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LES ENFANTS A l'EXPOSITION


Les Expositions de 1867 et de 1878 ont présenté une lacune : la partie spéciale pour les enfants. Les personnes qui se rendaient au Champ de Mars devaient, ou laisser leurs bébés à la maison, ou les promener toute la journée à travers une série d'exhibitions qui n'intéressaient que fort médiocrement les pauvres petits. C'était un ennui, plutôt qu'un plaisir. Je connais un jeune homme à qui son père a fait visiter huit jours de suite, en 1867, l'Exposition de Billancourt. A partir de ce moment, il avait pris en horreur l'agriculture et les agriculteurs. La vue d'une charrue lui portait sur les nerfs, il prenait la fuite devant une machine à battre. A peine majeur, il a vendu jusqu'à son dernier lopin de terre.
Cette année, on a songé aux enfants - et aux enfants de tout âge. - On a multiplié pour eux les distractions instructives et amusantes.
Que dis-je ? ils ont même un palais spécial, avec grand et petit théâtre où on leur donnera des spectacles de toutes sortes, guignols, pantomimes, acrobates, animaux savants, escamoteurs, ballets dansés par une troupe enfantine, bals, etc., etc. La mère de famille, avant d'aller visiter la galerie qui l'intéresse spécialement, pourra laisser sans crainte son 'bébé soit dans les salles du Palais des Enfants, soit dans le petit parc qui y est annexé et où il y a des jeux à la portée de tous les âges, une laiterie, des marchands de gateaux, des tourniquets, tout une kermesse enfantine.
Pour les plus grands et les plus hardis, une autre annexe intéressante du Palais des Enfants est le pavillon de la mer, où, par un mécanisme ingénieux, des bateaux circulent sur une onde factice, s'agitant comme sur un océan véritable. Ils pourront même s'imaginer avoir fait un réel voyage au long cours, car, en débarquant, ils tomberont en plein pays japonais, le pavillon comprenant à l'une de ses extrémités, un musée des costumes et des mœurs de cette contrée si intéressante.
Au point de vue géographique, d'ailleurs, les enfants n'auront qu'à choisir entre les distractions instructives, l'Exposition de 1889 renfermant pour cela de nombreux panoramas. Sur la berge de la Seine, d'abord, le Panorama de la Compagnie transatlantique. Il représente l'un des grands paquebots : la Touraine. Le visiteur se trouve placé sur la passerelle, tandis que l'avant et l'arrière sont figurés en trompe-l'œil. La vue panoramique représente la rade du Havre. C'est absolument saisissant.
Autres panoramas intéressants : celui du Mont-Blanc, avenue de La Bourdonnais ; celui de la baie de Naples et du Vésuve ; celui de la rade et de la ville de Rio-Janeiro, avenue de Suffren. Ils constituent une véritable promenade à travers les contrées lointaines et curieuses à visiter.
Comme ensemble, la Mappemonde au millionième située entre la Tour Eiffel et le Palais des Arts libéraux, donne une idée très complète du globe terrestre. Un système ingénieux de galeries, montant en spirales autour de l'énorme sphère, permet d'en examiner successivement toutes les parties en même temps qu'un mouvement de rotation lui fait exécuter l'évolution réelle de la Terre.
Pour en finir avec les distractions géographiques, on pourra se transporter d'abord dans un coin de l'Egypte avec la rue du Caire, que nous décrivons à part. Puis, en Algérie et en Tunisie, en allant à l'Esplanade des Invalides où se trouve autour du Palais de l'Algérie une véritable ville arabe avec ses koubas, ses minarets, ses terrasses et ses dômes. Sans quitter l'Esplanade, on pourra visiter successivement l'Indo-Chine, l'Annam, Madagascar, la Guyane, la Guadeloupe, le Gabon, voir l'industrie et les produits du pays, causer avec les indigènes ; car, de même que la rue du Caire est peuplée d'Egyptiens, les villes et les villages algériens, tunisiens, sénégalais, cochinchinois, canaques, etc., sont habités par des gens venus du pays même, gardés par des détachements de troupes coloniales, absolument comme si un enchanteur eût pris le village tout entier et l'eût apporté tel quel en France.
Après la Géographie, l'Histoire sa sœur jumelle. Nous pouvons commencer une intéressante leçon de choses par l'Histoire de l'Habitation, de Garnier, qui prend l'homme aux temps préhistoriques et nous montre sa vie à toutes les époques et dans tous les pays. Puis nous irons voir :
La Tour de Nesles, avenue de Suffren.
Jeanne d'Arc, avenue Bosquet.
Le Petit Châtelet et la Cité sous Henri IV, avenue de Suffren.
La Nouvelle Bastille, avenue de Suffren.
Le Panorama du Centenaire, avenue de Suffren.
Le vieux Temple (Louis XVI), au Trocadéro.
Autant de leçons amusantes et frappantes d'histoire de France.
L'Exposition d'horticulture servira aux amateurs de botanique ; le soir, les fontaines lumineuses intéresseront les jeunes lycéens épris de physique.
Restent les bébés que tout cela n'amusera pas. Pour eux, les fleurs seront des fleurs comme celles de leur jardin, avec cette différence qu'on ne pourra pas les couper ; les fontaines joueront trop tard, les Bastilles et les Tour de Nesles, ne seront que des « vilains murs noirs » et les Africains « des nègres » qui leur feront peur.
Ils auront bien les galeries de joujoux. Mais quel plaisir de regarder des jouets qu'on n'achète pas !... C'est comme les petits affamés qui contemplent les vitrines des confiseurs !...
Eh ! bien, bébé, on vous conduira au Pays des Fées, avenue Rapp. Là, plus de leçons ; nous voyagerons en pleine illusion. Nous verrons Barbe-Bleue, la Belle au bois dormant, Ali-Baba et sa caverne, le Petit Chaperon-Rouge, le Chat-Botté, Cendrillon, les héros de tous les jolis contes que votre bonne vous narre pour vous endormir... Avec le Pays des Fées au dehors et le Palais des Enfants au dedans, vous aurez votre large part d'amusements, pendant que papa et maman iront visiter « les choses sérieuses ». Tout le monde sera content.
Et c'est juste, car je vous jure que cela causait aux pauvres petits un réel chagrin d'être ainsi sacrifiés et, comme l'a dit un poète de nos amis :
On ne devrait faire aux enfants
Nulle peine, même légère.

