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La visite du quai d'Orsay commence dès le pont d'Iéna.
Sur
la berge, l'exposition panoramique du pétrole ; puis
l'Exposition maritime et fluviale, et enfin, à hauteur de
l'avenue La Bourdonnais, le Panorama déjà célèbre
de la Compagnie Transatlantique, exécuté par M. Poilpot
et que nous avons signalé dès la première page
de ce volume.
C'est seulement
après avoir accompli cette première promenade que le
visiteur, traversant les premières galeries de l'Agriculture
dont nous parlons plus loin gagnera
On pourrait dire que
c'est ici le ventre de l'Exposition si, d'une part, la place
relativement mesurée qu'il occupe dans l'ensemble (8,000
mètres de superficie, en deux étages) et, d'autre part,
la nature et la qualité des produits exposés, ne
souhaitaient une comparaison plus délicate.
Donc, le ventre,
non... mais la bouche et mieux encore que la bouche, le palais,
car il est bien nommé, ce
groupe, en ce sens que les 3,000 exposants qu'il renferme ont
d'un effort
collectif intelligemment dirigé par M. Prevet, député,
réuni toutes les délectations du goût le plus
raffiné.
Chaque produit est
représenté par le fabricant qui en a popularisé
la marque ; toutes les gloires de l'alimentation sont ici,
surveillant l'effet de leurs tentations sur les gourmandises
réveillées.
Lorsque
vous suivez le bord de la Seine, du pont de l'Alma au pont d'Iéna, le
Palais s'annonce à votre attention par l'Exposition
de viticulture qui en est, en
quelque sorte, comme la préface. Il est impossible, en
effet, devant les deux foudres monstrueux que vous apercevez
alors, l'un, rond d'une contenance de 600 hectolitres, l'autre,
ovale, d'une contenance de 275 hectolitres, il est impossible que
vous ne songiez pas immédiatement aux bonnes choses dont
s'emplissent de pareils tonneaux.
Vous n'avez que dix
pas à faire pour trouver la réalisation de votre rêve
et vous êtes, dès l'abord, conquis par l'harmonie
parfaite que l'architecte et le décorateur ont établie entre
leur œuvre, très étudiée dans sa
discrétion d'aspect voulue, et l'exposition qu'ils encadrent,
laquelle, nous le répétons, vaut plus par la qualité
que par la quantité des produits et n'aspire qu'à
titiller des palais sinon blasés, du moins distingués.
Il faut louer aussi
une ingéniosité d'aménagement qui permet à
l'œil d'embrasser synoptiquement l'alimentation répartie
entre deux étages spacieux : de merveilleux chais pour les
vins, cidres, bières, etc., et, au-dessus, un rez-de-chaussée
qu'une surélévation de deux marches subdivise lui-même
transversalement en Galerie du travail et
salles d'exposition, avec vitrines, restaurant, buffet de
dégustation, etc.
Car il faut bien le
dire, la grande originalité du Palais des Produits
alimentaires réside moins dans un étalage stérile
et sans intérêt que dans un tableau animé de
la manutention, de la manipulation et du pressurage des
produits. Utile dulci.
On
aurait donc tort de croire que cette exposition s'adresse
exclusivement aux grandes personnes qui joignent aux privilèges
de l'âge les curiosités du goût. Les enfants
qu'instruit et amuse l'histoire d'une bouchée de pain, ne
sauraient rester indifférents à la fabrication du
biscuit, du chocolat, des eaux parfumées, aux si complets
détails du commerce des vins de Champagne, aux différents
aspects d'un laboratoire, d'un cellier, d'une usine, d'un fournil,
etc... C'est une leçon de choses, un enseignement vivant, non
plus l'industrie en statistiques, mais l'industrie en action...
S'il importe de
savoir ce qu'on mange et ce qu'on boit, il n'est pas inutile de
savoir par quelle filière a passé, avant d'arriver à
notre bouche, le produit de la terre, de la ferme, etc. C'est ce que
va nous apprendre la Galerie du travail.
Aussi est-ce vers
elle que nous nous dirigerons d'abord, après avoir payé
notre tribut d'étonnement au colosse de 20,000 kilos qui en
garde l'entrée : ce fût, d'une contenance de 1,500
hectolitres, qu'amena si malaisément d'Epernay à Paris
un chariot traîné par douze paires de bœufs,
lequel fût, avant d'être plein de vin de Champagne, put
servir de salle à manger à 15 convives !
