, examinerait curieusement cette agglomération de maisonnettes dont l'architecte de l'Opéra a réalisé une bien amusante restauration.
Les pedants solennels, les membres correspondants des multiples sociétés savantes dont notre pays est phylloxéré, les académiciens provinciaux et chauves qui sont la ressource du Palais-Royal, en un mot tous les gens prétentieux qui ont le culte de la boîte de sardines antédiluvienne, perdraient leur temps à ergoter sur le plus ou moins d'authenticité de ceci, sur le plus ou moins de probabilité de cela. Que ces érudits personnages laissent dans les étuis et leur science et leurs lunettes.
M. Garnier dont l'esprit - comme on sait - est coté à la Bourse ainsi qu'une valeur de tout repos, n'a pas l'outrecuidante prétention d'avoir créé, en moins de deux ans, le Manuel du parfait archéologue. Pour se mettre à l'abri d'attaques plus ou moins fondées, il eût fallu se lancer dans des études considérables, longues et coûteuses dont le résultat final était d'ailleurs problématique. Flaubert a travaillé dix ans ses documents avant d'écrire Salambô, et on a prétendu que les trois quarts de ses assertions étaient fausses. Or le budget mis à la disposition de l'architecte, - pour construire - était court, et le temps mesuré. Il a donc fallu se contenter d'enlever de verve, des esquisses qui sont d'une impeccable exactitude, lorsqu'on a trouvé des matériaux et... d'une vraisemblance adroite, quand on a été contraint d'opérer, faute de mieux, par déductions.
Dès qu'on s'éloigne des temps historiques, les renseignements, déjà extrêmement rares pour les temples, les palais, les, résidences seigneuriales, les citadelles, les monuments importants, deviennent introuvables lorsque les recherches visent les habitations privées, légèrement construites, et fatalement vouées à une destruction totale. Exiger davantage ou autre chose, dans une donnée plus scientifique, serait donc déraisonnable.
A gauche - en tournant le dos à la Seine - la série débute par l'antre d'un troglodyte, sombre caverne creusée par la nature, dans le flanc d'un rocher, et que la main de l'homme n'a même pas cherché à améliorer.
Le sentiment du bien-être commence seulement à poindre dans la hutte en branches d'arbres de l'époque du renne, dans l'abri lacustre de l'âge de bronze et dans les tâtonnements en charpente de l'époque du fer.
Mais les jours d'épreuves sont passés. L'homme a enfin triomphé dans sa lutte implacable avec la nature dont il est le maître à son tour. Il ne se contente plus d'être commodément à l'abri des intempéries des saisons et des attaques des bêtes féroces, ses aspirations se sont élevées, il veut autre chose : il cherche à parer sa demeure, et alors voilà l'architecte qui remplace le manœuvre, et la brute qui se change en artiste. Voyez cette maison égyptienne, toute pimpante sous ses peintures voyantes et dont la toiture en terrasse, soutenue par d'élégantes colonnettes, indique qu'on a ingénieusement subi les exigences climatériques du pays sec et chaud habité par le constructeur. Plus rien n'est confié au hasard ; une grammaire, on le sent, est là qui régit, impose et conseille. Que nous sommes loin des essais maladroits et grossiers de tout à l'heure !
Ici, voici des êtres qui résistent encore à l'influence de la civilisation : c'est une tribu nomade qui se repose d'une longue marche sous une tente dissimulée derrière une habitation assyrienne, voisine elle-même d'une maison phénicienne dont la polychromie semble avoir conservé les ardents baisers du soleil.
La demeure des Hébreux, qui renfermera une curieuse collection d'antiquités juives, offre de frappantes similitudes avec le style égyptien, entre autres l'évasement de la porte qu'on retrouve, d'ailleurs, chez la plupart des peuples anciens, - y compris la Grèce - et la corniche couronnante formée d'un carré et d'une unique et large voussure.
L'Etrurie est représentée par une hôtellerie antique, meublée avec les lits, les tables, les escabeaux, les amphores, les ustensiles du temps.
A côté, les Pélasges ; plus loin l'habitation de l'Indou primitif, perchée sur un haut soubassement et décorée dans le style si caractéristique des pagodes de Cachemire et de Lahore.
Les fouilles récentes de M. et Mme Dieulafoy ont permis de présenter une restauration, indiscutablement sincère, de la maison persane à l'époque de Darius. Elle est bâtie avec des briques émaillées dont l'harmonieuse tonalité est copiée sur les précieux documents exposés au Louvre. Pour la première fois, nous voyons la voûte apparaître, et la ligne courbe s'unir à la plate-bande.
Les vaincus sont séparés de leurs vainqueurs, les Grecs, par les cabanes des Germains et des Gaulois que noiera d'ombre un chêne séculaire.
Comme la romane - dans laquelle sera installée une verrerie et ses souffleurs, - l'habitation grecque est aussi exacte qu'une vue photographique prise sous Périclès, car elle est la reproduction pure et simple d'un bas-relief du musée des Antiques.
Avec autant de conscience et une profonde connaissance de ces temps troublés, a été élevée la maison gallo-romaine composée d'assises de briques et de fragments disparates de monuments romains dont la rude main des barbares avait jonché le sol.
La série se continue - à droite de la Tour Eiffel – par une pittoresque maisonnette en bois, habitée par des pêcheurs scandinaves dont le bateau, amené de la Norwège, diffère peu des barques qui pénétrèrent jusque dans l'Ile-de-France, pas mal de siècles avant le général Boulanger.
Avec les spécimens de l'architecture romane, gothique et Renaissance, nous arrivons à trois délicieuses périodes de notre art national qui, en toute équité, arrive bon premier dans ce handicap d'un nouveau genre.
Ici, les documents n'ont pas manqué et l'on n'avait que l'embarras du choix, car la France regorge de ces merveilles de couleur, d'élégance, d'originalité, de charme, de grâce et d'esprit que des idées d'un classicisme imbécile nous font dédaigner, que notre œil de touriste indifférent ne regarde même pas, et dont la millième partie causerait l'orgueil de certaines nations qui, sous la foi des guides Boedecker, imposent à notre admiration les plus vides et les plus assommantes platitudes. Les Parisiens qui possèdent sur le bout du doigt leur Italie, mais qui n'ont pas trouvé le temps de pousser jusqu'à Orléans, trouveront dans la maison Renaissance un fort habile arrangement d'une habitation célèbre dans le chef-lieu du Loiret.
La fruste charpente des Slaves, sous laquelle on installera une distillerie d'essence de roses de la fameuse vallée de Kéranlik, nous ramène en arrière, bien près de la barbarie que côtoie, tout proche de là, l'art byzantin sous un troublant masque de raffinement quintessencié et de naïveté décadente. Si, dans le hiératique costume de Théodora, Sarah Bernhardt consentait à déjeuner - avec ou sans fourchette - dans la bizarre loggia de la maison qu'on dirait bâtie pour Justinien, l'illusion serait complète.
En véritable fantaisiste qu'il est, M. Garnier a eu l'idée de forcer les pays où l'on gèle de voisiner avec les régions où l'on cuit. Ainsi, la Russie. - à la jolie façade aux bois ouvragés - serre de près l'Arabie et le Soudan dont les maisons, aux crépis d'une blancheur de craie, semblent haleter et flamber sous le soleil dévorant du désert.
Le Japon et la Chine, avec leurs toits tourmentés, leurs proportions élégantes, leur décoration exotique, leurs cloisons de bambous légers, considèrent d'un air de mépris le balourd champignon des Lapons et la frileuse hutte des Esquimaux qui ressemblent à des animaux fantastiques enfouis sous la glace.
Les cabanes informes des tribus de l'Afrique centrale et celles des Peaux-Rouges exhibent les derniers spécimens de la sauvagerie encore debout, côte à côte avec les maisons des Aztèques et des Incas, suprêmes vestiges d'une fastueuse et éblouissante civilisation à jamais enfouie sous les cendres du passé.
Là s'arrête cette attachante et trop sommaire revue de l'histoire de l'humanité saisie dans l'activité de sa vie intime.
Je regrette que l'auteur d'une œuvre aussi captivante se soit arrêté brusquement, et n'ait pas parachevé cette évocation du passé en nous présentant, par exemple, un pavillon de chasse Louis XIII, un petit hôtel de la Chaussée d'Antin sous Louis XV, une guinguette à Romainville telle que l'a dépeinte Paul de Kock, un mas provençal et une chaumière bretonne. Le cercle se serait ainsi refermé de lui-même, car le saut est trop énorme entre la Renaissance et la Tour Eiffel pour que le public, dérouté, ait la possibilité de déduire des transformations qu'il eût été intéressant de suivre presque à vue d'œil.
Mais, en somme, la tentative hérissée de difficultés que M. Garnier avait osée, a réussi au delà des prévisions les plus optimistes, et l'on ne peut que féliciter chaudement l'artiste dont l'esprit inventif a parfois subtilement aidé l'érudit et l'architecte.

LE PALAIS DU PÉTROLE

Un des attraits de l'Exposition de 1889 semble résider dans les soins avec lesquels, pour la première fois peut-être, on s'est appliqué à parer la science de dehors aimables, à rendre attrayantes et pittoresques les manifestations en apparence les plus arides du génie industriel.
Chaque grande industrie a son palais où elle s'installe avec magnificence, étalant ses produits sous mille formes charmantes et instructives. Quelques-unes ont poussé la coquetterie jusqu'à faire œuvre d'artistes en des spécialités où il semblait que la matière ne le comportât guère.
Le Pétrole, qui constitue une des plus intéressantes découvertes de notre siècle et qui occupe une si grande place dans l'histoire du travail ne pouvait se dispenser de figurer dignement au Champ de Mars. Il a son Panorama installé sur la berge de la Seine, à droite et à gauche du pont d'Iéna, par MM. Deutsch, dont le père fut, en 1860, l'un des premiers à découvrir les procédés propres à rendre utilisable cette matière jusqu'alors abandonnée.
C'est dans un réservoir à pétrole, sur la paroi circulaire d'un gigantesque « oil-tank », que les toiles panoramiques, peintes par M. Poilpot, ont été disposées.
Le public y entre librement, et trouve d'abord, au rez-de-chaussée de la galerie, une exposition très curieuse d'appareils, d'outils servant à l'extraction, au transport et au raffinage du pétrole et du naphte, ainsi qu'une série de plans, d'aquarelles, de gravures, de types et de modèles en réduction, qui constituent et résument l'histoire de l'industrie elle-même.
De cette galerie on accède par un double escalier à une plate-forme donnant vue sur le panorama. Celui-ci se divise en deux parties d'égale importance : l'une reproduit l'aspect d'ensemble des gisements pétrolifères et des exploitations du district de Washington aux Etats-Unis ; l'autre, une vue de l'exploitation du naphte, au plateau de Balachané, près Bakou (Caucase).
Les deux paysages se déroulent avec une netteté et une précision de détail saisissantes. Tous les aspects et toutes les phases de l'extraction du pétrole y figurent : les puits artésiens et tout le matériel d'exploitation qui s'y rattache ; les réservoirs colossaux où la matière est emmagasinée, les lignes de « pipes-lines » par où elle se déverse, à de fantastiques distances, dans les centres d'exploitation ou de transit, etc.
Et ce qui est amusant, c'est que de chaque côté des vues panoramiques, hommes et choses sont bien dans leur milieu ; le panorama d'Amérique et celui d'Asie ne se confondent pas : c'est la même industrie, mais on sent, suivant que les yeux se portent à droite ou à gauche, que cette industrie est exercée par des hommes et sous des climats différents. - Enfin, dans un autre pavillon, réservé aux Applications du Pétrole, se trouvent réunis les divers systèmes de lampes employées aujourd'hui pour l'éclairage, les carburateurs pour la production du gaz de pétrole, les fourneaux servant au chauffage et les machines ou moteurs à pétrole pour la production de la force motrice.
Le Palais du Pétrole est un des grands attraits du Champ de Mars. Il fait honneur à ceux qui l'ont conçu et organisé.


PALAIS DES BEAUX-ARTS

Ne pouvant, faute d'espace, procéder à l'examen des principales œuvres (sculptures, peintures, dessins, aquarelles, etc,) rassemblées dans le Palais des Beaux-Arts, nous voulons, pour la commodité du lecteur, et pour lui éviter d'inutiles recherches à travers les méandres du palais d'azur de M. Formigé, décrire aussi brièvement que possible la disposition intérieure de cet édifice.
Après avoir parcouru l'immense galerie Rapp qui recevra, en grande partie, la sculpture française, on penetre à droite dans la portion du Palais réservée à notre exposition décennale. C'est, au rez-de-chaussée, une suite de petits salons latéraux dont la disposition particulière est des plus heureuses, car M. Antonin Proust, commissaire spécial des Beaux-Arts, a décidé que les œuvres de chaque artiste seraient réunies en un même panneau, et formeraient autant d'expositions particulières.
Cette disposition a été également adoptée pour le pastel, l'aquarelle, le dessin et la gravure, dans la galerie du premier étage.
Puis, nous arrivons sous la coupole du dôme central, où est installée cette merveilleuse exposition des chefs-d'œuvre de l'art français (peinture, sculpture, gravure, dessins) depuis 1789 jusqu'à 1878, dont nous reparlerons tout à l'heure. Toute la partie du Palais, située au delà de l'Exposition rétrospective, c'est-à-dire au delà du dôme et des salles adjacentes, qui seront également consacrées aux œuvres d'art appartenant à la période centennale, appartient aux sections étrangères.
L'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne, la .Russie, l'Autriche-Hongrie sont au rez-de-chaussée. La Belgique, la Suisse, la Grèce, les États-Unis, le Danemark, la Norwège, la Suède, la Hollande, la Serbie, la Roumanie et l'lnternationale (section composée des envois des rares pays qui n'ont pas officiellement adhéré à l'Exposition), au premier étage.
Nous avons calculé que si l'on donnait à la glorieuse cimaise, sur laquelle reposeront les meilleures de toutes ces œuvres, une direction rectiligne, on arriverait à une longueur d'une lieue un quart ,environ. A elle seule, la France n'a pas moins de 2,820 metres de cimaise. Les étrangers ont obtenu 2,123 mètres. La différence entre ces deux chiffres appartient à l'Exposition rétrospective. Cette indication suffit à donner une idée de la production artistique depuis dix ans. Nous espérons qu'à l'aide de cette rapide description, le visiteur pourra facilement s'orienter au milieu des milliers d'œuvres d'art qui peuplent le Palais de M. Formigé.
Cette excursion principale une fois achevée, il aura encore une intéressante promenade à faire à travers les sculptures françaises et internationales et dont un certain nombre ont été, faute de place (car les sculpteurs ne sont pas moins féconds que les peintres), disséminées dans d'autres parties des jardins et des palais.

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Nous appelons notamment l'attention du visiteur sur l'exposition rétrospective des Beaux-Arts, cette superbe exhibition de tous les chefs-d'œuvre de peinture, de sculpture, de gravure du siècle, vaste synthèse de l'histoire de l'art, des mœurs, des costumes, et d'une partie des événements politiques de toute une époque.
Qu'on nous permette ici d'exprimer le regret que le principe, qui a présidé à l'organisation de cette splendide fête de l'art français, n'ait pas été généralisé davantage. Intelligemment appliqué à toutes les branches du travail humain, il eût permis aux savants réunis en congrès au Champ de Mars de rédiger sur place, d'après les documents rassemblés autour d'eux, une vaste encyclopédie où les générations à venir eussent puisé de précieux enseignements et qui eût prolongé à travers les siècles le souvenir de cette splendide exposition de 1889.

