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Louis COMTE (1783-1859) fût l'un des artistes les plus célèbres de son époque : prestidigitateur, ventriloque et "Physicien du Roi", titre que lui décerna Louis XVIII. Il créa un théâtre en 1812 au Passage des Panoramas, qu'il déplaça, forcé par les autorités pour cause de dangers d'incendie, au Passage Choiseul en 1826, sous le nom de "Théâtre des Jeunes Elèves de M. Comte". En 1855, la gestion de la salle est cédée à Jacques Offenbach, lequel rebaptise le théâtre en "Bouffes Parisiens", il y jouera une grande partie de ses opérettes. Rasé et rebâti en 1863, en plus grand (1100 places), le Théâtre des "Bouffe Parisiens" existe toujours au Passage Choiseul, passage qui en son temps, hébergea une autre "célébrité", Louis Ferdinand Céline, il l'évoque longuement dans "Mort à crédit", sous le nom du Passage des Bérésinas.
- Suit l'article qui lui est consacré dans le Grand Dictionnaire Universel du XIXème siècle, de Pierre Larousse (Tome4) :
COMTE (Louis-Christian-Emmanuel-Apollinaire), ventriloque et prestidigitateur français, né à Genève, d'un père français, le 22 juin 1783, mort à Rueil (Seine-et-Oise) le 25 novembre 1859. Dès l'âge de huit ans, il amusait ses camarades en exécutant des scènes de ventriloquie. Sa famille le destinait à la pratique des affaires, et l'avait placé chez un avoué dans l'espoir de lui voir suivre cette carrière. Mais se jugeant, avec raison, plus apte à tirer parti de sa ventriloquie instinctive qu'à compulser les codes, il s'occupa activement de perfectionner son talent, et les succès qu'il obtint dans quelques réunions intimes l'encouragèrent à persister dans son dessein.
Cédant aux caprices de son esprit aventureux, il abandonna pour jamais les travaux monotones de la procédure et ce lança résolument dans la vie artistique et nomade. N'ayant pour tout avoir que l'insouciance de ses quinze ans et son engastrimysme, il parcourut les châteaux, les villes et les bourgades de la Suisse, où il eut souvent maille à partir avec ceux qui étaient l'objet de ses mystifications, mais où il se fit aussi admirer pour la perfection avec laquelle il imitait les voix lointaines. Il avait composé de petites scènes qui formaient un spectacle très attrayant. C'était, par exemple, la scène du domestique enfermé dans une cave, et avec lequel il entamait une conversation des plus plaisantes. On entendait, venant de dessous terre, la voix du serviteur qui suppliait son maître de lui ouvrir la trappe pour qu'il put sortir. Comte semblait acquiescer à cette demande, le reclus remerciait en sortant; mais une fois délivré, il montait à l'étage supérieur et se moquait de son libérateur. Puis, enfin, cette voix se faisait entendre encore dans toutes les parties de la salle et jusque sous les banquettes, à la grande frayeur des spectateurs. Cette scène, ainsi que plusieurs autres de même nature, était assaisonnée de jeux de mots, de traits d'esprit et d'inoffensives mystifications qui portaient à son comble la joie de l'assistance.
Comte joignit quelques tours d'escamotage à sa ventriloquie; mais son répertoire en ce genre était très restreint. N'ayant jamais eu de maître, il ne pouvait exécuter que les exercices de prestidigitation qu'il avait puisés dans les ouvrages élémentaires sur cette matière. Il résolut, toutefois, de se rendre à Paris en faisant l'école buissonnière par le midi de la France. Il existait alors à Bordeaux un certain M. David, riche marchand de drap, et grand amateur d'escamotage, possédant tous les instruments de cet art et se faisant un véritable plaisir d'aider et d'instruire les adeptes de la Magie blanche. En arrivant Comte se lia avec David, qui lui enseigna plusieurs surprises très intéressantes. Tout en voyageant, l'artiste genevois entretint une correspondance active avec son professeur, et celui-ci le tint pendant longtemps au courant des progrès accomplis dans l'art des prodiges. Une lettre autographe de Comte (collection d'autographe de M. le marquis de Flers), adressé à M. David donne une idée de ces relations. Cette lettre est surmontée d'un entête ainsi conçu :
Apollinaire COMTE, artiste ventriloque et professeur de physique amusante, le même qui, il y a deux ans, faillit être victime de plusieurs paysans suisses qui, le croyant sorcier, le maltraitèrent et voulurent le brûler en le jetant dans un four, etc.