L'escalier central
franchi, si nous tirons à gauche, c'est
dans la boulange que nous nous trouvons, mais, entendons-nous,
une boulange d'élite, celle qui procède à la
fabrication des biscuits genre anglais, spécialement.
Arrêtez-vous là : les différentes phases de la
malaxation mécanique sollicitent votre examen.
Du pétrin
pouvant pétrir 2,000 kilos de pâte par jour, celle-ci
passe dans une seconde machine qui la lamine jusqu'à
l'épaisseur désirable pour le découpage auquel
s'emploie une troisième machine, également chargée
d'imprimer les pâtes. Elles ne sortent de là que pour
être recueillies par un énorme four de 14 mètres
de longueur, qui les cuit en moins de dix minutes et les dépose
délicatement dans de fraîches bannettes destinées
à les transporter, sous le parquet, dans les comptoirs de
vente... où la foule se les dispute.
Que
si vous ne voulez pas manger votre biscuit sec... c'est bien simple,
il y a, à l'opposite, de quoi satisfaire vos convoitises.
A travers un
laboratoire de distillateur, pourvu d'alambics de dix
hectolitres, de bassines, d'appareils à filtrer, de
réfrigérants ; à travers les moulins qui vous
initient au traitement ou à la manipulation du café
torréfié ; vous arrivez enfin aux ateliers de
confiseurs qui fabriquent devant vous leurs bonbons et leurs sirops,
et aux deux travées qui terminent la Galerie du travail et
n'en constituent pas la moindre attraction.
Elles sont, en
effet, occupées par une des puissantes machines employées
à Noisiel pour le broyage du chocolat. Ce qui
fuit dans une perspective dioramique achevant l'illusion, c'est une
des salles mêmes de l'usine avec sa vie, son mouvement,
curieux décor, ingénieuse toile du fond d'un théâtre
où l'acteur de premier plan, toujours en scène et
toujours en branle, atteste, une fois de plus, la supériorité
de notre outillage industriel.
Après avoir
circulé dans les ateliers, il est intéressant d'en
emporter une vision d'ensemble qu'on se procure aisément de la
terrasse qui domine la galerie. D'autant que, après s'être
penché pendant quelques minutes sur le bruit et l'activité
de ce coin grouillant, on n'a qu'à se retourner pour visiter
paisiblement les produits exposés dans les vitrines : les
sucres, vinaigres, condiments, chicorées, cafés, de la
classe 72 ; - les viandes, poissons, légumes, conserves de
toute sorte des classes 70 et 71, intéressante exhibition
en ce sens qu'elle est la plus complète qu'on ait
organisée jusqu'ici en fait de poissons conservés ; -
les biscuits, pains d'épices, farineux de la classe 67; - les
corps gras, laitage et
œufs de la classe 69 enfin.
C'est
par là que nous terminerons notre promenade au premier
étage car nous trouvons,
a cette extrémité du bâtiment, l'escalier
qui va nous conduire à l'Exposition des vins.
Toutefois, n'y
descendons pas avant d'avoir mentionné la série de
concours pour les produits de la ferme, qu'a institués cette
classe 69.
Ces concours sont de
deux sortes : permanents et temporaires.
Les premiers, cela
est tout indiqué, n'intéressent que la dégustation
des produits conservés : beurre, huile et fromages secs.
Les concours
temporaires, au contraire, au nombre de deux, auront lieu en mai et
en septembre, au Trocadéro, sous une tente ad hoc, et
s'adressent aux beurres frais de toute provenance, au laitage, aux
œufs, etc.
Descendons-nous,
maintenant ?... Pas avant, je crois bien de nous être arrêtés
devant le vaste buffet de dégustation occupant le centre de la
salle. C'est la bibliothèque des liquides, une bibliothèque
savamment composée, où ne sont admis que de très
vieux auteurs, tous grands crus authentiques, éditions
rares, justement renommées qu'on peut feuilletter (avec
deux t), s'ils sont à la fois à
la portée de la bouche et de la bourse. Incomparables ouvrages
qui sont comme les dictionnaires du goût et que je vous
conseille de compulser pour guider vos recherches gastronomiques
et redresser les barbarismes de la langue... sensuelle.
C'est donc en
parfaite disposition d'esprit, le cœur et les yeux réjouis
par la dégustation des vins et la préparation
allégorique des seize panneaux décoratifs et des quatre
grandes compositions célébrant le Vin - le Pain - la
Pêche – la Volaille ; que vous pouvez honorer de votre
visite la classe 73, la dernière des sept que groupe le palais
de l'Industrie alimentaire.