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L'organisation de l'exposition centennale des Beaux-Arts ne s'est probablement pas faite sans difficultés. Réunir environ seize cents œuvres de choix (peintures, dessins, sculptures, gravures, etc.) n'était pas chose aisée, sans dégarnir nos galeries nationales. Il n'a été cependant fait aux musées que de rares emprunts. C'est aux collections particulières que le commissaire spécial des Beaux-Arts s'est surtout adressé. Si tous les chefs-d'œuvre d'art du siècle ne figurent pas au Champ de Mars, c'est que certains collectionneurs n'ont pas cru devoir contribuer à l'éclat de cette grande fête d'art national. Mais tous ont été sollicités, et à quelques rares exceptions, tous se sont fait une sorte de devoir patriotique de collaborer à l'organisation de l'exposition rétrospective des Beaux-Arts, qui ne contient pas moins de 650 toiles, 350 dessins, 200 sculptures, 400 gravures.
Sous peine d'altérer profondément le caractère de leur programme, les organisateurs de la Centennale ne pouvaient admettre les œuvres signées avant 1789. D'un autre côté, il était difficile de ne pas faire figurer sur le catalogue les noms de ces maîtres si français : Fragonard, Greuze, Moreau le jeune, qui ont encore signé quelques œuvres intéressantes après la grande date révolutionnaire. Aussi a-t-on décidé que ces artistes ne seraient représentés que par un nombre relativement restreint de toiles et dessins exécutés, la plupart du temps, par une main déjà affaiblie par l'âge.

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Ainsi que nous l'avons dit plus haut, toute la partie du palais des Beaux-Arts, située entre le dôme et le large vestibule qui fait face à la. Seine est occupée, aussi bien au rez-de-chaussée qu'au premier étage, par les sections étrangères.
Continuons notre promenade de la façon méthodique que nous l'avons commencée, en examinant d'abord les œuvres de peinture exposées au rez-de-chaussée par l'Autriche-Hongrie, l'Italie, l'Allemagne, (que les sinistres prophéties de M. Tisza n'ont décidément pas effrayées outre mesure), la Russie, l'Espagne et l'Angleterre.
Puis nous gravirons l'escalier de gauche (côté de la Seine) ; et nous visiterons successivement, en nous arrêtant devant les œuvres principales, les sections danoise. norvégienne, suédoise, hollandaise, serbe, et la petite section internationale. Après cet examen, nous reviendrons sur nos pas, et, après avoir parcouru la longue galerie transversale, occupée en grande partie par la section des Etats-Unis, nous visiterons les sections grecque, suisse et belge.

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Malgré ses vastes dimensions, la galerie Rapp est impuissante à contenir les œuvres de sculpture contemporaine exécutées depuis dix ans. La plus grande partie de ce hall superbe a été consacrée à la sculpture française, l'autre à la sculpture étrangère. Mais néanmoins un véritable flot de statues s'est répandu, faute d'espace, sous les divers vestibules, dans les moindres recoins du Palais, et jusque dans les jardins.
Les œuvres remarquables qui ont fixé notre attention dans notre promenade à travers ce peuple de bronze et de marbre, sont nombreuses et, disons-le avec un orgueil bien légitime, le génie artistique de la France s'y affirme d'une façon plus triomphante encore que dans la peinture.

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Tout à côté du Palais des Beaux-Arts, dans la partie du jardin faisant face à la Seine, se trouvent les deux pavillons des pastellistes et des aquarellistes, que nous engageons fort les amateurs d'art à visiter.


PALAIS DES ARTS LIBERAUX

L'Exposition dite de l'Histoire du Travail occupe, dans le plan général de l'Exposition du Champ de Mars, le bras qui fait pendant au pavillon des Beaux-Arts, c'est-à-dire la partie qui vient en saillie sur les jardins, à droite en regardant le Pavillon central. La perspective ci-jointe, avec ses indications correspondantes à notre description, en facilitera la visite aux étrangers.
Disons d'abord le but de cette Exposition qui, au point de vue des idées générales est peut-être celle qui offrira le plus d'intérêt au visiteur, à condition qu'il y regarde de près. Il s'agit, dans un but d'instruction, de montrer les produits du travail humain depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ; de les disposer de manière à montrer les progrès réalisés et les transformations subies, dans leur ordre chronologique ; et en même temps d'initier le public aux procédés du travail manuel et du travail mécanique qui, à travers les siècles, aboutirent à l'outillage industriel moderne des Arts el Métiers. On comprendra aisément qu'il est impossible de mettre sous les yeux du public les objets eux-mêmes, dont quelques-uns sont unique. - Prenons pour exemple la première machine à vapeur de Stephenson, qu'on voudrait opposer à la dernière, celle sortie des ateliers Cail ou du Creuzot, ou le premier télescope de Galilée, qu'on devrait pouvoir comparer à la dernière lunette de l'observatoire de Nice. L'une figure au musée du South Kensington de Londres, l'autre appartient à Venise ; et on conçoit qu'ils soient tous deux considérés comme des monuments nationaux qu'on conserve avec un soin jaloux.
C'est donc, la plupart du temps, par des représentations des modèles, des fac-similés d'objets, des gravures anciennes, dessins et photographies, qu'on a établi la série chronologique ; aussi, dans quelques-unes de ces sections, l'aspect décoratif est-il moins frappant qu'ailleurs. Cependant si on ne possède point la première machine à traction, on possède du moins la seconde, prêtée par les Anglais, et à côté des luxueux wagons-salons des riches et puissants du jour, on verra à la section des transports le premier wagon-salon fait pour le duc de Wellington. On constatera aussi qu'à la section de l'anthropologie, à l'histoire du théâtre, aux arts et métiers et aux arts libéraux, le décor est saisissant et que le côté plastique s'ajoute à l'intérêt de l'enseignement qui en ressort. Ce sera une compensation à quelques-unes des autres sections où on a peut-être un peu trop compté sur l'attention d'un public qui ne peut être que distrait au milieu d'une aussi vaste exhibition.
Cette exposition de l'Histoire du Travail, dans son en semble, comprend cinq sections :
I. - Les sciences anthropologiques et ethnographiques.
II. - Les arts libéraux.
III. - Les arts et métiers.
IV. - Les moyens de transport.
V. - Les arts militaires.
M. Jules Simon, à la fois homme politique et philosophe, a eu la présidence de la Commission supérieure. L'amiral Jurien de la Gravière, membre de l'Académie française et historien de la marine dans tous les temps, en est vice-président, avec M. de Quatrefages, un savant dont le nom est européen. M. Paul Sédille est l'architecte spécial de cette partie de l'Exposition. Nous ne pouvons point citer ici les noms de chacun des membres qui composent les commissions de ces cinq sections, mais il va sans dire que ceux qui ont conçu le programme en ont confié la réalisation aux plus illustres spécialistes et aux hommes les plus pratiques.
Les quatre premières sections seules sont installées dans le Palais dit des Arts libéraux ; la cinquième, les arts militaires, détachée de l'ensemble, occupe un emplacement spécial sur l'Esplanade des Invalides.
Nous allons, à l'aide du plan, indiquer la place qu'occupe chaque section et en caractériser la nature et l'aspect. Nous entrerons par la porte du dôme des Arts libéraux, au centre même de la façade donnant sur les jardin. La disposition d'ensemble est très particulière ; l'architecte a imaginé d'enfermer un monument dans un monument ; l'exposition des quatre sections forme là un long parallélogramme avec quatre cours entourées de galeries en portiques à jour butés aux angles par des pavillons, le tout abrité à une hauteur considérable par le Palais même avec son dôme central formant le pendant de celui du Palais des Beaux-Arts. Au centre du parallélogramme, sous la voûte même du dôme, s'élève un portique circulaire relié aux autres cloîtres par des escaliers qui permettent l'accès aux terrasses et galeries supérieures. En entrant par la porte du milieu A, le visiteur accède sous le dôme qui est le centre même de la section II, les Arts libéraux. Ce portique circulaire est réservé au Théâtre et à son histoire ; dans une autre exhibition annexe à celle-ci (qui est faite par l'État), le Bibliothécaire de l'Opéra complète la leçon et nous montre les décors, leur mode d'exécution, les procédés employés pour les réaliser, les maquettes des peintres décorateurs, leurs outils, leur atelier, les esquisses des maîtres du genre conservées dans des musées spéciaux ou empruntées aux collections privées, avec la machinerie compliquée d'aujourd'hui, celle beaucoup plus simple d'autrefois, et les affiches, les programmes, les costumes, les portraits des virtuoses, l'architecture du théâtre, en un mot toute la partie historique et surtout les transformations successives qui complètent l'étude de ce qui fut par la comparaison de ce qui est.
Si, sortant de ce pavillon central par la droite ,et nous engageant sous l'escalier, nous visitons les galeries du rez-de-chaussée qui entourent la première cour ; nous avons a notre gauche : Le Travail de la Peinture, représenté par tous les modes d'expression employés par le peintre dans tous les temps ; la matière d'abord, et un exemple du résultat de son travail, c'est-à-dire une ou plusieurs œuvres exécutées : la Fresque, la Cire, l'Encaustique, la Détrempe, l'Huile, la Peinture à l'eau, le Pastel, etc., etc.
De là, nous passons au Travail de la Sculpture, c'est-à-dire l'énumération de toutes les matières mises en œuvre par le sculpteur, depuis les temps anciens jusqu'à nos jours ; le Bois, le Marbre, la Pierre, le Bronze, la Cire, l'Ivoire, les Matières dures, etc., avec les divers états et transitions de chacune de ces matières, et de beaux exemples de la plupart des pays et des époques dus à de grands artistes. Tout près de là on a pu consacrer un pavillon à l'histoire de la gravure et du livre au Japon, et cette subdivision sera très appréciée par les amateurs. Si on veut suivre la série des arts libéraux par la gravure, la musique, les manuscrits, l'histoire des Coins, de la Monnaie et de la Medaille, il faut monter à la partie supérieure ; mais il vaut mieux rester au rez-de-chaussée et poursuivre. La cour autour de laquelle se déroulent les diverses expositions est consacrée à l'Histoire du Travail de la Musique, c'est-à-dire à la fabrication des instruments, à leur reconstitution, depuis la harpe égyptienne conservée au Louvre, et le rebec copié sur une statue du musée de Chartres, jusqu'au piano vulgaire. Nous n'oublierons pas l'Histoire de l'Affiche, soit typographique, soit illustrée, représentée par des spécimens disposés chronologiquement, qui nous montre la naissance de l'affiche illustrée, puis la Réclame colorée, ses transformations, et les originaux de quelques-unes des dernières compositions en lithochromie qui ornent nos murs parisiens. L'Astronomie et la Chimie ressortissent aussi à cette section, ainsi que les instruments d'optique. On avait rêvé la reconstruction des modèles des observatoires chinois et la glorification de Ticho Brahé et de Copernic ; il a fallu en rabattre, mais on a réuni quelques instruments historiques du plus haut intérêt. le Laboratoire de Lavoisier reconstitué est un des attraits de cette section ; le public, dans toute cette partie, devra prêter son attention aux étiquettes qui, dans leur ensemble, font un catalogue du plus haut intérêt.
Nous passons de la première cour dans la seconde, et nous trouvons la section I, consacrée à l'Histoire de l'Homme. L'anthropologie, les types, les pièces anatomiques, les reconstitutions des scènes préhistoriques, des moulages des races et personnalités physiques, des ateliers de fabrication des silex forment là une série de pittoresques représentations figurées par des personnages grandeur nature, et il n'y a pas à douter que la foule naïve ne se porte de préférence vers cette section. Tout autour, sous les portiques, un sinologue distingué, le marquis d'Hervey de Saint-Denis, a restitué, avec personnages, les ateliers de fabrication de céramique et de cloisonnés chinois, à toutes les phases du travail. A l'appui, figurent de beaux spécimens pris dans des collections. L'extrémité du parallélogramme forme une exposition officielle, celle de l'Enseignement technique, qui a son prix mais qui ne passionnera que les personnes vouées à l'enseignement.
Si, après a voir parcouru ces deux parallélogrammes à droite, nous revenons sur nos pas par les portiques extérieurs où le Ministère de l'Intérieur expose sur toutes les parois les cartes de Géographie et la Cosmographie, tandis que derrière les mêmes parois ont trouvé place les Instruments de précision et la Chirurgie, nous retrouvons le pavillon central le Théâtre, et, en suivant droit devant nous, nous arrivons à la Section IV, qui comprend les Collections des Ponts et Chaussées, des Arts et Métiers, les Phares, l'École centrale, les ponts, les barrages, les modèles de véhicules, en un mot l'exposition des Moyens de transport. Là, on a suppléé à l'absence des types par plus de 5,000 clichés photographiques montrant les représentations de vingt siècles avant Jésus-Christ jusqu'au XVIIIe siècle, et il est certain que c'est la première fois qu'on aura rassemblé une collection de documents aussi précieux ; mais, nous le répétons, il faut suivre pas à pas le développement du progrès par la lecture attentive des étiquettes qui donnent à chaque représentation leur signification spéciale. Les modèles de petite dimension jouent un grand rôle dans cette partie de l'exposition de l'Histoire du Travail, tant pour la Navigation et les Ponts et Chaussées que pour les Transports.
La section III, les Arts et Métiers, occupe dans son ensemble tous les portiques et la dernière enceinte qu'ils enferment ; elle nous montre par des exemples ou des représentations tout ce qui peut intéresser l'ingénieur et l'artiste de l'industrie, le verrier, le photographe, le coutelier d'art, avec leurs outils et leurs produits, les progrès réalisés, et des types de tous les temps ; on verra là, avec intérêt, des ateliers reconstitués avec l'outillage d'autrefois. Il va sans dire que la Photographie, d'où dérivent tant d'inventions si précieuses, tient une large place dans cette exhibition. Le fameux Musée Plantin, d'Anvers, l'orgueil des typographes et imprimeurs belges, figure dans cette partie de l'édifice, représenté par quelques rares spécimens dont la ville d'Anvers a eu beaucoup de peine à se séparer.
Nous pourrons, à notre gré, revenir au portique central et monter aux galeries supérieures, ou y accéder par les escaliers du fond. Ces galeries ouvertes, qui ont pour ciel la nef immense avec son dôme en faïence rappelant les mosquées d'Orient qui s'élève à 56 metres, ne sont que le complément de l'Exposition, et chaque section du rez-de-chaussée se continue à sa partie supérieure, de sorte que nous n'avons pas à y revenir dans notre description. Celle qui correspond au portique circulaire occupé au rez-de-chaussée par les théâtres, est réservée, sur la terrasse, aux progrès de l'aérostation, depuis la montgolfière timide jusqu'à l'ambitieux aérostat qui vise à l'idéal, la direction des appareils d'aérostation.



LA GALERIE CENTRALE

Du Palais des Industries diverses.