"Lorsque j'ai eu l'honneur de vous rencontrer à Blois, je vous ai dit que j'avais le projet d'aller à Valençay chez les princes d'Espagne. Le préfet de Blois m'a donné une lettre pour le gouverneur, et j'ai donné deux séances aux trois princes; ils m'ont délivré un certificat magnifique et m'ont donné cinquante louis. Tout cet or que je gagne, c'est à vous que je le dois; car vos tours sont les plus beaux de ma séance..."
Et plus loin : "Mon intention est d'avoir maintenant quatre malles de physique. J'annoncerais de la physique seulement aux deux premières représentations. A la troisième, annoncer de beaux tours et attraper mon public avec la ventriloquie. Le lendemain, faire des farces en villes et annoncer pompeusement la ventriloquie pour trois séances. Total, six représentations pour les villes de10.000, 15.000 et 20.000 âmes. Qu'en dites-vous ?". Il termine en disant "que sa ventriloquie l'use beaucoup".
Quelque temps après qu'il eut écrit cette lettre, Comte arriva à Paris. Il n'y obtint pas d'abord le succès qu'il avait rêvé. Il s'y trouva aux prises avec des concurrents redoutables : l'escamoteur Olivier était fort en vogue à cette époque, et, d'un autre coté, les deux ventriloques Borel et Fitz-James partageaient avec celui-ci la faveur du public parisien. Après avoir donné quelques séances infructueuses au théâtre de la rue de Thionville, Comte quitta la capitale et parcourut la province où, durant quelques années, il obtint de légitimes succès. Revenu à Paris en 1814, il s'installa à l'Hôtel des Fermes, rue de Grenelle-Saint-Honoré, dans le local qu'avaient occupé ses devanciers Bienvenu et Olivier et se fit entrepreneur de théâtre. Ce fut à cette époque qu'il fut appelé à la cour de Louis XVIII et qu'il donna devant les souverains alliés une séance à la suite de laquelle il reçut le titre de Physicien du Roi.
Ce spectacle jouit pendant longtemps d'une grande vogue. Toutefois, vers les derniers temps, le physicien ne donnait plus que de rares séances, et, ses jeunes acteurs n'excitant plus le même intérêt, il fut obligé de recourir aux expédients pour garnir sa salle. Il inventa : 1° les billets roses, billets de faveur envoyés à profusion dans Paris, avec lesquels, on ne payait que demi-place; 2° les médailles, jetons de cuivre que l'on imposait au contrôle à tout billet de faveur en échanges de 10 centimes; 3° les loges gratuites aux lauréats des collèges, dans nous parlerons dans l'article qui suit.