Je l'ai dit : elle
occupe tout le sous-sol et se partage en régions productrices
clairement désignées par des paysages independants. Les
amateurs de cidres, de bières, de boissons fermentées,
trouveront là amples récoltes ; les amateurs peut-être
plus nombreux de vins de Champagne et de Bourgogne puiseront dans
l'exposition particulièrement réussie de ces produits,
la consolation des ravages phylloxériens dont ,une autre
section offre l'attristant spectacle.
Mais le clou de
cette classe, il n'est pas, sans doute, téméraire
d'affirmer que c'est l'histoire d'une bouteille de champagne,
racontée par une carte en relief où toute la culture de
la vigne est relatée, depuis la plantation jusqu'à la
cueillette ; - et encore par une coupe de bâtiment nous
introduisant dans les arcanes de cette industrie, nous montrant la
basse-cave, la haute-cave, le cellier, le galetas, constructions,
appareils, accessoires et bonshommes de cire rigoureusement réduits
au 1/10.
Le plan figuratif
d'un vendangeoir, avec ses paniers, ses bascules, ses différentes
espèces de pressoirs ; le chantier de travail, grandeur
naturelle, établi ,sur le bord de la Seine ; la collection
curieuse de bouteilles (il en est qui datent de Louis
XV) ; une liste très complète des verreries où
se fournissent les fabricants, rien n'est oublié pour que nous
gardions de notre visite un souvenir instructif et durable,
j'ajouterai même : patriotique, si l'on considère que
tout, absolument tout, sauf le liège des bouchons, est produit
par la Champagne.
Au résumé,
de même que l'exposant de cette région dit de son vin,
quand la récolte est généreuse : « Pas
besoin de le faire mousser ; il mousse tout seul » ; de même
on peut dire des produit catalogués : inutile de les vanter,
ils se recommandent d'eux-mêmes pour peu qu'on en interroge la
saveur. Et lors même que les facultés gustatives se
refuseraient à ces expériences loyales, il y a, dans
les ateliers en mouvement, dans les mystères dévoilés
de la fabrication et, le soir dans la féerie de l'électricité
enveloppant des pyramides de flacons ; il y a encore amplement de
quoi justifier l'empressement des visiteurs.
Enfin, si une image
pouvait, d'un symbole caractéristique, donner la clef de cette
exposition, je dirais volontiers qu'elle se présente au public
comme une bouche énorme dont l'hiatus laisse apercevoir les
deux étages de ses mâchoire, la solide denture de ses
machines à broyer et, derrière la fine langue d'un couloir
central où toutes les variétés de la gourmandise
aboutissent, la luette incessamment humectée d'un intarissable
buffet de dégustation.
Quand vous quittez
le Champ de Mars, en passant devant le panorama de la Compagnie
transatlantique, vous abordez, en pénétrant, sur le
quai d'Orsay, les galeries réservées à
l'Agricuture. Ces galeries s'étendent sur une double rangée,
jusqu'à l'Esplanade des Invalides. D'allures plus modestes que
les grandes industries et surtout que les industries de luxe,
l'agriculture a voulu néanmoins se parer pour faire bonne
figure au milieu des splendeurs qui l'entourent. Elle a réussi
à prouver que, même dans les choses qui paraisssent
devoir y prêter le moins, le goût français ne perd
jamais ses droits. La parure est sobre, mais elle encadre bien la
somme énorme de travail et d'efforts que ces galeries
renferment. Sans doute, le simple badaud n'a rien à faire ici
; mais quiconque se soucie, tant soit peu des affaires de son pays,
quand il aura jeté un premier coup d'œil sur l'immense
variété d'objets exposés, sera saisi par
l'intérêt qu'il y trouvera.
Voici d'abord
l'exposition du Ministère de l'Agriculture. Le rôle
de ce ministère est complexe : il contribue, par les concours
qu'il organise et par les subventions qu'il distribue, à
susciter et à propager le progrès, et, surtout, il
dirige l'enseignement agricole. L'utilité de ce ministère,
niée par quelques esprits chagrins, est manifeste ; elle
ressort de ce fait que l'institution est imitée partout, même dans les pays qui,
comme l'Angleterre, ont passé pendant longtemps pour nous
devancer dans la voie du progrès agricole. A côté
des bronzes et des objets d'art qu'il distribue dans les concours
régionaux, le Ministère de l'Agriculture expose des
publications qui lui font le plus grand honneur ; au premier rang, se
place la Statistique agricole de
1882, œuvre magistrale de M. Eug. Tisserand, et qui, de
l'avis unanime des hommes les plus compétents de tous les
pays, est la meilleure qui ait été jamais faite, par
quelque nation que ce soit.