Quand un voyageur revient de Constantinople on lui demande : Que pensez-vous de Sainte-Sophie ?
De même, à qui sort de l'Exposition on peut demander :
Avez-vous vu le Dôme central ?
Placée à l'entrée de la grande nef où viennent déboucher les industries diverses, cette coupole devait nécessairement symboliser la plus haute expression de l'art industriel. De droite et de gauche, voici les expositions des manufactures de Beauvais et des Gobelins. A 11 mètres au-dessus du sol, un balcon assez large, faisant le tour de cette immense circonférence de 30 mètres de diamètre, coupe en deux l'entrée de la grande travée et donne à la base de cet immense hall, par son peu d'élévation au-dessus du sol, un aspect de solidité qui fait mieux ressortir la légèreté de la coupole. Sur le pourtour se creusent des niches du plus heureux effet qui sont éclairées le soir par d'énormes lampes Edison. Puis, en montant toujours, voici dans des cartouches symboliques et surmontés de leur emblèmes, les quatre forces principales de la nature appliquées à l'industrie : la vapeur, l'électricité, l'air et l'eau ; entre elles sont inscrits les noms des quatre arts que leur nature met en contact avec l'industrie : l'architecture, la sculpture, la musique et la peinture.
Nous sommes arrivés à 35 mètres de hauteur. Jetons un regard sur la belle décoration en imitation de mosaïque, signée Lavastre et Carpezat et représentant le rendez-vous de tous les peuples du monde au Champ de Mars. Sur cette heureuse composition ; une rampe lumineuse s'allume le soir comme une énorme auréole de feu ; enfin, voici la coupole : elle s'élève jusqu'à 55 mètres au-dessus du sol, gracieuse, pondérée de lignes, harmonieuse de formes, inondée d'une lumière dorée douce et féerique. Incontestablement cette entrée est la merveille artistique décorative de l'Exposition et nous ne saurions trop louer l'architecte M. Bouvard, qui en est l'auteur.
Nous entrons dans la galerie centrale. Ici d'autres merveilles nous attendent.
Comme toutes les expositions industrielles du Palais aboutissent à cette galerie, on a eu l'idée extrêmement ingénieuse de confier aux exposants eux-mêmes la décoration des portes qui mènent à leurs sections. Il s'agissait donc pour eux de résumer dans cette décoration, soit symboliquement, soit à l'aide des produits eux-mêmes, l'ensemble et les plus caractéristiques des objets présentés par eux. Voyons comment ils ont résolu le problème.

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Voici, à droite, l'entrée de l'Exposition d'orfèvrerie : deux grands portiques enserrant une baie de moindre largeur. Le tout est d'une jolie nuance claire ; sur un fond blanc se détachent des ornements d'or, guirlandes et arabesques. Des piliers de lapis, chargés de travaux d'orfèvrerie soutiennent les arches flanquées de droite et de gauche d'écussons portant les armoiries des anciennes corporations d'orfèvres de Paris, Lyon, Tours et Limoges. Enfin, surmontant le tout, des cartouches au fond d'or mat où se détachent en or plus vif les noms des principaux orfèvres français.
A gauche, les Bijoutiers ; nous voici en plein XVIIIe siècle. Plus de moulures ; c'est à la peinture seule que les artistes ont confié le soin de symboliser le travail des pierres précieuses : des camaïeux rehaussés d'or, des guirlandes et des arabesques, des vases précieux enrichis de pierreries, le tout en de jolies tonalités chamois, rose, gris et or, font des deux portiques de cette travée une œuvre plaisante à l'œil et lui donnent une impression de fini, de richesse minutieuse et de délicatesse ouvragée.
La céramique ! Adieu les futilités exquises du bijou : l'art se fait plus pratique et c'est par exception seulement, quand un Bernard de Palissy pétrira lui-même la terre du potier, que l'œuvre d'art pur naîtra. Ici, l'ornementation du portail présentait beaucoup moins de difficulté. A droite et gauche, deux niches en faïence, d'un mètre de hauteur environ, contiennent des statuettes, motifs de fantaisie ayant trait à l'histoire de la céramique. Le tout est d'une heureuse harmonie de couleurs, et l'emploi des procédés de la renaissance italienne donne à cet ensemble beaucoup d'élégance et une grande légèreté.
Maintenant, un brusque saut vers l'utilitaire ; en face de la céramique, débouche la galerie du Vêtement. L'art se fait l'esclave des caprices de la mode, le beau n'est plus que le goût. Il eût été difficile de symboliser l'habillement autrement que par des peintures décoratives.
Au-dessus de la baie principale, deux femmes cachées sont peintes vêtues d'étoffes ondoyantes aux plis gracieux. Tout cela simple, sans grande prétention, d'une suffisante sobriété.
Une masse sombre, de style sévère, tout en bois sculpté, trois portes de forme rectangulaire, dont l'une sensiblement plus haute que les deux autres, nous voici devant une des œuvres les plus curieuses à coup sûr de cette merveilleuse galerie : c'est l'entrée de la classe 17, celle des Meubles.
Rien d'imposant comme cette décoration toute d'une seule teinte, où le brun tirant sur le noir, avec ses reflets luisants de bois verni, tranche vigoureusement sur les harmonies claires des portes voisines. Au-dessus de chacune des baies, des bas-reliefs en plâtre bruni, imitant à s'y méprendre le bois sculpté, flanquées de droite et de gauche de statuettes modelées de même et représentant un sculpteur, un ébéniste, un dessinateur et un ornemaniste ; sur le tout enfin les noms des grands ébénistes et sculpteurs sur bois : J. Goujon, A.-C. Boule, J. Bérain, Lepautre, Cressent, A.-J. Roubo, Riesner, M. Carlin, Delafosse, tous français à l'exception de Riesner, auquel la nature de ses créations et le fait d'avoir travaillé exclusivement pour Marie-Antoinette donne droit de cité parmi nous. Au centre, un grand rideau relevé sur le côté rappelle seul l'art de la draperie.
L'effet de cet ensemble est vraiment superbe et cette porte si caractéristique est un des chefs-d'œuvre de la curieuse galerie centrale.
M. Hermant, l'architecte sous les ordres duquel toute cette décoration a été exécutée, a fait là une véritable œuvre intelligente et artistique à la fois. Chargé des deux portes contiguës des classes 17, d'une part (meubles), 14 et 21 (tapisserie, tissus d'ameublement), de l'autre, c'est à la première qu'il semble avoir réservé tous ses soins.
Sur la seconde, rien qui puisse nous indiquer l'entrée d'une section où l'art de la décoration tient une si grande place. Nous sommes devant un grand portail, rappelant l'art de l'époque de Louis XVI tout en imitation de marbres multicolores où le rouge et le vert dominent. Seuls, deux panneaux des compositions symboliques dues au pinceau de Toché nous font souvenir que les galeries dont il occupe l'entrée sont consacrées à l'art du tapissier. C'est la moins originale des compositions décoratives de la galerie et nous ne nous y arrêterons pas.
En face des galeries des meubles et de la tapisserie débouchent celles des matières textiles : la soierie d'abord, puis les industries de la laine, du fil et du coton. Les exposants de la soierie, pour donner plus de caractère à la grande porte qu'ils avaient à décorer, en ont exclusivement confié le travail à leurs compatriotes lyonnais. La grande ville manufacturière a voulu nous donner une preuve de sa vitalité et de son indépendance : elle y a pleinement réussi. Très intelligemment, M. Pascanot, qui en a conçu et fait exécuter le plan, a laissé la seconde place à la décoration architecturale pour bien mettre en relief les procédés mêmes de l'industrie lyonnaise.
A signaler, dans le cadre très voyant de la porte voisine, deux bijoux : deux toiles exquises signées Rochegrosse. A gauche, une femme dans un paysage printanier tond un agneau que lui tient un enfant - un chérubin qui serait vêtu ; - à droite, dans un intérieur qui laisse voir une mer ensoleillée, l'ouvrière travaille à une tapisserie, tandis que des enfants, toujours aussi gracieux, la servent, déploient les étoffes et tendent les laines.
Nous voici au milieu de cette colossale galerie. Passons rapidement devant les galeries destinées à la fabrication des armes et des engins de chasse ; les exposants de cette classe semblent ne s'être guère mis en frais pour garnir leur entrée : quelques fresques, des moulures en forme de trophées et, au-dessus de la porte centrale, un cavalier héraldique s'enlevant sur un fond d'or, nous rappellent seuls l'art, si éminemment décoratif pourtant, de l'armurier.
On ne saurait faire un reproche semblable à l'architecte de la porte suivante. Pour résumer en elle l'exploitation des forêts, la chasse et la pêche, il a voulu se servir de tous les produits des classes 42, 43, et 47, et de ceux-là seulement. Ici, plus de pierres et de plâtres, rien que du bois ; au milieu du fronton central une proue de navire avec avirons, cordes et amarres. En contre-bas de la proue, un crocodile sur un fond de mosaïque d'or.
A droite et à gauche, les tympans sont entièrement recouverts de peaux de bêtes sur lesquelles viennent se détacher des animaux empaillés : le grand ours blanc et le lion de l'Atlas, qui, dans cet ensemble aux proportions si colossales qu'on en perd la notion de la mesure, paraissent de la grosseur d'un chat ordinaire. En contre-bas, dans les baies, des filets de pêche sont drapés pour former tentures et lambrequins ; enfin, sur le tout, d'énormes têtes de cerf, des aigles, des vautours, des chamois et des chevreuils, viennent donner une note amusante et originale. C'est d'ailleurs, de toutes les décorations, la plus « inattendue ». Si elle mécontente quelques esprits méthodiques, amoureux de la beauté architecturale, sobre et classique, elle amusera tout le monde et fera la joie des bébés qui comprendront mieux son ordonnance un peu naïve que le symbolisme des fresques de M. Rochegrosse.
Pour rester dans la gamme plaisante, retournons-nous avant d'arriver à la Métallurgie, que nous ne pourrions séparer de son pendant, les industries extractives.
Voici, pour les amateurs d'originalité quand même, un spécimen curieux de l'industrie horlogère.
C'est le souvenir de la vieille horloge de Rouen qui a évidemment guidé l'architecte de ce portail, et, sans cesser de faire une œuvre artistique, il a su tirer habilement parti des nombreux objets si divers qui servent à la mesure du temps. Sur la baie centrale, tout en haut, la cloche d'argent, puis le sablier, surmontent l'inévitable horloge monumentale. De droite et de gauche, des abat-sons de cloche, puis des cloches de bronze. Sur les bases latérales, de grands cadrans solaires portant lune et étoiles d'or ; enfin, sur les côtés, des régulateurs type. Tout cela est plaisant et neuf. Pourquoi faut-il qu'un malheureux demi-cercle colossal, s'appuyant sur les deux portes latérales, vienne rompre cette harmonie ? Pourquoi cet immense cadran des heures, prenant naissance sur les portes latérales, au milieu de l'arc, sur le vide, et écrasant tout de sa lourde banalité ?
Un coup d'œil rapide en passant sur le bronze d'art une jolie décoration sans hardiesse inutile, avec des souvenirs de travail d'école, mais plaisante à l'œil et des plus complètes : aucune des applications du bronze à l'architecture n'a été omise.
Enfin, nous voilà devant le chef-d'œuvre de cette merveilleuse galerie : la porte du groupe V exécutée par les forges de Pompey (Meurthe-et-Moselle) sous l'intelligente direction de M. Schmit. Une grande masse sombre tout en fer, égayée seulement de-ci de-là par les reflets brillants du métal ; trois grandes baies inégales, celle du milieu beaucoup plus élevée que les deux autres, et, se dégageant de cet ensemble, une impression de force colossale, d'effort extraordinaire et continu, font de ce portail une œuvre unique, attrayante malgré son austérité et puissamment originale.
Nous sommes loin des peintures décoratives rappelant d'une façon incertaine la classe qu'elles précèdent : le produit principal a fait ici à lui seul tous les frais de l'ornementation ; c'est bien le triomphe du fer, l'apothéose du métal utilitaire.
Car remarquez ceci : il n'y a pas, dans tout cet ensemble, un produit qui ne soit d'un usage courant, pas une pièce qui ait été faite spécialement en vue de l'Exposition et de la décoration du portail ; lorsqu'il sera démonté, lorsque les objets qui le composent pourront retourner aux magasins près de leurs similaires, ils seront confondus avec eux et vendus comme eux, sans qu'il soit possible de les distinguer.
C'est vraiment un tour de force que d'avoir pu avec les seuls produits de fer forgé, avec des pièces sorties toutes de la même usine, mener à bien une construction aussi élégante et intéressante à la fois. Félicitons M. Schmit, l'architecte, d'avoir su mener à bien cette tâche délicate, d'avoir conçu et exécuté ce chef-d'œuvre dont l'intérêt technique et la parfaite adaptation au but proposé ne viennent en rien détruire l'effet agréable et artistique.
La place nous manque pour parler comme il faudrait le faire de la dernière porte qui nous reste à décrire, celle de la classe 41 qui fait face au portail monumental des forges de Pompey. C'est pourtant une de celles où la décoration exclusivement exécutée avec les produits du groupe dont elle fait partie est la plus réussie. Sur un fond aux tonalités neutres tirant sur le jaune, tous les objets divers que fournit l'art de la métallurgie décorent les piliers s'épanouissant en rosaces et trophées, s'alignant sur l'entablement. En place de colonnes, des canons ; dans les pendentifs, des trophées d'obus ; au-dessus des portes, d'immenses décorations de roues dentées, haches, faux, faucilles, bêches, marteaux ; enfin dans les créneaux couronnant la partie supérieure, des rangées de boulets : tout cet ensemble plaisant et caractéristique à la fois vaudra certainement à M. Guérinot les louanges et les remerciements des exposants de la classe 41 dont M. Ménard-Dorian est le président.
Et maintenant voilà le bout de cette étonnante travée, de ce résumé caractéristique de l'art industriel à l'Exposition. Trop occupés par la décoration des portes, nous n'avons pu mentionner au fur et à mesure les merveilleux chefs-d'œuvre des différents groupes qui en décorent la partie centrale. Les passer tous en revue serait trop long : jetons seulement un regard très rapide sur les plus caractéristiques d'entre eux.

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Tout d'abord, faisant face à l'entrée de la galerie, le portail mosaïque de l'effet le plus exquis, monté sur bois imitant la pierre, signé Paul Sedille, et décoré de figures symboliques sur fond d'or dues aux manufactures nationales de mosaïque, exécutées sur les dessins de Luc-Olivier Merson. Puis, viennent le superbe autel de la maison Poussielgue tout en cuivre doré, de 11m,50 de haut sur 6 mètres de largeur, du style gothique le plus pur, commandé pour l'église Saint-Ouen de Rouen ; l'orgue monumental de Cavaillé-Cohl ; enfin et surtout la superbe exposition de M. Thiébaut.
Il y a là une statue d'Étienne Marcel qui est le chef-d'œuvre de l'art du fondeur. Cette pièce superbe est ce qu'on nomme en style de métier brute de fonte: pas une seule retouche n'y a été faite depuis qu'elle est sortie du moule. Telle elle est apparue - chose merveilleuse - sans une fente, sans un défaut, hors de la carapace où elle avait été fondue, telle la maison Thiébaut a voulu nous la montrer : on voit encore les coutures du moule, ses minuscules petites imperfections. Nous sommes vraiment en présence d'une des merveilles de l'industrie française moderne, et M. Idraque qui a commencé cette statue d'une si belle envergure, M. Marquet qui l'a terminée ont eu pour l'exécution de leur œuvre des collaborateurs dignes de leur rare talent.
Et les cuivres ! Trophée bizarre et colossal aux multiples reflets. Sans transition, du domaine de l'art nous passons à une série d'objets où le goût n'a apporté aucune de ses préoccupations. En revanche, ce monument de l'industrie du cuivre est une merveille au point de vue des résultats du travail du lamineur et du fondeur. Plaques de cuivre laminées d'une dimension invraisemblable, foyers de locomotives emboutis d'une seule pièce, tubes gigantesques emboutis et étirés sans soudure, cloches hémisphériques qui forment comme les coupoles de cette construction fantastique enfin, - produit tout à fait nouveau, au moins à cette échelle gigantesque - plaques et cloches de maillechort, rien ne manque à cette exposition pour faire le plus étonnant résumé des conquêtes modernes dans le domaine du travail du cuivre et de ses alliages.