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PAVILLON DU FIGARO

Sur la seconde plate-forme de hauteur de la Tour Eiffel, à 115m, 73 de hauteur, le Figaro a organisé de toutes pièces un journal quotidien. Un kiosque, situé sur la façade qui regarde la place de la Concorde, construit en sapin du Nord et en pitchpin, abrite ce diminutif du Figaro. Marinoni y a monté une de ses rotatives qu'actionne un moteur à gaz ; douze compositeurs composent la copie, rédigée par un petit groupe de compositeurs d'élite ; trois ouvriers clicheurs montent chaque jour à la Tour our faire le cliché du journal. Ajoutez un correcteur, un metteur en pages, des garçons de bureau qui complètent l'équipe.
Le pavillon est divisé en deux parties dont les parois sont vitrées.
Tout autour, le visiteur peut circuler librement.
C'est donc une véritable exposition que le Figaro a faite ; - il a exposé un journal en pleine activité.
L'intérêt de cette innovation est de vulgariser les détails intimes d'une industrie dont tout le monde connaît les produits, mais à la confection desquels presque personne n'a pu assister.
Toutes les personnes qui circulent dans la galerie peuvent demander un exemplaire du numéro du jour, sur lequel sont imprimées les lignes suivantes :
Ce numéro a été remis à M..., en souvenir de sa visite au pavillon du Figaro, sur la seconde plate-forme de la Tour Eiffel, à 115 mètres 73 centimètres au-dessus du sol.
Tour Eiffel, ce       1889.

L'agent écrit le nom du visiteur et timbre.

Ce numéro est, à la fois, un souvenir et un certificat de l'ascension à la Tour. Chacun sera heureux de le conserver.