Le Ministère
de l'Agriculture présente une autre exposition spéciale
: elle est installée dans le Pavillon des forêts, sur
le Trocadéro. Nous en avons parlé précédemment.
Les établissements
d'enseignement agricole montrent de grands progrès depuis dix
ans ; ces progrès ont été réalisés sous l'impulsion de
M. Tisserand qui s'efforce de doter toutes les régions du pays
d'écoles d'agriculture appropriées à leurs
besoins spéciaux.
L' Institut
national agronomique se place au
premier rang. Les travaux de ses professeurs, comme ceux des
professeurs des Ecoles nationales d'agriculture de
Grignon, de
Grandjouan, de
Montpellier, montrent
la marche de la science agronomique française qui compte,
chaque année, des succès nombreux. Consultez les
tableaux, les photographies qui couvrent les murs, parcourez les
notices qui les accompagnent ; à chaque pas, vous trouvez
des découvertes dont les conséquences pratiques sont le
plus souvent immédiates, et prennent parfois des proportions
rapidement gigantesques pour le développement de la fortune
publique. Feuilletez les annuaires de ces écoles, et vous y
trouverez les noms des cultivateurs qui font l'honneur du pays.
Les Écoles
nationales vétérinaires d'Alfort,
de Lyon, de Toulouse remplissent un autre rôle ; elles
forment les vétérinaires civils et militaires. Les
uns sont, dans les campagnes, chargés de la mission de
sauvegarder les troupeaux contre les maladies qui tendent à
les décimer ; les autres rendent, dans l'armée, des
services du même genre. Les progrès de la science
vétérinaire ont été rapides depuis
quelques années, elle a largement profité des nouvelles
voies ouvertes par les travaux de M. Pasteur.
Le rôle des
Écoles pratiques d'agriculture est
plus modeste. Ce sont des créations récentes. La
première remonte à 1876 ;
aujourd'hui on en compte environ vingt-cinq, dans autant de
départements. Elles sont d'importance variable, mais toutes
forment des cultivateurs instruits et aimant leur future profession.
Quelques-unes ont des buts speciaux qui s'ajoutent à
l'enseignement fondamental des choses agricoles : ici, la laiterie,
ailleurs, les irrigations, la viticulture, ou l'arboriculture. Les
modèles de matériel d'enseignement, les travaux de
leurs professeurs et de leurs élèves, les produits de
leurs cultures, donnent la preuve de leur, grande vitalité.
Voici maintenant les
Stations agronomiques. On
n'en compte pas moins d'une cinquantaine. Ces établissements travaillent pour
l'agriculture sous trois formes principales : par des recherches de
physiologie générale, par des essais culturaux sur les
diverses variétés de plantes et sur l'emploi des
engrais ; et enfin par des analyses chimiques sur la composition des
engrais, des terres arables, etc. Toutes ne figurent pas dans les
galeries de l'Exposition, mais celles que vous y rencontrerez
présentent, les unes ou les autres, de nombreux sujets
d'études.
Les Chaires
départementales d'agriculture appartiennent
aussi à ce qu'on pourrait appeler l'exposition
scientifique de l'Agriculture. C'est l'enseignement porté de
canton en canton par des professeurs nomades ; c'est, en outre,
l'enseignement vivant par les champs de démonstration
destinés à
frapper l'esprit des petits cultivateurs et à leur montrer
quelles faibles avances suffisent souvent pour accroître les
rendements dans de grandes proportions. Le cultivateur, qui a passé
à côté des champs de cette sorte, s'y instruit
par la vue beaucoup plus vite que par les plus savantes
démonstrations.
Voici, d'autre part,
les publications relatives à l'enseignement agricole, les
méthodes et procédés d'enseignement imaginés
pour les écoles primaires rurales, les résultats des
recherches poursuivies par des cultivateurs ou par des agronomes
qui travaillent avec leurs propres forces.
Les cultivateurs
isolés, surtout les petits cultivateurs, qui sont les plus
intéressants, reculent souvent devant les frais qu'entraîne
la participation à une exposition comme celle de Paris.
Heureusement, les associations agricoles de toute nature, sociétés
d'agriculture, comices, syndicats, s'entendent parfaitement à
grouper leurs efforts. Les collectivités qui figurent dans les
galeries du quai d'Orsay sont très nombreuses, et elles
ont admirablement réussi à montrer les résultats
des efforts persévérants par lesquels l'agriculture
lutte contre la mauvaise fortune.