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Encore quelques pas et nous voilà dans la galerie des machines. Un vestibule seul nous en sépare et doit être le point de jonction des chefs-d'œuvre de l'art industriel et des merveilles de la mécanique : il symbolise les forces vives de la France, commerce, art, sciences et lettres. Par la sobriété de la décoration, l'architecte, M. Dutert, a su ménager la transition entre la décoration artistique de la grande galerie et la superbe nudité du palais des machines.
La décoration en est très sobre. Toutes les ferrures peintes en jaune brique encadrent sans les écraser des fresques également de tonalités très claires. Au fond, à droite et à gauche, prenant toute la largeur du hall, un escalier monumental se déroule, large et spacieux, pour conduire au balcon qui domine la galerie des machines. Signalons, en passant sur cet escalier, une superbe rampe en fer forgé d'une valeur de cent mille francs, offerte gracieusement par un exposant, M. Maison, et, aux extrémités de celle-ci, deux petites statuettes portant des globes d'éclairage dues au ciseau de M. Cordenier.
Des deux côtés, les vitraux représentent les arts décoratifs. A droite, la tapisserie, la pierre, le bois ; à gauche, la céramique, l'orfèvrerie, la verrerie ; tous également offerts par M. Champigneulle. Dans les pendentifs sont symbolisées les forces vives de la France (commerce, art, sciences, lettres) ; enfin, dans la couronne, des enfants tiennent les attributs de ces forces énumérés en détail. Dans la coupole, les nouveaux vitraux laissant passer un jour doux et tamisé, représentant les principaux fruits et les principales plantes servant à l'alimentation ou au vêtement. Devant l'escalier enfin, se dresse une fontaine monumentale de la maison Gayet-Gauthier, commandée par la ville de Bordeaux et représentant le char embourbé de la Gironde, évidemment inspiré du célèbre motif de Versailles. Le poids total de cette masse tout en plomb et en fer dépasse 40,000 kilog.
Mais que sont ces chiffres, comparés à ceux qui nous attendent, dans la galerie fantastique où nous entrons le Palais des machines ?


LE PALAIS DES MACHINES

Outillage et procédés des industries mécaniques. Électricité.

Le Palais des Machines figure dans le GROUPE VI de la classification. C'est un des plus importants de l'Exposition universelle et il vaut la peine qu'on s'y arrête. Nous en ferons le tour en signalant les principaux sujets qui frappent notre vue.
Le Palais des Machines. - Toutes ces merveilles de l'activité humaine sont, à peu d'exceptions près, réunies dans le Palais des Machines qui est, lui-même, un chef-d'œuvre de l'art mécanique moderne.
Dès que nous pénétrons sous les énormes arceaux, nous sommes frappés de ses dimensions imposantes et inusitées.



Un pylône du Palais des Machines

Ce monument est, dans son genre aussi curieux, comme résultat obtenu, que la Tour Eiffel. Il a, en effet, 115 mètres de largeur sur 420 mètres de longueur, et sa hauteur est de 48 mètres : l'Arc de Triomphe de l'Étoile y serait à son aise et la colonne Vendôme dressée au-dessous n'atteindrait pas le sommet de ces gigantesques charpentes qui semblent un colossal et fabuleux vaisseau renversé. En totalisant les espaces offerts à l'Exposition par ce Palais et ses galeries on arrive au chiffre étonnant de 80,400 mètres carrés, soit près de 8 hectares. Une armée de 30,000 hommes pourrait y coucher à l'aise, chaque homme disposant d'un espace de deux mètres carrés et demi, et les dégagements restant libres, 12 à 15,000 chevaux pourraient y être installés, leurs cavaliers couchant sur la galerie du premier étage.
On remarquera avec intérêt la forme nouvelle des grands arcs en fer qui constituent la charpente du Palais. Ils sont articulés, à leur partie supérieure extrême et aux deux points par lesquels ils touchent le sol, autour de gigantesques charnières ou rotules, grosses comme le corps d'un homme. Chacun de ces arcs pèse 200,000 kilogrammes : l'articulation leur permet de se dilater librement, ce qui n'aurait pu se produire avec des toitures de forme ordinaire. Une construction de ce genre est tout à la fois une merveille d'équilibre et de résistance. Elle fait le plus grand honneur à M. Dutert, architecte, qui l'a hardiment conçue, et à MM. Contamin, Pierron et Charton, ingénieurs, qui l'ont exécutée.
Le progrès accompli. - Les dimensions formidables du Palais des Machines de l'Exposition de 1889 ne sont pas seulement un sujet d'étonnement et d'admiration pour le visiteur. Elles sont aussi la preuve matérielle des progrès accomplis par notre civilisation. L'industrie mécanique a marché à pas de géant dans ce siècle de la vapeur, des chemins de fer et de l'électricité ; aussi, à chaque Exposition nouvelle, a-t-il fallu lui consacrer une surface de plus en plus considérable.
A l'Exposition de 1889, les moteurs employés pourraient développer 5,500 chevaux-vapeur de force et la superficie occupée par les exposants de l'art mécanique est, comme nous l'avons dit, de 80,400 mètres carrés, près de 8 hectares !
Dispositions générales des installations mécaniques dans le groupe VI. - La porte franchie sous le grand escalier, porte par laquelle nous abordons l'immense Hall des machines, nous voilà dans le Palais.
Donnons un premier coup d'œil général. Le Palais est divisé, dans le sens transversal en un certain nombre de travées que séparent des chemins parallèles à la grande direction ou axe longitudinal.
Au milieu, quatre galleries d'une longueur de 15 mètres sont réservées aux machines en mouvement. Les travées latérales, celles au pourtour du rez-de-chaussée et la galerie qui règne tout autour du Palais au 1er étage, sont réservées aux produits des classes du groupe VI comprenant des machines au repos, locomotives et autres, pour lesquelles on n'a pas à s'occuper de distribuer de la force môtrice.
Les transmissions de mouvement. - Nous apercevons de longues files de colonnes en fonte supportant des poutres en métal ajourées : ce sont les poutres de transmission de mouvement. Au-dessous d'elles sont appendues ce que les mécaniciens nomment des chaises, c'est-à-dire de gros supports en métal au travers desquels passent les arbres en fer portant les poulies sur lesquelles, au moyen de courroies, les machines viennent prendre leur mouvement. Les colonnes sont espacées de 11m,20 ; cette grande distance relative fait comprendre pourquoi l'on a dû donner de fortes dimensions aux poutres en fer qu'elles supportent et sur lesquelles viennent continuellement agir les efforts des 3,000 chevaux-vapeur qui mettent constamment les machines en action.
Les ponts-roulants électriques. - Sur les poutres en fer que nous venons de décrire circulent deux sortes de grands véhicules à roues, dits ponts-roulants, mus par l'électricité qui leur est envoyée par les machines électriques établies sur le sol du Palais. Ces ponts-roulants, guidés par une puissance invisible, circulent d'un bout à l'autre de la galerie en portant des visiteurs auxquels ils permettent, à une hauteur de 7 mètres au-dessus du sol, de jeter un coup d'œil d'ensemble sur toute l'installation. C'est là une véritable innovation de l'Exposition de 1889. Elle est due à. M. Vigreux, le savant chef du service mécanique et électrique de l'Exposition et à ses dévoués ingénieurs, MM. Collignon, Bourdon et Soubeyran, dont les noms resteront attachés au succès de la grande œuvre mécanique et électrique qui vient d'être si brillamment réalisée.
Les machines motrices. - Les machines motrices sont au nombre de trente-deux. Elles attaquent la transmission de mouvement au centre d'un beffroi, robuste et élégant, formé de quatre colonnes. Parmi les moteurs exposés nous remarquons un moteur à gaz de 400 chevaux de puissance ; un autre, de 50 chevaux de puissance, l'avoisine. Rappelons ici qu'il y a peu d'années encore, les moteurs à gaz de 5 à 10 chevaux de force étaient considérés comme de curieuses innovations. L'électricité ne les a pas fait disparaître, car ces puissants moteurs à gaz, par une ingénieuse combinaison, servent précisément à fournir la force motrice au moyen de laquelle on produit l'électricité. Ces moteurs parurent pour la première fois à l'Exposition de 1867. Il y en avait cinq fournissant une puissance totale de 9 chevaux seulement.
Les phares électriques. - Au centre du Palais, dès que la nuit tombe, nous voyons briller un phare électrique de première grandeur construit par la maison Sautter-Lemonnier. Un peu plus loin est le feu électrique de l'exposition du prestigieux Edison sur le sommet de laquelle est groupée aussi une illumination électrique de 20,000 lampes à incandescence : on éclairerait largement plus d'une importante sous-préfecture avec ce puissant foyer d'éclairage réparti en ses éléments.
Répartition des classes du groupe VI. - Malgré la surface énorme du Palais des Machines, on a dû, en raison du nombre considérable de classes qu'il contient - 19 classes - et en raison d'exigences imprévues, installer la classe 49, de l'Agriculture, qui contiendra des appareils en mouvement, dans les galeries du quai d'Orsay, à proximité du pont de l'Alma ; la force motrice lui sera envoyée du Palais sous forme d'énergie électrique ; c'est le feu sacré du progrès qui, parcourant des fils à travers le Champ de Mars, ira mettre en mouvement sur le bord de la Seine une foule de curieux appareils spéciaux à l'agriculture. Quelques exposants du même groupe ont fait aussi, dans le parc du Champ de Mars, les frais d'un pavillon spécial.
Enfin quatre autres classes du groupe VI, dont les produits n'exigent pas de force motrice, ont été reportées hors du Palais. Ce sont :
La classe 60 (carrosserie et charronnage) dans le palais des industries diverses (voir le plan général) ;
Les classes 64 (hygiène et assistance publique) ; classe 65 (matériel de navigation et de sauvetage) ; classe 66 (matériel et procédés de l'art militaire), sur l'esplanade des Invalides.
Il nous reste, dans le Palais des machines, 14 classes au travers desquelles nous allons faire faire au visiteur une promenade sommaire et méthodique, le plan à la main. Nous examinerons surtout ce qui frappe avant tout les yeux et l'attention ; le reste vient de soi-même se grouper autour des principaux spécimens des mécanismes exposés.
Entrée dans le Palais. - Venant du Champ de Mars, comme nous l'avons indiqué, par la galerie des groupes divers, nous entrons dans le Palais des machines sous le grand escalier. Nous tournons à notre gauche de façon à faire le tour du bâtiment.
Toujours à notre gauche, sous la galerie, voici les stations d'électricité où tournent à toute vapeur les multiples modèles des machines magnéto et dynamo-électriques d'où jaillissent les flots de lumière qui inondent littéralement le Palais. Tout cela tourne à 1,000, 1,200, 1,500 tours de vitesse. Le courant électrique jaillit sous le battement régulier et cadencé des courroies de transmission que les poulies entraînent ; c'est une véritable usine à lumière, propre, rapide, empressée, puissante. On songe avec étonnement qu'il y a dix ans à peine, rien de tout cela n'existait et qu'il fallut la révélation de l'Exposition d'électricité au Palais de l'Industrie, en 1881, pour que l'on commençât à y croire ; aujourd'hui l'on ne compte plus dans l'industrie électrique que par milliers de becs Carcels.
Jetons un regard à droite. Devant nous, voici

LES SECTIONS ÉTRANGÈRES

Immédiatement sous nos yeux, la Suisse, dont l'exposition a été brillamment installée par M. l'ingénieur Falkenaer.

La SUISSE possède actuellement une des belles industries mécaniques du monde. Sa topographie lui fournit avec prodigalité la puissance hydraulique des chutes d eau. Aussi pouvons-nous admirer toutes sortes de specimens de machines utilisant cette puissance et la transformant en énergie mécanique et électrique.
Voici les turbines hydrauliques, les métiers à tisser, à filer les peigneuses de Winterthur, les curieuses machines à vapeur à soupapes de Sulzer, les machines outils et les remarquables machines électriques des ateliers d OErlikon, les moulins de Zurich, la papeterie d'Escher-Wyss et le matériel curieux avec lequel, à 500 mètres de profondeur, a été réalisée l'élévation d'eau de la Chaux-de-Fonds ; les machines électriques d'Allioth, à Bâle, du type « Helvétia » dont un spécimen colossal donne un courant de 43,000 watts.
Nous ne décrirons pas, en détail, toutes ces merveilles de l'industrie ; nous regardons et nous admirons.

Passons en BELGIQUE (M. Carez, ingénieur). - Voici les belles machines soufflantes de la Société Cockerill, toutes prêtes à envoyer les torrents d'air vivifiant aux machines d'extraction de mines de la société de Couilliet, sa voisine. Voici les métiers à filer de l'active industrie de Verviers, les belles machines à vapeur de Carels, de Gand, les machines électriques de Dulait, à Charleroi. Ces gros cylindres, que nous voyons tourner et qui ressemblent à des laminoirs, sont la reproduction complète d une papeterie de la maison de Nayer à Willebroeck ; ses machines à faire les enveloppes de lettres et à fabriquer la glace sont auprès.
La Belgique a, comme ses émules, une colonie industrielle sur la galerie du 1er étage ; nous y trouverons la fabrique de câbles pour la marine et les Mines de Termonde, l'exposition collective des mines de Belgique, la cartoucherie de Macar à Bruxelles, et de curieuses machines à tricoter d'Haenew Gathier, à Gand ; ce sont de rudes ménagères que ces machines à tricoter, image mécanique du vieux proverbe : « Domo mansu, du am (?? illisible) fecit. »

L'exposition des ÉTATS-UNIS devait être et est très curieuse à examiner. C'est bien l'originalité que nous attendions. Actionnées par les Sweet et Brown's Engines, tournent toutes sortes de machines peu élégantes, grossières même d'aspect, mais excellentes, paraît-il. Le Yankee ne cherche pas la beauté de la forme ; il n'a pas l'air de terminer ses machines ; il ne voit que le but à atteindre. Cette conclusion ressort, une fois de plus, de son exposition en 1889. Cela n'empêche pas d'admirer les curieuses machines à faire les vis de l'Américan Screw Co, les machines-outils de Sellers, à Philadelphie, qui sont de véritables ouvriers en métal, les machines à vapeur aux lourds et informes bâtis qui semblent des ébauches et dont les modèles rustiques, brevetés d'hier, paraissent un retour vers un passé inconnu.
C'est comme on pouvait s'y attendre dans l'électricité que triomphent les États-Unis. Ils ont Édison avec eux, cela s'aperçoit aisément. Leur éminent ingénieur Abdauk a savamment installé cette section.
Ce monument d'aspect singulier que vous apercevez, c'est l'exposition même d'Edison qui occupe à lui seul 675 mètres carrés ; comme sa renommée occupe le Monde entier, on ne saurait lui en faire un reproche. Le buste du grand électricien apparait à une fenêtre au-dessus du monument que domine le formidable feu électrique à incandescence dont nous avons parlé. On y voit les nouveaux phonographes qui ont parlé à toute la Presse et dont toute la Presse a parlé au moment même de l'ouverture de l'Exposition universelle ; l'histoire illustrée des recherches télégraphiques et téléphoniques d'Edison et celle des phases de la fabrication de ses lampes à incandescence, un séparateur magnétique de minerais, et un réseau électrique souterrain de ville avec tous ses accessoires. Cette exposition, installée par M. Hammer, ingénieur, a coûté à elle seule 400,000 francs.
A côté, nous voyons les puissantes machines électriques de la Compagnie Thomson-Houston, la soudure électrique de la Tomson-Welding Co, la Compagnie des téléphones Bell, l'exposition personnelle, des plus curieuses, du professeur Elihu-Thomson qui a réalisé la fameuse légende du tombeau de Mahomet, en maintenant en l'air, sans aucun système de suspension, par de simples effets de répulsion électrique, un anneau en cuivre massif de 15 centimètres de diamètre.
Passons rapidement devant les curieuses expositions de la Commercial Cable Co de Mackay et Bennet, devant le telautographe de Gray, devant les appareils du lieutenant Patten, de la Writing machine Co, et de Rogers, pour la télégraphie multiple et autographique : autant d'enseignements curieux et d'étonnements.