Comme prestidigitateur, Comte possédait un talent fort agréable. Ses tours étaient exécutés avec une grande adresse et surtout avec beaucoup d'habileté. On en jugera par le tour suivant, qui portait le nom de la Naissance des fleurs. Après avoir semé des graines sur une pincée de terre contenue dans une petite coupe, il faisait quelques conjurations, répandait une liqueur enflammée sur cette terre et la couvrait avec une cloche qui, disait-il, devait concentrer la chaleur et stimuler la végétation. En effet, quelques secondes après, un bouquet de fleurs variées apparaissait dans la coupe. Comte le distribuait aux dames qui garnissaient les loges, et, pendant cette répartition, il trouvait le moyen de placer des mots gracieux et à double sens (c'était l'époque des jeux de mots galants). Mademoiselle, voici une rose que vous avez fait rougir de jalousie. Puissiez-vous, messieurs, ne jamais trouver ici de soucis, etc. Cependant le petit bouquet tirait à sa fin; il ne restait que quelques fleurs. Tout à coup, les mains du physicien se trouvaient littéralement remplies de roses. Alors d'un air de triomphe, il s'écriait, en montrant ces fleurs venues comme par enchantement : "J'avais promis d'escamoter et de métamorphoser toutes ces dames; pouvais-je choisir une forme plus gracieuse et plus aimable ? En vous métamorphosant toutes en roses, n'est-ce pas, mesdames, offrir la copie au modèle ? N'est-ce pas aussi vous escamoter pour vous rendre à vous-même ? Dites-moi, messieurs, n'ai-je pas bien réussi ?". Pour ces mots aimables et quelque peu précieux, le prestidigitateur recevait toujours une triple salve de bravos.
Autant Comte était aimable avec les dames, autant il était impitoyable pour les hommes. Citons quelques-unes des plaisanteries dont son public masculin était victime. C’était, par exemple, certain tabouret dont le spectateur, en s’asseyant, faisait sortir un son incongru ; ou bien, le tour des as de cœur, qu’il terminait en faisant sortir des as de toutes les parties de vêtement du patient qui, fouillé, secoué, bousculé, ne savait plus à quel saint se vouer pour échapper à cette avalanche de cartes. C’était encore le chapeau prêté complaisamment par un monsieur chauve, chapeau dans lequel Comte faisait apparaître une perruque en accompagnant cette apparition d’allusions malignes et de calembours.
La ventriloquie, avons-nous dit ; prêtait un grand charme aux séances de Comte ; elle lui fournissait de gais intermèdes et des scènes du plus haut comique et de la plus grande illusion. Cette faculté lui inspirait aussi de curieuses mystifications ; mais les meilleures (si une mystification peut jamais être bonne) étaient réservées pour ses voyages ; il les faisait servir alors à la publicité de ses séances, et elles contribuaient à attirer la foule à ses représentations. On en trouve la description dans un volume in-12 portant le titre de Voyages et séances anecdotiques de M. Comte (de Genève) [Paris 1816]. Une seule de ces plaisanteries viendra prouver jusqu’à quel degré Comte savait porter l’imitation d’une voix lointaine. Cette anecdote pourrait avoir pour titre : Les mystificateurs mystifiés ; Nous pouvons en garantir l’authenticité.
“ Au sortir d’une visite que le célèbre ventriloque me fit au Palais Royal, dit M. Robert Houdin, à la plume duquel est due cette notice, je le reconduisis jusqu’au bas de mon escalier, ainsi que le commandait la plus simple politesse. Comte, tout en continuant de causer, descendait devant moi, de sorte que les poches de sa redingote se trouvaient naturellement à ma discrétion. L’occasion était si belle que je ne pus résister à la tentation de jouer un tour de ma façon à mon habile confrère. Aussitôt conçue, cette idée fut mise à exécution. En un tour de main ; non pas ! soyons exact dans notre récit, en deux tours de main, je retirais du vêtement de mon ami son mouchoir et une fort belle tabatière en or ; puis j’eus soin de retourner la poche en dehors pour prouver que mon travail avait été consciencieusement exécuté. Je m’applaudissais du succès de mon expédition, et je riais en moi-même du dénouement comique qu’elle aurait, lorsque je remettrais ces objets à leur propriétaire. Mais on a raison de dire : à trompeur, trompeur et demi, car tandis que je violais ainsi les lois de l’hospitalité, Comte, de son coté, ruminait quelque perfidie. Je venais à peine de mettre en lieu de sûreté mouchoir et tabatière, que prêtant l’oreille, j’entendis