Ce caractère
est tout à fait spécial à l'Exposition de 1889.
Les expositions
collectives des associations agricoles montrent, par les gerbes de
céréales qu'elles offrent aux yeux, par les types de
plantes de toute nature : textiles, fourragères, etc.,
dont elles ont garni les gradins, des exemples variés des
résultats soit généralement acquis, soit obtenus
par les cultivateurs les plus habiles et les plus instruits, dans les
diverses régions entre lesquelles la France agricole se
partage. Une rivalité heureuse s'est établie entre ces
associations ; un agencement élégant des galeries en
est la conséquence.
Parmi les
principales expositions des associations agricoles figurent celle de
la Société des agriculteurs du Nord, qui
compte dans ses rangs plusieurs des agriculteurs les plus
réputés de France ; de la Société
du Pas-de-Calais, qui rivalise
avec le Nord dans toutes les cultures industrielles ; de la Société
d'agriculture de Meurthe-et-Moselle, où
figurent surtout les produits spéciaux de l'agriculture
lorraine ; de la Société horticole,
vigneronne et forestière de Troyes, où
l'on voit un magnifique spécimen des reboisements de Champagne
; du Comice départemental de l'Aube; du
Comice de l'arrondissement de Reims, où
figurent les riches produits actuels de la Champagne
pouilleuse transformée ; de la Société
d'agriculture de Meaux, de celle
de Melun, du Comice
de Coulommiers et Provins, qui
se partagent la direction des affaires agricoles dans le grand
département de Seine-et-Marne ; du Syndicat agricole
de Seine-et-Oise, où la
culture maraîchère fait la plus heureuse alliance avec
la culture ordinaire ; du Comice de l'arrondissement de
Chartres et du Syndicat
d'Eure-et-Loir, qui représentent
la célèbre agriculture beauceronne ; du Comité
du département du Cher et
du Comité départemental de l'Indre, deux
départements voisins, mais qui ont un aspect assez différent
; des Comités de la Mayenne et
d'Ille-et-Vilaine, représentant
l'agriculture de l'Ouest, qui a défriché de si grandes
étendues de landes ; du Syndicat des cidres de
l'Ouest et du Syndicat
de la Guerche-de-Bretagne qui
s'occupent surtout de la culture du pommier et de la production du
cidre, comme de l'expansion du commerce de cette excellente boisson ;
de la Société d'agriculture des Deux-Sèvres,
département dans lequel
la production du bétail est une des principales richesses ; du
Comité agricole de la Haute-Saône, pays
d'élevage et de culture des céréales ; de la
Société d'agriculture du Doubs, qui
se préoccupe surtout des progrès à réaliser
dans la fabrication du fromage de Gruyère par les
associations pastorales dites fruitières ; de la
Société agricole de la Haute-Loire, autre
pays célèbre d'élevage ; du comité du
Lot, de celui de
Lot-et-Garonne, du
Comice de Bazas, qui
réunissent ici les produits variés de la région
du Sud-Ouest.
Chacune des
associations représente des centaines d'exposants, dont les
efforts peuvent se juger et seraient passés inaperçus
sans la force donnée par la collectivité. Deux grands
progrès ressortent surtout de l'ensemble de ces expositions :
un accroissement sensible dans le rendement des céréales,
et une révolution complète dans la culture de la
betterrave à sucre.
Cette révolution
s'est opérée dans le cours des dernières années
sous l'aiguillon de la nécessité. La sucrerie française
a dû transformer ses anciennes méthodes pour lutter
contre la concurrence redoutable des sucres allemands ; elle a dû
demander aux cultivateurs une matière première plus
appropriée à ses besoins. Les cultivateurs ont résolu
le problème avec une rapidité réellement
surprenante ; ils ont augmenté plus que de moitié la
richesse en sucre des betteraves qu'ils récoltent. D'autre
part, les graines de betteraves riches qu'on était habitué
naguère à demander surtout en Allemagne, sont produites
aujourd'hui en France dans d'aussi bonnes conditions sous le rapport
de la richesse et dans des conditions bien supérieures,
si l'on tient compte des nécessités de sol et de
culture. Voilà ce que doit retenir celui qui veut se faire une
idée juste des transformations que montrent les
produits exposés dans les galeries du quai d'Orsay.
Voici d autre part,
des fermes qui font l'honneur des régions ou elles sont
situées.