Nous continuons notre visite et nous passons en ANGLETERRE.
Davey-Paxmann et Cie de Colchester font tourner la transmission de mouvement et voici, tout autour, toutes sortes de machines-outils, de moteurs, d'appareils mécaniques de toutes sortes. Tout cela est fort curieux et mérite d'être examiné ; cependant nos concurrents d'outre-Manche ne paraissent pas s'être, cette fois, particulièrement distingués, Leurs mécanismes sont, pour la plupart, insuffisamment soignés et ils auront certainement une lutte dangereuse à soutenir, au point de vue de la comparaison, avec les machines américaines si curieuses dans leur rustique originalité et avec nos excellentes machines françaises terminées, finies, élégantes de forme. Notre industrie nationale, nous sommes heureux de le constater en toute impartialité, et les visiteurs seront certainement de notre avis, conservera à la suite de la comparaison faite un juste et loyal espoir pour l'avenir.

SECTIONS FRANÇAISES

CLASSE 58. - Nous quittons les sections étrangères pour passer à la classe 58 : Papeterie, teinture et impressions.
Voici encore de gros cylindres, une papeterie complète de la maison Darblay. Toute politesse internationale mise à part, on reconnaîtra à cette belle installation une supériorité d'élégance réelle sur celle de la maison belge de Nayer que nous avons vue tout à l'heure dans les sections étrangères et qui est cependant fort belle. On y verra, d'un seul coup d'œil, comment se fabrique, d'un bout à l'autre, le papier, cette matière dont Esope eût pu dire, comme de la langue, que c'est bien la meilleure et la plus exécrable des matières, tant il s'imprime et s'écrit dessus de bonnes et de déplorables choses.
Voici les admirables presses rotatives de Marinoni qui tournent dans le monde entier au grand honneur de la France ; le matériel d'imprimerie perfectionné d'Alauzet ; les curieuses machines d'Abadie pour fabriquer le papier à cigarettes, sur lequelles les fumeurs jetteront un regard de reconnaissance ; les calandres à papier de Lemoine à Limoges, etc.
Nous en passons et des meilleurs, en engageant les visiteurs à admirer, comme elles le méritent, les belles machines à vapeur françaises qui mettent tout cela en mouvement.

CLASSE 50. - Nous voici déjà, au cours de notre rapide promenade, dans la classe 50 : Usines agricoles et industries alimentaires.
Le titre seul de la classification engage à la visite.
Dans la deuxième travée, les mécanismes de Jean et Perusson, et de la Société générale meulière, frappent nos regards : on voit, du premier coup d'œil, que la fameuse lutte entre les meules en grès de la Ferté-sous-Jouarre et les moulins à cylindres est loin d'être terminée : cela dépend surtout du blé et pourvu que l'on broie du blé français, que ce soit à la meule ou au cylindre, et surtout avec des cylindres français, nous nous déclarerons satisfaits.
Ces beaux appareils en cuivre, étincelants, que nous apercevons, sont les appareils à distiller de la maison Savalle : sauf les cuves où s'opère la fermentation des liquides ou moûts, ces appareils constituent tout l'ensemble d'une véritable usine de distillation. La Compagnie de Fives-Lille expose tout un matériel perfectionné de sucrerie, appareils à évaporer les jus de canne à sucre ou de betterave, chaudières à cuire le sucre, etc. La Société française de matériel agricole expose un beau moteur et une foule d'appareils agricoles perfectionnés.
Dans les deux autres travées de la classe 50, que nous avons devant nous, ce sont encore les moulins, les cylindres et leur outillage, dont les petits mécanismes, les modèles et les documents techniques instructifs se retrouvent sur la galerie du premier étage, que nous parcourrons tout à l'heure.

CLASSE 48. - Exploitation des mines et de la métallurgie.
Voici les houillères de Saint-Etienne, de Firmmy et de Morambert avec toutes sortes de plans intéressants et de détails du matériel employé dans l'exploitation du sol. Sur une plate-forme un wagon de grandeur naturelle est prêt à verser son chargement ; plus loin, voici à grandeur moitié de la dimension réelle, l'orifice d'un puits de mine, avec ses cages et ses bennes, ses machines, ses tuyaux, son puits maçonné ; le Palais des Machines de l'Exposition de 1889 est si colossal que l'appareil, à sa grandeur d'exécution naturelle, eût pu y être construit ! Il est déjà bien curieux dans sa réduction. Anzin expose de ravissants modèles de ses installations reproduites à cent ans de distance, en 1789 et 1889. Les modestes bâtiments, couverts en chaume, d'où sont sortis tant de millions, sont remplacés par des constructions en briques élégantes : tout un siècle d'efforts humains se déroule devant l'esprit du penseur entre ce chaume et cette brique.
Un intéressant modèle d'exploitation minière nous arrête. C'est celui de la Compagnie des mines de la Loire : elle nous montre ses couches de houille étagées dans le rocher et son puits déjà célèbre, que l'on appelle la Tour Eiffel des Mines, profond de 530 mètres, et que l'on a creusé depuis la profondeur de 227 mètres sans arrêter le travail des ouvriers qui enlevaient la houille à la recette ou étage supérieur. Et il y a des gens que l'idée de monter sur la Tour de 300 mètres effraye ! Ils n'ont qu'à en parler aux mineurs de la Loire pour être édifiés.
Un peu plus loin l'exposition des mines de Lens et de nos autres gisements houillers français très brillamment représentés.
Par la porte ouverte sous la galerie, nous regardons dehors, sans sortir, pour ne pas interrompre notre visite. A côté du restaurant Duval, nous voyons rougeoyer les foyers des énormes générateurs ou chaudières à vapeur qui fournissent la vapeur aux machines motrices du Palais.
Entre elles des fours de boulanger des systèmes les plus perfectionnés. Au-dessus, de hautes et élégantes cheminées en briques et en tôles, si coquettes que l'on oublie leur rôle prosaïquement industriel pour en admirer la construction.

CLASSE 62. - Électricité. - Malgré toutes les belles choses électriques que l'on a vues exposées, avec beaucoup d'art, dans la section américaine, nous nous arrêtons avec intérêt et avec un sentiment d'amour-propre national devant la classe 62. Voici la Compagnie française Edison avec tous ses appareils électriques perfectionnés, les machines et les lampes de la Compagnie Cance, la Société Popp avec ses curieuses canalisations et ses moteurs à air comprimé qui actionnent des machines-dynamos du système Thomson-Houston. Voici les machines magnéto-électriques de Meritens si perfectionnées que les Anglais se voient obligés de venir les prendre pour éclairer les phares électriques de leurs côtes ; les curieuses grues électriques de M. Guyenet, l'habile ingénieur qui a combiné les grues de montage désormais célèbres de la Tour Eiffel ; les machines dynamos de la Société l'Eclairage électrique, du système Hillairet ; voici les appareils de MM. Sautter et Lemonnier, lesquels ont installé le beau phare électrique central qui brille, à deux pas de nous, au centre du Palais.
Examinons aussi les appareils de téléphonie, de télégraphie et de mesure de Mildé et de Carpentier, de Postel-Vinay, de Morse, de Planté, de la maison Bréguet. Tous tiennent haut le drapeau français dans la grande lutte internationale.
La maison Christophle nous montre aussi les spécimens de sa remarquable fabrication de galvanoplastie.
Au premier étage, sur la galerie, c'est l'horlogerie électrique, les compteurs d'électricité, les sonneries électriques, tous les ingénieux appareils de M. Trouvé qui permettent au plongeur d'éclairer le fond de la mer ou de la mine où l'ouvrier travaille ; puis voici les fils et les câbles électriques, toute une énorme industrie, que nos compatriotes perfectionnent sans cesse.
Deux pas de plus et nous voilà dans la classe 52.

CLASSE 52. - Machines et appareils de la mécanique générale. - Cette classe est l'Etat dans l'Etat ; la Mécanique dans le Palais de la Mécanique. On y voit se résumer tous les efforts accomplis par nos mécaniciens, et il s'en dégage cette impression de vitalité, de force, d'emploi raisonné du mouvement qui fait que les plus indifférents même regardent d'abord la machine, cherchent d'instinct quelqu'un pour la leur expliquer, s'instruisent et admirent : la leçon de choses, si justement à la mode, y est poussée à son suprême degré.
Le Syndicat des propriétaires d'appareils à vapeur du Nord de la France nous montre les tôles recueillies après l'explosion des chaudières dont on avait eu le tort de ne pas lui confier la surveillance. Ne passons pas indifférents devant ces débris de fer troués, contournés : ils proviennent des dangereux obus à vapeur dont l'explosion sème la mort dans les rangs de l'armée industrielle attachée à la poursuite du pain quotidien ; ils montrent, mieux que tout discours, combien il faut savoir allier la prudence et la science au souci du gain dans la dévorante activité de l'usine. Des modèles bien exécutés relatent avec intérêt l'histoire rétrospective de la machine à vapeur, qui dans notre siècle, a transformé le Monde.
Voici des presses hydrauliques de M. Morane, les sœurs de celles qui ont permis à M. Eiffel de soulever sa Tour et de la remettre dans la verticale exacte sans recourir au légendaire levier d'Archimède. Plus loin le moteur à vapeur de mille chevaux-vapeur de puissance construit par M. Farcot, à Saint-Ouen ; les belles machines de MM. Weyher et Richemond qui éclairent l'Hôtel de Ville de Paris ; les énormes grues des ports maritimes que construisent les maisons Caillard, du Havre, et Verlinde, de Lille ; les grues de montage de la Tour Eiffel de M. Guyenet ; la belle exposition de machines de la Société alsacienne de Mulhouse, Belfort et Graffenstadt. Enfin, une énorme bouée lumineuse au gaz d'huile de Saint-Chamond ; cette sorte de lampe perpétuelle de la foi mécanique brûlera constamment dans le Palais des Machines de l'Exposition de 1889, en attendant qu'elle aille éclairer quelque part des récifs inconnus et jeter aux pauvres marins, dans la nuit des tempêtes, l'éclat sauveur de son inépuisable fanal.

CLASSE 57. - Objets de mobilier et d'habitation. - Le mobilier, l'habitation, les moyens de fabriquer tout cela, moyens où notre industrie française excelle, qui ne s'y intéresse ? Voyez ces intelligentes machines à travailler le bois. Avec ces curieux outils on peut à volonté faire du découpage artistique, tailler les mobiliers remarquables du faubourg Saint-Antoine, ou découper des crosses de fusil Lebel avec une précision que le canon du fusil complétera. Il y a donc là quelque chose d'intéressant pour tout le monde.
Pour compléter l'œuvre du découpeur de bois voici des machines à cintrer, à grainer et à assembler les pièces, et aussi des machines pour les vernir ; et enfin toute une série d'appareils à fabriquer les tuiles, les briques et les carreaux céramiques.

CLASSE 51. - Matériel des Arts chimiques. L'Industrie chimique est pour nous un rude terrain de concurrence avec l'étranger : la pharmacie en est un important corollaire. Nous voyons avec plaisir la multiplicité de nos exposants dans cette classe : tous ont quelque chose d'intéressant à présenter : c'est affaire au jury de sélectionner dans cette ample moisson. Examinons en passant le matériel des usines à gaz, la stéarinerie de l'Est et la stéarine française, dont les expositions eussent procuré de si douces satisfactions au vénérable Chevreul, mort trop tôt pour les examiner. Tout cela est bien présenté et nous montre tout ce que l'on peut attendre de notre industrie chimique, en passant par le gaz d'éclairage, la bougie stéarique et le coke pour aboutir à la pharmacie et aux méthodes multiples, par lesquelles on prépare le cuir sous toutes ses formes.

CLASSE 55. - Matériel et procédés du tissage. - La classe 55 est l'une des plus importantes et des plus difficiles à visiter. Elle est remplie par le matériel et les procédés du tissage, machines à ourdir et à bobiner, lissages, métiers ordinaires et mécaniques pour la fabrication des tissus unis et de ces belles étoffes façonnées et brochées qui sont actuellement à la mode, métiers à tapis et tapisseries, à tulle, à dentelle, à passementerie, machines à fouler, à calandrer, à gaufrer, à moirer, à métrer, à plier, etc... On fera bien de prendre avec soi quelqu'un du métier - sans jeu de mots - pour vous expliquer les multiples usages de ces machines dont quelques-unes exécutent de véritables travaux de fées qui défient l'imagination.

CLASSE 56 (1er étage). - Matériel et procédés de la couture et de la confection des vêtements. - Cette classe est tout entière au premier étage ; on y trouve tous les outils ordinaires des ateliers de couture et de confection, les machines à coudre, à piquer, à ourler, à broder, les machines à clouer et à visser les chaussures, à découper les étoffes et les cuirs pour la confection des vêtements, à approprier le caoutchouc aux usages divers auxquels il se prête.

CLASSE 58 (1er étage). - Papeterie, teintures et impressions. - Un peu plus loin, et toujours au premier étage, voici tout le matériel de la papeterie, des teintures et des impressions, les curieux procédés de fabrication des papiers à pâte de bois, les machines à filigraner, glacer, gaufrer, satiner, régler, rogner, découper et timbrer le papier. Voici le matériel d'impression des papiers points et des tissus, les rouleaux d'impression et enfin tout le matériel de la typographie, fonderie de caractères et de clichés, autographie, lithographie, chalcographie, chromolithographie, impressions de toutes sortes, machines à composer et à trier les caractères. C'est là encore une branche d'industrie dans laquelle le progrès est incessant.