venir de l’étage supérieur, une voix qui m’était inconnue : “ Monsieur Robert Houdin, criai t-on, voulez-vous monter, de suite, au bureau de location, je voudrais vous dire un mot. - Tout à l’heure, répondis-je, encore préoccupé de mon larcin, je vais y aller. - Mais, me dit Comte avec bonhomie, puisque ce monsieur n’a qu’un mot à vous dire, allez-y, je vais vous attendre, car j’ai encore à vous parler. - Soit, ”, répondis-je, et, sans réfléchir davantage, je remonte au premier étage. On a déjà deviné que le ventriloque vient de me jouer un tour de son métier. En arrivant au bureau, je ne trouve que l’employé qui ne sait ce que je veux lui dire. Je m’aperçois, mais trop tard, que je suis une des ses nombreuses victimes de l’engastrimysme et j’entends Comte qui chante victoire en riant aux éclats. J’avoue sans fausse honte qu’un instant je fus vexé d’avoir donné dans le piège ; mais je me remis bine vite, à la pensée d’une vengeance que je pouvais tirer de la situation même où je me trouvais. J’affectais de descendre avec tranquillité. “ Que voulait donc cette personne du bureau de location ? me dit Comte d’un ton de dupeur satisfait. - Vous ne le devinez pas ? répondis-je en copiant mon intonation sur la sienne. - Ma foi, non, . - Je vais alors vous le dire : c’était un voleur repentant qui m’a prié de vous rendre des objets qu’il vous a escamotés. Les voici, mon maître. - Je préfère que cela se termine ainsi, me dit Comte en réintégrant sa poche dans sa redingote, pour y mettre les objets que je lui présentais ; nous sommes quittes, et j’espère que nous resterons toujours bons amis. ”
En 1854, Comte, fatigué par plus de cinquante années d’un travail incessant, se retira dans une propriété qu’il possédait à Nanterre. Sa bonté, sa bienveillance et sa charité lui concilièrent l’estime et l’affection de tous les habitants, qui lui donnèrent le surnom de “ bon papa Comte ”. Dans cette modeste localité, il donna plusieurs représentations au bénéfice des pauvres. La dernière eut lieu en janvier 1854, alors qu’il touchait à sa soixante-dixième année. Comte quitta Nanterre pour se fixer à Rueil, où il termina ses jours. Louis-Philippe l’avait nommé chevalier de la Légion d’honneur.
Comte (Théâtre Choiseul, dit des Jeunes Elèves et, plus ordinairement Théâtre), établi le 23 janvier 1825, à Paris, passage Choiseul et rue Monsigny, remplacé en 1855 par le Théâtre des Bouffes-Parisiens. Le Genevois Comte, son fondateur, après s’être acquis une réputation européenne comme physicien prestidigitateur et ventriloque, vint donner dans différentes salles de Paris des représentations de magie amusante et de fantasmagorie. De l’ancien théâtre des Jeunes-Elèves de la rue de Thionville, il vint se fixer dans un caveau de l’hôtel des Fermes, rue du Bouloi.. Ce fut dans ce lieu souterrain, aujourd’hui dépendant de l’imprimerie Paul Dupont, où Jacques de Falaise, le polyphage, émerveillait les Parisiens par la facilité avec laquelle il avalait des roses, des montres, des oiseaux, des souris, etc., Comte donna quelques scènes bouffonnes qui s’ajoutèrent dès lors aux exercices offerts à la foule : des enfants en firent les frais. En 1817, Comte passa à la salle du Mont-Thabor ou l’ancien Cirque-Olympique, que MM. Franconi venaient d’abandonner ; mais les exigences de l’administration, qui ne lui permit de jouer ses petites pièces enfantines que derrière un rideau de gaze, le ramenèrent à l’hôtel des Fermes ; à force de sollicitations et d’efforts, il obtint le privilège d’y établir un théâtre moral, où la troupe, comme le public se composait d’enfants. Il commença, avec trois jeunes acteurs seulement, à donner des ouvrages amusants et instructifs ; puis en 1820, il transporta son personnel et son genre dans les Passages des Panoramas. Au répertoire de Berquin vinrent s’adjoindre des pièces spéciales, parmi lesquelles il faut surtout mentionner celles d’Emile Vanderburch ; on les entremêlait de scènes de prestidigitation et de ventriloquie. Le local des Panoramas devenant insuffisant, Comte alla s’installer au Passage Choiseul, où son répertoire prit une singulière extension et s’enrichit de féeries, d’operas-comiques et d’autres pièces, qui, à la longue, s’écartant du but de l’institution, ne furent rien moins qu’instructives et moralisatrices. On n’en lisait pas moins sur les affiches du nouveau théâtre :
Par les mœurs, le bon goût, modestement il brille, et sans danger la mère y conduira sa fille.