Des expositions de
grainiers, de vétérinaires, d'instruments et de
produits vétérinaires, de maréchalerie, sont
aussi à leur place comme auxiliaires de l'agriculture.
Voici unebranche de
la production agricole dont l'outillage et les procédés
se sont absolument transformés : c'est la laiterie et la
production du beurre. L'exemple nous est venu des pays scandinaves,
et il a été fécond. On fait aujourd'hui le
beurre avec des machines qui suppriment absolument toute
manipulation. L'écrémage instantané, le
barattage, le malaxage, demandent moins d'une heure et vous pouvez
obtenir un excellent beurre dans la matinée où les
vaches ont été traites. Deux laiteries aménagées
avec ces appareils sont établies dans des chalets élégants
sur l'esplanade des Invalides : une laiterie anglaise et
une laiterie danoise installée
par Pilter ; ce ne sont pas les moindres attractions de ce vaste
ensemble d'édifices si variés. Quant à
la vaisselle de la laiterie, elle a été aussi
notablement améliorée depuis quelques années.
La basse-cour est
comme la laiterie, du domaine de là fermière. Ici aussi
le progrès est manifeste, au point qu'un mot nouveau, celui
d'aviculture, a été
créé et est entré dans la pratique courante.
L'aviculture se retrouve encore de l'autre côté du pont
d'Iéna, au bas du Trocadéro.
Les
galeries de l'agriculture que nous avons parcourues rapidement sont
celles qui longent le parapet du quai. Une autre rangée de
galeries court parallèlement ; elle est consacrée
à l'outillage et à
la machinerie agricole. La
plupart des constructeurs français s'y sont donné
rendez-vous. Ici encore d'immenses progrès ont été
réalisés : aux anciens appareils lourds et
incommodes, ont succédé des appareils et instruments
légers, d une solidité a toute épreuve, qui font
le plus grand honneur au génie de nos constructeurs.
La qualité
générale de la construction des machines agricoles
françaises est au moins égale à celle des
machines d'origine
étrangère. En ce qui concerne les machines à
vapeur et les batteuses, la preuve, en a été faite ;
aux concours internationaux les plus récents, les
constructeurs français l'ont emporté sur leurs rivaux.
S'agit-il des instruments aratoires ou des instruments
d'intérieur de ferme, les ateliers français donnent au
moins d'aussi bons produits que les autres ; pour les charrues
spécialement, on ne trouve nulle part d'aussi bons instruments
qu'en France. . L'acier est devenu d'un emploi presque général
dans la fabrication ; quelques constructeurs emploient même
exclusivement cette matière pour toutes les parties de leurs
instruments.
Deux galeries sont
consacrées aux machines agricoles. Dans la première,
elles sont en mouvement ; un grand arbre de couche, qui parcourt
toute la galerie, leur transmet la force donnée par un moteur
électrique. Mais c'est surtout dans les concours spéciaux
qui se succéderont pendant l'Exposition qu'on pourra le mieux
apprécier les machines agricoles ; ces concours auront lieu
sur la ferme de M. Menier, à Noisiel (Seine-et-Marne).
C'est surtout par
l'outillage que l'agriculture étrangère est représentée
à l'Exposition, notamment dans les sections anglaise et
américaine.
La viticulture
est une des principales branches
de la production agricole française. Depuis vingt ans, elle
est aux prises avec un ennemi terrible, le phylloxera, qui
lui a causé des pertes cruelles ; dans quelques
départements, la superficie des vignobles a été
réduite au quart ou au cinquième de son ancienne
étendue. Le fléau s'est étendu à presque
tout le territoire viticole. Mais le vigneron français,
d'abord déconcerté, n'a pas consenti à se
laisser abattre par le désastre. C'est surtout ce travail de
reconstitution que montrent les galeries consacrées à
la viticulture : c'est une des gloires
de l'agriculture d'aujourd'hui, car toutes les nations viticoles
éprouvées au même titre, viennent chercher des
exemples et des modèles chez nous.
Si la reconstitution
n'est pas achevée, elle s'étend actuellement sur
un cinquième des vignes détruites, et surtout elle est
établie sur des bases solides qui en garantissent absolument
l'avenir. La culture des cépages américains, greffés
avec nos vieux cépages français de qualité bien
supérieure, est désormais l'antidote de la production
des vins français contre les attaques du phylloxera.