CLASSE 61. - Matériel des chemins de fer. - (Rez-de-chaussée et premier étage). - De plain pied au rez-de-chaussée avec une importante annexe au premier étage, nous trouvons (en sortant de la classe 55) l'exposition du matériel des chemins de fer. Les Compagnies de chemins de fer ont bien fait les choses : nous y voyons tous les appareils du matériel fixe, rails, coussinets, signaux, etc. Puis les types de wagons employés en France et à l'étranger et les puissantes locomotives endormies sur leurs rails astiquées, luisantes, aux roues énormes, prêtes à porter leur panache de fumée jusqu'à Samarkande, lorsque la civilisation le veut. On se trouve bien loin du premier modèle de locomotive Crampton que la maison Cail a exposé avec une juste fierté dans une des annexes. Que de travaux accumulés pour arriver à la construction de ces engins rapides et obéissants dont les progrès de l'électricité feront peut-être des souvenirs à la prochaine Exposition universelle, en leur substituant la locomotive électrique déjà employée avec succès aux Etats-Unis !

CLASSE 53. - Machines-outils. - C'est le fameux «machinisme» qui règne en maître ici. Il n'est métal ni matière qui y entre sans en sortir travaillée, pliée, percée, fraisée, limée, sciée, rivée, poinçonnée, cisaillée, à la machine. Les tours, les étaux, les machines à percer les plus perfectionnées s'y montrent de tous côtés, laissant à l'ouvrier le seul souci de les bien diriger. Donnons en passant une mention spéciale aux machines à river hydrauliques de la maison Piat : avec ces outils fonctionnant sous l'action de la pression hydraulique, on coud en quelque sorte la tôle avec de gros clous de fer et d'acier, les rivets. Pas de bruit, pas d'effort apparent : sous la main de l'ouvrier, le fer s'écrase comme de la cire à cacheter, et plus on fait de besogne, moins on entend de ces étourdissants coups de marteau qui faisaient retentir jadis les ateliers de construction mécanique. C'est un grand progrès dont nos usines et nos arsenaux ont su tirer parti.

CLASSE 54. - Procédés du filage et de la corderie. Depuis le filage à la main jusqu'aux appareils compliqués des ateliers de corderie, la classe 54 nous montre tout ce que font le filateur et le cordier. Étirage, dévidage, retordage, moulinage, apprêts mécaniques, conditionnement et titrage des fils, nous voyons tout cela au rez-de-chaussée et au premier étage sans avoir besoin de nous déranger. Câbles ronds, câbles plats, câbles diminués, cordes et ficelles, câbles métalliques ou à âme métallique employés par les mines et la navigation, mèches à feu et étoupilles, etc.; tout ce qui est ou sera câble ou corde, offre là des spécimens et les moyens de les fabriquer.

CLASSE 59. - Instruments et procédés divers. (Rez-de-chaussée et premier étage.) - La classe 59, dans laquelle nous pénétrons en sortant de la précédente, renferme toute une série de machines constituant ce que l'on pourrait appeler la « petite mécanique » ; tout aussi perfectionnée dans son genre que la grande. Ce sont les machines à fabriquer les boutons, les plumes, les épingles, les enveloppes de lettres à faire les paquets, à confectionner les brosses, à plomber les marchandises, à boucher les bouteilles. Tous les menus besoins de l'homme civilisé y trouvent leur satisfaction mécanique. Nous voyons de très intéressantes machines pour la reliure, les presses monétaires de la Société Cail et de la Direction des monnaies et médailles, des machines à écrire de différents modèles, des machines à fabriquer les cigarettes qui feront le désespoir de la Société contre l'abus du tabac, une curieuse machine à fabriquer les sacs en papier, etc ; N'oublions pas la machine à faire les épingles à cheveux et les agrafes : tout le monde se sert de ces menus objets : gageons que bien des visiteurs verront avec étonnement, pour la première fois comment on les fabrique.

CLASSE 63. - Génie Civil. Travaux publics. Architecture. - Nous voilà revenus près de l'escalier d'entrée d'où nous sommes partis, après avoir parcouru tout le Palais des machines. Traversons-le dans sa petite longueur afin d'examiner, avant de le quitter, avec quelques détails, la classe 63, l'une des plus considérables, car elle comprend les procédés du Génie civil, des Travaux publics et de l'Architecture. Cette classe occupe le dessous et le dessus de la galerie, en arrière des classes 52, 57 et 51 que nous avons visitées.
Nous y trouvons les spécimens de tous les matériaux de construction : roches, bois, métaux, chaux, mortiers et ciments, pierres artificielles et bétons, tuiles briques carreaux, ardoises, cartons et feutres pour la couverture des bâtiments, etc., ainsi que la description des moyens employés pour donner à ces matériaux des garanties de conservation et de durée. Une série d'intéressantes machines nous montre comment les ingénieurs procèdent à l'essai préalable de ces matériaux.
Plus loin, voici le matériel des travaux de terrassement, les terrassiers à vapeur, les excavateurs, dont tout le monde a entendu parler à l'occasion des travaux de creusement des canaux de Suez, de Corinthe et de Panama. Chacun de ces excavateurs, qui sont des sortes de grandes dragues terrestres à godets pour enlever la terre, ou à griffes pour arracher les pierres, équivaut à une petite armée de terrassiers humains armés de pelles et de pioches. On en voit les meilleurs modèles dans la classe 63.
A côté, nous trouvons l'outillage de l'appareilleur et du tailleur de pierres, du maçon, du charpentier, du couvreur, du serrurier, du menuisier, du vitrier, du peintre en bâtiments, du plombier. Puis, tous les procédés usités pour les travaux à la mer, construction des quais et des môles, sonnettes, pilotis, pieux à vis, pompes, dragues. Enfin des documents intéressants sur la construction des phares et le matériel spécial des signaux à air comprimé.
Le Génie civil est plus que jamais, à l'heure actuelle, la science matérialisée : nos ingénieurs français y occupent une large place qui leur a permis, nous pouvons le dire avec une légitime fierté, de couvrir depuis longtemps le monde des productions de leur talent, ponts, viaducs, voies ferrées, ports, canaux, aménagements de toutes sortes des difficultés de la nature. Aussi verra-t-on, avec un grand intérêt, dans l'exposition méthodique de la classe 63, le résumé de tous les procédés grâce auxquels on exécute de nos jours, sans tâtonnements ni hésitation, des travaux gigantesques auxquels les civilisations qui nous ont précédés n'auraient même pas pu songer. Les visiteurs du Champ de Mars, qui auront tout d'abord visité la Tour Eiffel, cet emblème de la puissance des moyens d'action industriels modernes, seront certainement tentés de pousser plus loin leur enquête sur la progrès de l'art de l'ingénieur : la classe 63 répondra à toutes leurs questions et satisfera pleinement leur curiosité éveillée et surexcitée encore par la vue de ce magnifique Palais des machines, autre manifestation puissante de la Science appliquée en 1889.


LE PALAIS DES INDUSTRIES DIVERSES

CLASSE 60. - Carrosserie et charronnage; bourrellerie et sellerie. - Nous aurons entièrement terminé tout ce qui concerne le groupe VI en examinant la dernière classe qu'il contient, la classe 60, consacrée à la carrosserie, au charronnage, à la bourrellerie et à la sellerie. Cette classe, qui n'exige pas de force motrice, car elle ne montre pas de machines en mouvement à l'Exposition, a été mise à sa place parmi les expositions des Industries de luxe dans le Palais des industries diverses (voir le plan). Nous y trouvons les spécimens les plus variés de roues, de bandages d'essieux, de ressorts et des systèmes de suspension. Puis, tous les produits de la carrosserie : voitures publiques, voitures d'apparat, vélocipèdes, tricycles, etc. Enfin tous les articles et les accessoires de harnachement et d'éperonnerie : bâts, selles, cacolets, brides et harnais pour les montures, les bêtes de somme et de trait, étriers, éperons, fouets, cravaches, etc.
Notre carrosserie parisienne, industrie de luxe et de goût, par excellence, se présente, dans cette classe, avec un éclat qui lui renouvellera, d'une façon certaine, les succès qu'elle a toujours obtenus dans les Expositions universelles en France et à l'étranger ; nous croyons, sur ce point, pouvoir être bon prophète, - en dépit du proverbe, - même en notre pays.

Les Industries del'Ameublement.

CLASSE 17. - Les Meubles. - L'industrie française est incomparable dans cette branche de la production nationale. A l'invention des belles formes, au goût délicat dans le choix de la matière, se joint une prestigieuse habileté d'exécution. Nos ébénistes sont hors de pair. L'impression caractéristique que produit cette classe est la variété inépuisable des œuvres. Depuis la chayère de chêne, aux fines dentelures gothiques, et la cacquetoire dont Henry Estienne disait si plaisamment, à propos des Parisiennes de son temps : « Il n'y a pas d'apparence qu'elles aient le bec gelé, pour le moins j'en réponds pour celles de Paris, qui ne se sont pu tenir d'appeler des cacquetoires leurs sièges, » jusqu'aux bonheurs-du-jour, faits de bois précieux et travaillés comme des pièces de joaillerie, à l'intention des belles marquises du XVIIIe siècle, on trouve tous les meubles imaginables, dans les styles les plus divers, sévères, gracieux et galants. L'imitation servile des types du passé a fait place à une recherche ingénieuse d'élégances, de fantaisies et de confort modernes. On assiste, en outre, à un gai réveil du génie provincial. Le faubourg Saint-Antoine, le Marais sont concurrencés par des ateliers de Lyon, de Marseille, etc., dont les travaux ont une haute saveur d'originalité et un grand mérite artistique.

CLASSES 18 ET 21. - Ouvrages du tapissier et du décorateur. - Tapis et tapisseries. - Dans cette classe se manifeste, d'une façon éclatante, le génie décoratif des artistes parisiens. Si la petite ouvrière, d'un bout de ruban et d'une fleur chiffonnés par ses mains mignonnes, fait un chef-d'œuvre de grâce spirituelle, nos tapissiers, avec quelques lés de velours et de satin, construisent, dans le temps d'un rêve, des intérieurs qui évoquent les féeries les plus luxueuses. L'imagination la plus féconde, la plus ingénieuse, se donne libre carrière à draper et à assortir pittoresquement les étoffes d'ameublement, à les marier avec originalité aux marbres, aux bois, aux stucs et aux papiers de tentures. Nulle part, on ne pourrait trouver plus de goût, de fantaisie charmante et de science du coloris. Nos fabricants de tapisseries et de tapis, instruits par les vieux maîtres des Gobelins et de Beauvais, par les Orientaux, nous montrent là des œuvres nouvelles, d'une grande allure décorative, toutes truculentes et vibrantes.

CLASSES 19 ET 20. - Céramique, Verrerie, Cristaux et Mosaïques. - La classe de la céramique, en raison du progrès de cette industrie, présente un intérêt qu'elle n'a point eu aux Expositions précédentes. Cette classe comprend quatre catégories de produits : 1° les porcelaines blanches et décorées ; 2° les faïences blanches et décorées ; 3° les grès ; 4° les terres cuites.
Dans la première catégorie, on trouvera un produit nouveau, dont l'invention a fait une véritable révolution technique dans la céramique : la Porcelaine nouvelle.
Depuis plusieurs années, on poursuivait à la Manufacture nationale de Sèvres la découverte de la formule de la porcelaine chinoise, qui présente au point de vue de la pâte et de la décoration, des qualités qu'on ne trouve réunies, ni dans la porcelaine dure, ni dans la porcelaine tendre, et qui donnent aux œuvres des céramistes du Céleste Empire une si grande originalité et tant de valeur. En 1873, Salvetat, chimiste de la Manufacture, obtenait une première pâte dure modifiée, pouvant recevoir sur couverte les émaux de la pâte tendre, et, deux ans après, il réussissait à faire de la porcelaine dure, conforme aux formules empiriques que contiennent les manuels des porcelaines de la Chine. Malheureusement, la maladie vint s'abattre sur ce savant, qui ne put poursuivre ses études. Lorsque M. Lauth fut nommé directeur de Sèvres, il se préoccupa de résoudre complètement le problème posé par la commission de perfectionnement de la Manufacture en 1875 : 1° créer une porcelaine propre à recevoir des couvertes colorées de grand feu et à être décorée de fonds et de peintures en émaux de demi-grand feu ; 2° trouver la composition et le mode de cuisson des céladons et des rouges flambés des Chinois. Il s'adjoignit comme collaborateur M. Vogt, chef des travaux chimiques et deux ans après, M. Lauth mettait sous les yeux des membres de la commission de perfectionnement plusieurs spécimens d'une matière à laquelle on donna le nom de Porcelaine nouvelle. Essentiellement kaolinique, elle résiste à l'acier ; sa pâte, d'une grande plasticité, l'emplit toutes les conditions désirables pour le moulage et le modelage. La cuisson se fait régulièrement et s'opère complète, à une température qu'il faut développer pour cuire la porcelaine dure. Sa couverte, blanche, bien glacée et d'une transparence parfaite, adhère en couche plus épaisse que la couverte de la porcelaine dure, ce qui lui donne la douceur des pâtes tendres et multiplie les reflets et les jeux de lumière sous les couleurs et les émaux.
L'Exposition des Manufactures nationales de France contient les prototypes de cette porcelaine qui, sans devoir cependant faire disparaître les deux autres, la porcelaine dure et la porcelaine tendre, est appelée à un très grand développement de production. Limoges, au contraire, continue la fabrication de la porcelaine dure : Voyez plutôt dans la galerie d'honneur de 30 mètres, la superbe exposition d'Haviland, qui, par la variété de ses modèles et par ses procédés nouveaux de fabrication, établit aujourd'hui la porcelaine dure presqu'au même prix que la faïence ; après 70 l'Allemagne avait pu nous enlever l'exportation en Amérique, eu Angleterre, en Russie, etc. : aujourd'hui, on peut dire que grâce â la manufacture d'Haviland à Limoges, la France est dignement représentée sur les marchés étrangers. Il en résulte que nos céramistes en possession de procédés absolument sûrs, peuvent faire une concurrence sérieuse aux potiers chinois et japonais dans les grandes pièces de décoration et pour les colorations les plus vibrantes et les plus profondes. La classe de la Céramique montre le parti qui a été tiré de cette découverte par les manufactures privées.
A voir aussi une collection considérable de flambés, d'une variété inouïe de nuances dans toutes les couleurs imaginables, comparables aux meilleures productions de la Chine et du Japon.
Enfin, jusqu'en ces derniers temps, la France était tributaire de l'Italie pour la mosaïque ; aujourd'hui nos artistes peuvent lutter avec succès contre ceux de Florence, du Vatican et de Pétersbourg. Et les verriers ! à quelle production originale et nouvelle ne sont-ils pas arrivés aujourdhui, grâce aux recherches et aux travaux des érudits, qui ont mis en lumière les trésors de l'art ancien ?