L’autorité ne se laissa pas séduire par ces deux vers alléchants : elle ouvrit un œil curieux sur les coulisses, et, changeant tout à coup les conditions de ce théâtre minuscule, elle enjoignit au directeur de prendre des interprètes moins jeunes. Dans les dernières années de son existence, ce n’étaient plus des dugazons à peine sevrées, des queues-rouges et des pères nobles échappés de nourrice, mais bien de grands jeunes gens qui jouent les pièces enfantines ; plusieurs avaient même l'âge de raison ( côté des hommes, bien entendu). Le théâtre Comte conservait, malgré la taille et l'âge de ses comédiens, un assez grand attrait pour son petit public, lorsque, en 1855, son nom et sa spécialité disparurent du monde théâtral. Il est devenu depuis lors le théâtre des Bouffes-Parisiens. Pleurez, écoliers qui aviez un théâtre à vous et des représentations qui renouaient sous certains cotés la tradition interrompue des représentations de collège du bon vieux temps.
Le théâtre Comte, qui, avant de prendre ce nom, s’était successivement appelé : Théâtre de physique amusante, ventriloquie, magie,, Théâtre des nouveautés (1819 ; Spectacle de magie et des enfants de M. Comte (1824), a laissé plus d’un souvenir dans la mémoire des jeunes générations qui ont défilé bouche béante et yeux bien arrondis devant La belle aux bois dormant, Le diable couleur de rose, La souris blanche, Gargantua, La lanterne magique dans la lune, Le chat botté, etc. Chaque soir et pendant toute l’année, la direction mettait à la disposition de l’élève qui obtenait aux compositions la première place de sa classe ou le premier prix lors des distributions annuelles dans les collèges et dans les pensions des deux sexes de Paris et de la banlieue, une loge entière. Cette loge se délivrait sur un bulletin signé du professeur ou du maître de l’élève. De nombreuses familles y amenaient aux jours de fêtes leurs enfants, et, le jeudi, des instituteurs y conduisaient le ban et l’arrière-ban des piocheurs de la semaine.
Aujourd’hui, il ne reste plus aux élèves de sixième chargés de couronnes, aux forts en thème dont on veut récompenser les succès, qu’à aller voir les féeries du Châtelet ou les cavalcades de l’Hippodrome.
Le théâtre Comte n’a formé qu’un assez petit nombre d’artistes renommés, bien que des chroniqueurs trop complaisants l’aient appelé maintes fois une pépinière d’excellents comédiens ; une pépinière, soit ! si l’on considère le nombre des …pépins, mais non si l’on recherche la qualité du fruit. Hélas ! que de petits phénomènes ont brillé un soir devant le lustre, se sont étiolés au soleil factice de la rampe et sont retombés dans la loge paternelle (loge de portier, bien entendu), pale, brisés, rendus impropres au labeur assidu, rêvant toutes sortes de succès entrevues - entrevues seulement.