Ici comme dans la
classe voisine, l'influence des collectivités est manifeste ;
elle permet de réunir et de faire ressortir un grand nombre
d'efforts qui, sans elles, resteraient ignorés et sans profit
pour les vignerons.
La Société
centrale d'agriculture de l'Hérault apporte
un témoignage frappant de reconstitution des vignes de ce
département ; c'est une carte statistique qui frappe
l'œil par son ingénieuse combinaison de teintes. A cote
figurent les produits des vignes nouvelles.
La viticulture
méridionale est encore représentée par les
expositions collectives de la Société d'agriculture
du Gard, de la Société
centrale d'agriculture de l Aude, de
la Société agricole des Pyrénées-Orientales,
etc.
Dans la Gironde, par
les expositions collectives de la Société
d'agriculture de la Gironde, du
Comice agricole de Libourne, du
Comice de Cadillac.
Dans le Beaujolais
et le Mâconnais, par les expositions de la Société
régionale de viticulture de Lyon, de
la Société d'agriculture de Chalon-sur-Saône.
Pour préparer
de bon vin dans des conditions favorables, il faut que les chais
soient convenablement aménagés et outillés ; le
matériel viticole présente donc une grande importance.
L'exposition donne, sous ce rapport, complète satisfaction.
Voici,
d'abord, un chai
modèle, comme on en voit
désormais assez communément dans le midi
de la France ; il renferme des foudres de plusieurs centaines
d'hectolitres, un moteur mécanique, des pompes à vin
pouvant débiter jusqu'à 25,000 litres à l'heure,
des filtres, un « Pastaurisateur » pour le chauffage
automatique des vins, une tuyauterie complexe et ingénieuse,
qui relie les appareils entre eux, et enfin tout le matériel
accessoire de brocs, de siphons etc. Dans les grandes exploitations
viticoles du Midi, où la vendange donne chaque année
une quantité qui se chiffre par dizaine de mille d'hectolitres
de vin, la vapeur joue désormais un rôle important pour
faciliter le traitement rapide de ces énormes quantités
de liquide.
Le chai modèle
est encadré par les expositions spéciales des
constructeurs d'instruments de viticulture. Dans aucun autre pays,
l'outillage viticole et vinicole n'a acquis une aussi grande
perfection qu'en France. Ce matériel permet de cultiver la
vigne dans les conditions les plus économiques, de préparer
et de conserver le vin de telle sorte qu'il développe toutes
ses qualités et qu'il se bonifie comme doit le faire tout vin
digne de ce nom.
Une classe spéciale
est consacrée aux insectes utiles et
aux insectes nuisibles. Pour
ces derniers, il est difficile d'indiquer, dans une exposition, les
procédés à adopter pour les détruire.
Quant aux insectes utiles, on n'en connaît guère que
deux espèces : l'abeille et le ver à soie.
L'apiculture ou
culture des abeilles est peu en honneur en France ; c'est dommage,
car elle peut être la source de beaux
profils sans grande peine. L'apiculture mobiliste, c'est-à-dire
avec des ruches à cadres mobiles, est
aujourd'hui le dernier mot du progrès ; il s'en trouve, à
l'Exposition, plusieurs modèles excellents.
Pour l'élevage
des vers à soie, il en va différemment. Ces malheureux
insectes ont été décimés pendant
longtemps par de terribles maladies contagieuses ; on doit à
M. Pasteur la découverte des moyens de prévenir ces
maladies. Ce fut même, soit dit en passant, son premier titre à
la reconnaissance des agriculteurs ; depuis, il en a ajouté
bien d'autres. Par l'application des méthodes qu'il a
indiquées, le rendement des éducations de vers à
soie a plus que doublé. La France n'a plus eu à
importer de graines étrangères, et son commerce
d'exportation des graines a pris des proportions inespérées.
La sériciculture française tend à reprendre le
rang honorable qu'elle avait perdu.
A l'agriculture, on
rattache enfin ce qui se rapporte à la culture des eaux :
pisciculture d'eau douce et
pisciculture marine. C'est
sur la berge de la Seine, dans deux pavillons d'assez modeste
apparence, qu'est installée l'exposition de pisciculture.
La pisciculture
d'eau douce a principalement pour but le repeuplement des cours
d'eau. Dans un certain nombre d'écoles d'agriculture, dans
plusieurs établissements du Ministère des Travaux
publics, dans l'aquarium du Trocadéro (que l'on ne doit pas
oublier de visiter), les procédés de fécondation
artificielle des œufs, d'incubation et d'élevage des
alevins sont pratiqués dans des proportions croissantes chaque
année. Cet élevage porte surtout sur les poissons
délicats, truites, saumons, etc., et sur des espèces
étrangères dont l'acclimatation dans les eaux
françaises paraît devoir être utile. Les jeunes
alevins sont lâchés ensuite à l'eau pour
repeupler les rivières, à la grande joie des pêcheurs.