CLASSE 22. - Papiers peints. - En entrant là, on pourrait se croire dans la classe des soieries et dans celle des tapisseries : les parois ne sont garnies que de velours de Gênes, de brocards, de lampas, de satin lyonnais, de verdures des Flandres, et l'imitation a atteint une telle perfection que le toucher seul peut faire tomber l'illusion.
L'industrie du papier peint a réalisé des progrès immenses ; on imprime aujourd'hui jusqu'en vingt-six couleurs, et les étoffes les plus compliquées de dessins peuvent être reproduites. Quant à la question artistique, il est indiscutable que le goût des belles décorations s'est fort développé. La production étrangère, à bon marché, avait, il y a quelques années, provoqué une sorte de crise dans cette industrie ; mais la réaction en faveur des créations françaises n'a pas tardé à se faire ; aujourd'hui, l'importation des papiers peints d'Angleterre et d'Allemagne a décru de 50 %.

CLASSE 26. - Horlogerie. - On est accueilli là fort joyeusement ; aux carillons des horloges, qui éclatent de toutes parts, se mêlent les trilles de nombreux rossignols mécaniques. Le spectacle n'est pas d'une moindre fantaisie. L'imagination exubérante des fabricants de caisses d'horloges et de boîtes de montres a créé des inventions extraordinaires. Mais à côté de ces excentricités plaisantes, il y a la production sérieuse de l'industrie nationale, qui témoigne de progrès incessants. Paris et Besançon nous offrent leurs chronomètres si précieux, leurs montres d'une décoration si élégante. Le pays de Montbéliard, Morez du Jura, Cluses et Saint-Nicolas-d'Aliermont, leurs pendules, leurs huitaines, leurs réveils, leurs régulateurs, des séries de vitrines emplies de matériaux, ébauches de montres, pignons, fraises, roues, barillets, d'un travail irréprochable. En 1878, les rapports des jurys avaient constaté que l'horlogerie était une de nos meilleures industries. Ce n'est pas l'Exposition de qui modifiera ce jugement.

Les tissus, vêtements et accessoires.

CLASSE 37. - Joaillerie-Bijouterie. - C'est ici le pays d'Ophir des rêves féeriques, où la calotte du ciel est un immense lapis, où les fleurs sont des rubis et des topazes, avec des corolles d'émeraudes, où les agathes forment les rochers et dont les rivières roulent des diamants. Aucune Exposition n'avait encore montré un tel amoncellement de richesses et d'œuvres d'art. Dans cette galerie, ouverte à toutes les convoitises féminines, il y a pour des millions de pierreries et de joyaux. Au centre, une vitrine spéciale contient un des plus gros diamants qui existant, une pierre pesant 180 carats. Cinq diamants historiques seuls le dépassent en dimensions : le diamant du Rajah de Matan, le Grand Mogol, le Ko hi Noor et l'Orloff. Non loin est exposée une perle phénoménale de 162 grains, Çà et là, se retrouvent quelques riches épaves du trésor de la Couronne, des diamants, des pierres précieuses diverses. Ils ont servi à former de nouvelles parures ou des restitutions historiques ; ainsi, on peut voir dans une vitrine le collier en rubis de Marie Leczinska, entièrement reconstitué d'après le portrait de Van Loo, du Musée du Louvre. La joaillerie parisienne maintient hautement sa réputation séculaire et ne redoute aucune rivale.
L'Exposition de la bijouterie d'or et d'argent est la plus brillante qui ait été organisée depuis longtemps. Dans la fabrication artistique, à titre élevé, des œuvres importantes très nombreuses témoignent d'une efflorescence éclatante ; on s'ingénie à trouver des formes nouvelles à faire des alliages de métaux pour donner aux bijoux des coloris nouveaux. La renaissance de l'émail translucide, dit des orfèvres, dont les premiers essais avaient été vus à l'Exposition de 1878, a produit des pièces qui rivalisent avec tout ce que les anciens maîtres ont créé de plus beau dans ce genre de travail ; on doit voir notamment un triptyque dont le sujet est tiré de la célèbre tapisserie des Triomphes de la cathédrale de Sens ; un vase de cristal avec un dragon émaillé ; une statuette d'argent représentant une jeune fille portant à son oreille un coquillage en or émaillé ; un vase, de style sassanide, en cristal de roche taillé, avec monture d'or fin, orné de cabochons, et qui porte sur la panse deux médaillons d'émail où se trouvent figurées des scènes de l'histoire du roi de Khobad et dans l'intérieur une bande circulaire d'émail, du travail le plus délicat ; un ostensoir d'après un dessin de Raphaël. La bijouterie d'argent, délaissée jusqu'ici, semble devoir reprendre faveur, en raison des nouveaux procédés de travail qui permettent de tirer de ce métal un parti merveilleux, imprévu.
Quant à l'industrie d'exportation à bas titre, elle se montre armée aujourd'hui de puissantes ressources techniques et d'excellents modèles ; et elle peut lutter avec succès contre la concurrence étrangère, tout en conservant intact le renom universel de loyauté de la fabrique française.

CLASSES 30 ET 31. - Tissus de coton, de lin et de chanvre. - Les industries dont les produits sont exposés ici constituent une des branche les plus importantes de la production nationale. Le coton occupe environ 500,000 ouvriers, le lin et le chanvre plus de 300,000. On évalue approximativement à 6,700,000 le nombre des broches employées pour la filature et à 350,000 le nombre des métiers de tissage mécanique ou à la main. Les grands centres de production sont : Rouen et Lille, qui possèdent toutes les grandes filatures de coton ; Rouen fabrique, en outre, des indiennes communes, de la rouennerie et des mouchoirs imprimés ; Roubaix, où l'on fait des articles coton et laine pour robes, pantalons et gilets ; Amiens, des velours de coton pour vêtements et meubles ; Saint-Quentin, des mousselines et gazes pour ameublement, des finettes, des jaconas, des calicots, des basins, des tulles, etc. ; Tarare, célèbre par ses mousselines, unies et brochées, ses gazes, ses tarlatanes, etc. ; Thizy et Roanne, dont les cotonnades sont appréciées.
D'autres centres moins importants sont disséminés un peu partout en France. Le lin est filé et tissé particulièrement dans le Nord et la Normandie, le chanvre dans l'Anjou et le jute en Picardie.
Au milieu de cet amoncellement de tissus multiples et variés, dont le mérite consiste spécialement dans la solution du grand problème industriel moderne, la production à bon marché, il y a des pièces nombreuses qu'on doit voir avec intérêt, en raison de leur perfection technique et où l'art joue un rôle important, des toiles qui, par leur finesse, auraient même satisfait Anne d'Autriche, à qui Mazarin disait plaisamment un jour que, si elle allait en enfer, elle n'aurait pas d'autre supplice que de coucher dans des draps de Hollande.

CLASSE 32. - Tissus de laine. - En suivant avec méthode la galerie qui contient les produits de l'industrie de la laine, il est aisé de se rendre compte des intéressantes transformations successives que subit la matière première, venue de toutes les parties du monde dans nos manufactures pour arriver à être un drap parfait, prêt à être mis en œuvre par le tailleur et par la couturière : la laine triée, dessuintée, lavée, séchée, graissée, cardée, filée, tissée en une étoffe que des opérations nouvelles dégraissent, épincettent, foulent, tondent, pressent et rendent définitivement propre à la consommation. Aussi est-il peu d'industries qui occupent autant d'ouvriers ; on évalue en France leur nombre à plus de 500,000, qui transforment environ 200 millions de kilos de matière première, représentant 400 millions de francs. Les grands centres de production sont : Elbeuf, Louviers, Sedan, Roubaix, Mazamet, Vienne, Châteauroux, Lodève, Lisieux, Vire, La Bastide, etc. La plupart ont une origine très ancienne, quatre et cinq siècles ; quelques-uns même, Vienne entre autres, remontent à l'époque gallo-romaine. L'importance des premiers est extraordinaire ; Reims, par exemple, tisse annuellement près de 20 millions de mètres d'étoffe. Au XIIIe siècle, le métier de drapier, dans plusieurs documents officiels, est qualifié de « mestier hautain ». Au XVIe il avait la préséance sur les cinq autres corps de la ville de Paris. Aujourd'hui, il n'est pas déchu de sa haute renommée. Par son chiffre d'affaires annuelles, par la population à laquelle elle donne du travail, l'industrie de la laine est la première des industries nationales.

CLASSE 33. - Soies et tissus de soie. - Cette classe comprend deux grandes divisions générales : l'exposition collective de la Chambre de Commerce de Lyon et celle de la Chambre de Commerce de Saint-Etienne. Ici, l'industrie française brille d'un éclat incomparable et affirme son génie immortel par une production qui n'existe dans aucun autre pays du monde. Les siècles, loin de l'épuiser, lui donnent une jeunesse nouvelle plus radieuse et plus féconde. Il y aura bientôt cinq cents ans que le premier métier à tisser la soie était monté à Lyon par un Italien ; un demi-siècle après Lyon faisait concurrence à Gênes, Lucques, Sienne et Venise, par ses draps d'or et d'argent, par ses brocarts et par ses velours. En 1789 on y comptait 12,000 métiers ; aujourd'hui, au centenaire de la Révolution, la fabrication lyonnaise en occupe 125,000 et la valeur des étoffes tissées dépasse 400 millions de francs. La rubanerie dont Saint-Etienne a conservé depuis six siècles environ le monopole, occupe une vaste galerie remplie de merveilles, auxquelles la concurrence étrangère de Bâle, de Zurich, de Crefeld et de Patterson ne peut opposer aucune production équivalente en bon goût et en originalité. Et par une singulière fantaisie ethnographique, ces satins aux nuances si tendres, ces façonnés sur lesquels sont jetées des fleurs si fraîches et si fines, ces velours si délicats de duveté, ont été fabriqués dans le noir pays du charbon et du fer. 18,000 métiers tissent ces chefs-d'œuvre, dont la consommation annuelle se chiffre par environ 100 millions de francs. L'art et l'habileté technique jouent un grand rôle dans cette industrie qui constitue par là un des agents le plus puissants de la prospérité nationale, par le développement de son commerce d'exportation.
Le jour de la signature du traité de paix de Francfort, le général Grant recevait à la Maison-Blanche. L'indemnité de cinq milliards imposée par l'Allemagne à la France faisait l'objet de conversation. Les Français ne pourront jamais la payer, disait-on unanimement. Le Président de la République des Etats-Unis seul se taisait ; on lui demanda son opinion : «Les cinq milliards, répondit-il, mais c'est nous qui les paierons. Il suffira à la France de nous envoyer quelques bateaux chargés de rubans et de fleurs. »

CLASSE 34. - Dentelles, Passementeries, Broderies. - La dentelle, au point de vue technique, se divise en deux grandes familles : la dentelle à la main et la dentelle mécanique.
La première, qui se fabrique à l'aiguille ou au carreau, a quatre principaux centres de fabrication, d'où elle tire un nom générique : Auvergne, dentelles du Puy ; Lorraine, dentelles de Mirecourt ; Normandie, dentelles de Bayeux ; Alençon, points d'Alençon. La production d'Auvergne consiste en dentelles de laine, coton et soie, de toutes couleurs ; celle de Normandie, analogue au vieux Chantilly, en grandes pièces, châles, volants, robes confectionnées au moyen de bandes réunies par le point de raccroc... Alençon cultive exclusivement le point de France, créé sous Colbert, et Mirecourt, sans caractère technique bien déterminé, fait de la fantaisie de luxe. 200,000 ouvrières vivent en France de cette industrie, qui remonte au commencement du XVe siècle.
La dentelle mécanique, importée d'Angleterre en France en 1817, est concentrée pour la plus grande partie de sa production à Calais et à Saint-Pierre-les-Calais ; elle a rayonné de là à Lille, Saint-Quentin, Roubaix, Douai, Caudry, etc. Lyon s'est créé une spécialité exclusive fabriquée sur métiers Jacquard.
L'industrie de la dentelle, comme la rubanerie, subit les fluctuations de la mode ; mais la faveur en est toujours, heureusement, de plus longue durée que l'abandon, car les élégantes du XIXe siècle ne contrediront jamais la coquette d'Abraham Basse.

Quoique j'aye assez de beauté
Pour asseurer sans vanité
Qu'il n'est point de femme plus belle,
Il semble pourtant à mes yeux
Qu'avec de l'or et de la dentelle
Je m'ajuste encore bien mieux.

Des pièces importantes et d'un grand mérite artistique sont à signaler dans cette classe :
La Broderie comprend trois branches de travail : 1° la broderie blanche au plumetis et au crochet, à la main ou à la mécanique, employée pour la lingerie, la confection et l'ameublement ; 2° la broderie de couleur, d'or et d'argent, faite à la main et à la mécanique, employée pour les uniformes et les ornements d'église ; 3° la broderie de tapisserie faite à la main. La principale de ces industries est la première, qui n'occupe pas moins de 200,000 ouvrières et dont les centres de production sont Tarare, l'Aisne et les Vosges. L'emploi de la machine à broder, qui fait plus de 500,000 points par jour et remplace ainsi 50 brodeuses, celui de la machine à coudre, lui ont donné un grand développement.
La broderie pour ameublement se fait particulièrement à Lyon et à Paris et se distingue par des produits d'une haute valeur artistique. Dans cette industrie, une innovation fort intéressante est à signaler. Un fabricant a imaginé, pour servir de tenture d'appartement, un tissu de jersey sans fin, sur lequel il exécute des broderies mécaniques ; on peut espérer voir renaître par là les travaux considérables de la Renaissance, dont les chroniques et les livres de comptes nous ont transmis les descriptions, œuvres étonnantes des Gautier de Poulligny, des Nicolas Vacquier, des Bernard, des Castels et des Vallet.
Quant à la passementerie, sa fabrication et ses applications sont d'une variété inouïe ; elle emploie tous les métiers, et elle entre comme éléments de décoration dans toutes les parures, celles de l'homme, de la femme et de la maison. C'est une des industries françaises les plus anciennes : sous le nom d'industrie des Crépiniers, Étienne Boileau lui a donné une place importante dans son livre des Mestiers du XIIIe siècle.

CLASSE 36. - Vêtements des deux sexes. - Dans ses Dialogues du Language françoys italianisé, Henry Estienne dit : « Il y a longtemps qu'on faict compte d'un painctre, lequel ayant peint l'italien habillé à l'italienne, l'hespagnol à l'hespagnolle, l'allemand à l'allemande et ayant faict la mesure quant à ceulx des autres nations, venant aux Françoys fist autrement ; car prévoyant le changement de façon d'habits que le Françoys pourroit faire le lendemain suivant sa coustume, luy fict cet honneur de le peindre aussi nud qu'il estoit sorti du ventre de sa mère, lui mettant toutesfois une pièce de drap et des ciseaux entre les bras. » Cette satire spirituelle ne serait plus d'actualité aujourd'hui. Le vêtement masculin moderne est d'une monotonie désespérante et d'une pérennité cruelle. Quant à, celui de la femme, si à l'exemple des Beaux-Arts l'exposition de cette classe était décennale, on y trouverait tous les éléments d'un musée rétrospectif de l'histoire du costume aussi complet que brillant.

CLASSE 20. - Bronzes et Fontes d'art. - Cette classe est une des plus importantes et des plus utiles à visiter, en raison du nombre, de la variété et du mérite artistique des œuvres qu'elle contient. Jamais aucune exposition n'a été plus complète et plus brillante. Par des procédés de reproduction d'une fidélité absolue, elle multiplie et popularise les œuvres des maîtres anciens et modernes ; elle donne aux artistes les plus délicats comme les plus audacieux une matière souple et vigoureuse qui peut réaliser tous leurs rêves de créateur. Aussi la vaste galerie qu'elle occupe ressemble-t-elle à un véritable musée. Il ya là, à très peu d'exceptions, toutes les plus belles pièces de statuaire de l'école française contemporaine. A côté d'elles, sans souffrir du voisinage, sont les travaux de nos ornemanistes, qui comptent dans leurs rangs des hommes de génie, comme le tant regretté Constant Sévin, dont on nous montre réuni l'œuvre colossal.
Une industrie, que cette fin de siècle voit refleurir dans une renaissance éclatante, le Fer forgé, nous montre là, aussi, des pièces de maîtrise qu'auraient signé avec joie les Mathurin Jousse, les du Monceau et les Lamour. Quintin Matsys trouverait lui-même que la fontaine superbe, adossée à l'horloge de Sévin, ferait très fière figure à côté du puits du Parvis Notre-Dame d'Anvers.

CLASSE 24. - Orfèvrerie. - Cette grande et glorieuse industrie maintient fermement sa vieille renommée. La galerie qu'elle occupe est remplie d'œuvres d'une haute originalité d'invention et d'une exécution irréprochable. On y trouve des séries de services de table qui ne craignent point la comparaison avec les plus belles productions des ateliers du passé, des pièces d'ameublement du plus grand caractère décoratif, de la fort belle statuaire, prix de courses, de concours agricoles, dont les modèles ont été demandés aux premiers sculpteurs de ce temps. Les pièces de pure curiosité, aussi précieuses par le travail que par la matière, les objets de parure féminine sont fort nombreux.
L'orfèvrerie religieuse paraît actuellement sous l'influence féconde d'une véritable Renaissance du goût ; elle a créé des autels qui sont des monuments d'art, des tabernacles, des reliquaires d'un très grand style. Et Paris, en ce genre, ne compte point seul des maîtres ; la province peut revendiquer sa part de gloire et non la moindre dans cette exposition qui, certainement, éclipse toutes les précédentes.

Les industries extractives.

Le groupe V embrasse les produits bruts et ouvrés des industries extractives, qui puisent dans le sol les matières premières de tout ordre, et les transforment en produits manufacturés prêts à prendre leur place dans la vie industrielle. A ce titre, il s'étend sur un des éléments les plus considérables de la richesse publique, et cette caractéristique s'applique surtout aux classes 41 et 42 qui comprennent : l'une, les produits minéraux, l'autre les bois l'un des plus importants des produits végétaux du sol.

CLASSE 41. - Produits minéraux. - A cheval sur la grande nef transversale qui va du dôme central à la galerie des machines, elle contient les minerais les plus divers et les produits métalliques qui en sont extraits, depuis le fer et les métaux communs (cuivre, plomb, zinc, etc.) jusqu'à l'or et à l'argent, avec les houilles et les combustibles qui sont les agents de cette transformation, Le fer et ses dérivés allant des blocs de fonte brute jusqu'aux outils les plus ouvrés et les plus delicats occupe la travée qui s'ouvre à gauche de la grande nef ; les autres métaux lui font face dans la travée opposée.
Les deux travées s'ouvrent d'ailleurs, l'une et l'autre, sur la nef centrale par les deux portes monumentales qui ont été decrites a propos de cette nef, et dont celle de droite groupe dans un ensemble aussi artistique que décoratif les produits industriels des forges de Pompey, tandis que celle de gauche offre, sous forme de panoplies appliquées contre des portails massifs, les spécimens les plus variés des produits du groupe industriel de la Loire. C'est ce groupe, c'est-à-dire l'ensemble des grands établissements construits sur le bassin houiller de Saint-Etienne et utilisant outre les minerais indigènes ceux qui proviennent des grandes mines de l'Algerie, de l'Espagne et de la Sardaigne que l'on l'encontre en premier dans la galerie du fer.
Il faudrait tout citer dans cette première salle remplie de pièces de forges magnifiques, de canons, de plaques de blindage dont les dimensions énormes évoquent le souvenir des travaux des Titans plutôt qu'elles ne font penser à un ouvrage sorti de la main de l'homme.
Voici tout d'abord des projectiles en acier chromé et des cuirasses de navires ; cet acier chromé, invention récente de M. Brustlein, offre des qualités exceptionnelles de résistance qui en font un produit des plus utiles pour les munitions de guerre. Voyez ces deux projectiles de pièces marines : l'un sort de l'usine, l'autre a déjà été tiré, et c'est à grand'peine si vous pouvez les distinguer l'un de l'autre. Il faut les mesurer minutieusement pour se rendre compte de la petite différence de dimension qu'ils présentent, de l'imperceptible tassement produit en l'un d'eux par la colossale pression éprouvée dans l'âme de la pièce. Encore des engins de guerre ! Voici, exposés par les usines de Marrel des arbres soudés pour la marine, d'énormes plaques de blindage, des canons de fort calibre, merveilles de la métallurgie moderne. L'aciérie de Saint-Etienne nous montre ces colossales frettes pour pièces de gros calibre et un gouvernail en acier coulé d'une seule pièce, ayant 5 mètres de haut sur 4 mètres de large, travail d'une extrême difficulté et d'une rare perfection d'exécution. Un coup d'œil à la jolie exposition de faux et faucilles du port Salomon et nous voilà devant les usines de Firminy qui ont joint à leurs machines marines en acier coulé également des spécimens de leurs fils d'acier, une industrie créée par elles, dont autrefois l'Angleterre avait le monopole.
Et voici de nouveau les produits superbes et effrayants de l'art de la destruction : les célèbres forges de Châtillon-Commentry exposent un filet pare-torpilles et des hélices de torpilleurs du plus haut intérêt ; les forges de Saint-Chamond, des plaques de tourelles de cuirassés pesant 27,250 kilogrammes, des plaques de pont, et enfin, un fac-similé d'un bloc de fonte de 110 tonnes sorti de leurs hauts fourneaux. Pour nous reposer un peu, arrêtons-nous un moment devant les gracieux produits envoyés par les usines du Val-d'Osne, et devant le beau portique des Forges de Rimaucourt.
Nous entrons ici dans un domaine tout voisin de celui de l'art : les reproductions en fonte coulée des statues en marbre ou en bronze. Sur un portail d'un joli effet décoratif voici un bas-relief de Clodion de la plus délicate exécution, puis des statues moulées d'après les marbres de Versailles.
Plus loin, dans la galerie, le pavillon Lyon-Alemand montre au public ses lingots d'or et d'argent et de matières précieuses, puis la Société des laminoirs de Hautmont, les forges de Pont-à-Mousson qui nous font admirer une conduite d'eau d'une dimension extraordinaire.
Cette travée contient encore une porte monumentale de Hemerdinger en laiton, une vitrine garnie des produits de la Société du Nickel, une jolie décoration monumentale en marbre griotte des Pyrénées ; enfin, deux édifices minuscules en craie dans le style de l'Alhambra de Grenade et qui, exposés par la Société du blanc du Bary, montrent quel parti l'on peut tirer de cette substance modeste dont les environs de Paris ont le monopole à peu près exclusif.
La Société de la Vieille-Montagne résume dans un joli pavillon tous les types pratiques d'application du zinc à un édifice. Par contre, la Société royale asturienne qui termine la classe 41 dans cette travée a voulu prouver qu'on pouvait appliquer également le zinc à des travaux d'art et a édifié en zinc repoussé et estampé, une porte style Renaissance d'une architecture superbe.
Nous avons réservé pour la dernière place, bien qu'elle soit à l'extrémité de la travée de gauche, l'exposition des minerais d or de M. de La Bouglise qui comprend les spécimens les plus merveilleux d'agglomérations cristallines d'or natif et de pépites gigantesques. La valeur intrinsèque de ces spécimens, encore rehaussée par la rareté de leurs formes minéralogiques, fait de cet ensemble une collection unique au monde, en même temps qu'elle est une des curiosités les plus accessibles à tous de l'exposition des mines et de la métallurgie.

CLASSE 42. - Industrie forestière. - Cette exposition offre deux points saillants. Le premier, le pavillon de l'Administration des eaux et forêts, situé au Trocadéro, nous initie aux procédés scientifiques et à la technique de cette industrie dont la majeure partie est forcément entre les mains de l'Etat ; nous l'avons signalé précédemment.
Le second est l'œuvre personnelle d'un ingénieur distingué, M. de Chambrelent qui a consacré sa vie à la réalisation de cette tâche aujourd'hui parachevée, la régénérations des Landes et la transformation de leurs marais incultes en de belles forêts de pins et de chênes qui, dans un avenir peu éloigné, affranchiront complètement la France, du lourd tribut qu'elle payait à la Norvège et à l'Amérique du Nord, auxquelles elle fait déjà concurrence sur les deux continents.
Nos lecteurs se souviennent sans doute de l'intéressante étude, faite d'après un article de la Revue scientifique, que le Figaro a publiée au mois de février dernier sur ce sujet d'une si grande importance au point de vue de l'avenir industriel de la France.
Nous y relations avec la plus grande admiration les résultats vraiment merveilleux obtenus par M. de Chambrelent dans ces pays, il y a trente ans presque aussi désolés que le Sahara, aujourd'hui prospères et productifs, grâce à l'énergie persévérante de l'homme de bien qui a consacré sa vie à cette tâche. Les produits exposés par lui sont des bois de chêne et de pin, provenant des premiers semis faits en 1850 et années suivantes dans les parties les plus incultés et les plus insalubres des landes de Gasgogne. Ils présentent la plus forte végétation forestière obtenue en France.
Les pins qui ornent la façade de la classe 42 ont été semés de 1850 à 1856. Ils ont 19 mètres de hauteur et 1m,20 de circonférence à la base.
Ces bois donnent aujourd'hui des poteaux de mine, dont l'Angleterre seule consomme 200,000 tonnes par an, des poteaux télégraphiques qu'on envoie par centaines de mille dans toutes les parties du monde, des traverses de chemins de fer, des pavés employés par la ville de Paris et expédiés en masse en Amérique. La ville de Buenos-Ayres seule en a fait cette année une commande de 37,000 mètres cubes.
A mentionner dans la même galerie : 16 panneaux décoratifs tout en bois des îles et de France de l'effet le plus artistique et du travail le plus fini ; des meubles en pichpin pour l'usage courant ; enfin tout ce qui concerne la fabrication du charbon de bois et représente l'art du vannier.
Nos élégantes parisiennes regretteront peut-être que cette classe curieuse ait pris le pas sur sa voisine (classe 43) les produits de la chasse et de la pêche (fourrures et pelleteries) qui se trouvent ainsi reléguées un peu loin de la nef centrale. Qu'elles aillent cependant jusque-là : elles y verront les plus curieux produits des industries des apprêteurs, lustreurs et coupeurs de poils les trois sous-divisions du travail de la pelleterie. Il serait trop long de noter toutes les maisons de Paris et de province qui étalent à nos yeux leurs richesses. C'est l'essence même du goût parisien que nous retrouvons dans ce superbe défilé de l'industrie de la fourrure, une des sources vives de la richesse de la France, qui depuis quelques années s'accroît d'une façon considérable et continue, luttant victorieusement déjà avec les centres principaux de même nature de la Russie et de l'Allemagne.
Puis toute une série d'exhibitions intéressantes : de superbes crins naturels, des éponges aux dimensions colossales, des imitations extraordinaires de castor en peau de lapin, des brosses en soie de porc, des gommes importées directement du Sénégal - une industrie exclusivement française qui se développe depuis quelques almées avec une fabuleuse rapidité ; - enfin des nacres qui par une heureuse disposition de couleurs multiples et chatoyantes composent une des plus jolies devantures de cette classe.
Tout autour de la salle sont des représentants des industries suivantes : perles, éponges, coraux, écailles, soies, herboristerie. Enfin des trophées de chasse et un produit qui étonne un peu dans ce milieu, la truffe, viennent légitimer l'étiquette générale de chasse, cueillette et pêche.

CLASSE 45. - Produits chimiques. - Moins accessible à tous, exigeant plus de connaissances, mais non moins intéressante dans ses détails est la classe 45 des produits chimiques, qui fait suite à celle que nous venons de parcourir.
Elle comprend sept divisions principales, qui sont les produits chimiques proprement dits, les matières colorantes, le pétrole et ses dérivés, la pharmacie, les savons et les corps gras, les couleurs et vernis, les caoutchoucs et les encres d'imprimerie.
Les cuirs et peaux font suite aux produits chimiques. Il serait difficile d'intéresser nos lecteurs avec la description assez ingrate des matières très spéciales de ces deux classes. S'ils désirent voir cependant de belles peaux tannées... à l'électricité, et notamment des cuirs de mouton sciés en trois dans l'épaisseur, c'est dans ce coin de l'Exposition qu'ils les trouveront.

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Le groupe V se complète par les expositions des classes 44 et 46, qui comprennent les Produits agricoles non alimentaires et les Teintures.



LES MANUFACTURES NATIONALES

L'Exposition des manufactures nationales occupe, au Champ de Mars, la place d'honneur dans. le pavillon central, à l'entrée même du Palais des industries diverses.
Les manufactures appartenant à l'Etat administrées par ses soins et sous la direction d'hommes nommés par lui sont au nombre de quatre : Sèvres, les Gobelins, Beauvais, La Mosaïque.
Le budget annuel des manufactures de l'Etat s'élève actuellement à 997,320 francs ainsi répartis :
Sèvres..........
Les Gobelins..........
Beauvais..........
La Mosaïque..........
624.450 fr.
231.520 fr.
116,350 fr.
25.000 fr.

Les œuvres exécutées sont destinées à orner les édifices et les palais nationaux, à figurer dans les collections de l'Etat ou à être données, par le gouvernement, en cadeaux à des souverains étrangers.
Les manufactures sont, en outre, autorisées à vendre certaines pièces à des particuliers. En ce cas le produit de la vente est versé au Trésor.
Bien que réunies ensemble, les manufactures, pour les récompenses à accorder aux artistes et ouvriers, sont classées chacune dans le groupe de l'industrie à laquelle elle se rattache.
L'éloge de ces établissements n'est plus à faire ; leurs marques sont connues dans le monde entier et la valeur de leurs produits est inestimable.

Sèvres.

On sait quels merveilleux chefs-d'œuvre sont exécutés à la manufacture de Sèvres ; ce que l'on sait moins, ce sont les origines de cet art aujourd'hui si parfait.
Les premières porcelaines européennes ont été fabriquées à Florence en 1580.
Au XVIIIe siècle on commença à imiter en France les porcelaines chinoises. En 1740 on créa la manufacture de Vincennes qui prit sous Louis XV, grâce à Mme de Pompadour, une extension rapide.
Cette manufacture fut organisée définitivement en 1753, elle prit le nom de Manufacture Royale de la porcelaine de France et marqua ses pièces au chiffre du roi.
En 1756, la manufacture fut installée à Sèvres ; depuis lors elle n'a fait que prospérer.
L'exposition de Sèvres comporte 440 numéros.
La porcelaine dure, les biscuits et flamblés, la grosse porcelaine, la porcelaine tendre nouvelle y sont brillamment représentés.
De nombreux vases, des services de table et quelques cassolettes tout à fait remarquables fixeront longtemps l'attention des visiteurs.