C'est là l'œuvre d'utilité générale
dont on peut constater les résultats dans le pavillon.
Un autre but de la
pisciculture est d'élever les poissons délicats en eaux
fermées, jusqu'au moment où on les livre au marché.
On en trouve aussi des modèles à l'Exposition.
L'élevage des
huitres est le principal objet de la pisciculture marine. Sous
ce rapport, nos côtes marines sont riches en parcs dont la
production a été, pour les marins, une grande source de
richesse. Le fait principal des dernières années est
l'amélioration notable des huîtres portugaises par
l'application des méthodes usitées pour l'huitre
ordinaire ; on en trouvera d'intéressantes démonstrations
à l'Exposition du quai d'Orsay.
Il faut signaler
enfin deux grandes manifestations qui compléteront la part de
l'agriculture à l'Exposition universelle : un Congrès
international et des expositions temporaires d'animaux domestiques.
Le Congrès
international d'Agriculture se
tiendra dans les salles du palais du Trocadéro, du 4 au 11
juillet, sous la présidence de M. Méline. Il aura pour
objet principal d'étudier les causes et les effets de la
crise agricole, ainsi que les remèdes à y apporter.
Les Concours
temporaires d'animaux
domestiques comprendront deux séries : Concours
internationaux des races bovines, ovines, porcines, et d'animaux de
basse-cour, du 11 au 22juillet, et
Concours international des races chevalines et asines, du
1er au 10 septembre.
D'après les déclarations
des éleveurs réunis à la fin du mois d'avril, le
premier de ces concours aura une importance exceptionnelle ; plus de
2,500 bêtes bovines sont inscrites, ce qui ne s'est jamais vu
nulle part. Il donnera, comme l'exposition chevaline, une
manifestation éclatante des progrès que l'élevage
français ne cesse de réaliser.
C'est un
aristocrate, doublé d'un journaliste, qui a obtenu du
gouvernement portugais la construction du pavillon du Portugal à
l'Exposition Universelle. M. le vicomte de Mélicio, pair du
royaume, directeur d'un des plus grands journaux de Lisbonne, a
réussi à faire renoncer le Portugal à son
abstention. Le Gouvernement a accordé au Comité une
subvention de 500,000 francs, (autant que l'Espagne), et la dépense
totale s'élève seulement à 200,000 francs.
Le pavillon
portugais occupe une surface de 500 mètres sur la berge de la
Seine, à côté du Palais des produits alimentaires
français, non loin du pavillon espagnol.
C'est M. Achille
Hermant, architecte des travaux du département de la Seine,
qui a fait avec son bon goût artistique habituel cette
œuvre digne de tous les éloges.
Le
pavillon comprend un rez-de-chaussée situé sur la berge
et deux étages au-dessus du quai. Il est dominé par une
tour qui a environ 35 mètres de hauteur.
Le
style général de ce pavillon est le Louis XV portugais,
avec quelques détails empruntés aux monuments de Bélem,
notamment au cloître.
On y voit des
produits alimentaires et agricoles des colonies portugaises et un
certain nombre de produits qui n'ont pas pu trouver leur place dans
le Palais des sections industrielles.
Il y aura surtout à
remarquer dans le pavillon du Portugal les faïences et
terres cuites émaillées avec animaux en relief imitant
le genre de Bernard de Palissy.
C'est
au commencement d'avril seulement que, sous les auspices de la
Commission portugaise de Paris, on a décidé la
construction d'une annexe destinée à établir la
dégustation des vins portugais. Cette annexe est un grand hall
qui relie le Palais Portugais au Palais des Produits Alimentaires
et permet de passer à couvert de l'un à l'autre.
On ne saurait trop
féliciter la Commission portugaise de son initiative et de
l'activité dont elle a fait preuve, mais il ne faut pas
oublier que c'est grâce à M. le vicomte de Mélicio
que le Portugal s'est décidé à prendre part à
notre Exposition.
D'autres pays étrangers possèdent des annexes dans la partie du quai d'Orsay qui avoisine l'Esplanade des Invalides. Nous n'en reparlerons pas, ces expositions ayant été signalées dans les chapitres consacrés aux pays correspondants, dans le cours de ce volume.