Quelques-uns de ces jeunes artistes, dit M. Alberic Second, sont morts dans la misère ; beaucoup se sont résignés à embrasser des professions manuelles. L’un deux, un bossu connu sous le nom du Petit Alfred, est “ entré dans l’administration ; ” il préside actuellement au nettoyage de sa patrie : il est inspecteur du balayage parisien ! Il faut le voir, ce digne fonctionnaire, lorsqu’il passe l’inspection d’une escouade de balayeurs ! En ces moments-là, il est réellement magnifique à contempler. Il s’acquitte de sa mission en homme qui a eu souvent l’honneur de représenter Napoléon Ier ou le grand Frédéric. Observez-le : il prend son tabac dans la poche gauche de son gilet et dit volontiers à ses hommes en les dispersant avec un geste grandiose : “ Soldats ! je suis content de vous. ”. Parmi les élèves de M. Comte qui ont persistés à jouer la comédie, le plus grand nombre, il faut bien le dire, n’a pas dépassé et ne dépassera jamais le niveau d’une honnête médiocrité. Mais qu’importe, après tout, si la renommé d’un seul suffit à la gloire du professeur ? Celui-là, c’est Hyacinthe, le sublime gracioso du théâtre du Palais-Royal. Hyacinthe était à peine âgé de six ans lorsqu’il fit son premier début au théâtre Choiseul. En considération de son talent précoce et des succès retentissants, M. Comte lui assura une position exceptionnelle : 10 francs par mois sans surnumérariat ! ce qui ne s’était pas encore vu. Et quand, sept ans plus tard, il rompit avec son directeur pour entrer comme figurant aux Variétés, il y avait déjà longtemps que le jeune artiste gagnait 20 sous par jour, ce qui était le maximum des traitements. Dans le but extrêmement louable de ne point susciter d’odieuses jalousies entre ses auteurs et ses acteurs, M. Comte avait fait en sorte que les droits des uns ne fussent point de beaucoup supérieurs aux traitements des autres, ce qui ne l’a pas empêché de compter dans son répertoire une grande quantité de petites pièces spirituelles. Les premiers couplets de MM. Cogniard, Dumanoir et Siraudin ont été chantés sur ces planches hospitalières. M. Emile Vanderbuch a été longtemps le fournisseur attitré de la maison, et, sous la raison sociale, Alexandre Boucher et Cie, un financier célèbre de notre époque à fait représenter là une vingtaine de vaudevilles, alors qu’il n’était ni célèbre ni financier. Parmi les pensionnaires de Comte, nous citerons, outre Hyacinthe, Francisque jeune, Emile Taigny, Charles Pérey, Paul Laba, Pastelot, Colbrun, Mmes Clarisse Miroy, Marie Dupuis, Atala Beauchêne, Aline Duval. Poulet et Rubel ont été jusqu’à la fin les deux colonnes du théâtre, les deux célébrités comiques du passage Choiseul, aimées et applaudies.
- Puis un texte de Théodore de Banville (1823-1891)
(Peter J. Edwards (ed.), Oeuvres poétiques complètes de Théodore de Banville, textes électroniques interactifs,, Mount Allison University, Sackville, N.B., 1996.)
http://www.mta.ca/faculty/arts-letters/frenspan/banville/of/comment.html
COMMENTAIRE (1873)
Les Théâtres d'enfants, page 53.
Ces théâtres étaient: le
Théâtre des jeunes élèves de M. Comte, au passage Choiseul,
remplacé aujourd'hui par les Bouffes-Parisiens, et le Théâtre Joly
ou Gymnase enfantin, au passage de l'Opéra. M. Comte, physicien du
roi, prestidigitateur, avait voulu, par une pensée philanthropique,
donner de l'instruction et une bonne éducation à des enfants qu'il
élevait en même temps pour être comédiens. Ils allaient à la classe
le matin, jouaient le soir pour le public, et répétaient dans
l'intervalle. Cela était admirable comme théorie; mais M. Comte,
tout sorcier qu'il était, n'avait pas prévu ce qu'on obtiendrait
nécessairement en enfermant ensemble, dans un endroit aussi isolé
qu'un navire en pleine mer, des enfants, garçons et filles, qui
déjà avaient croqué dans les loges de portier, où avait commencé
leur enfance parisienne, toutes les pommes vertes de l'arbre de la
Science. A ce régime, les petites filles résistèrent, et même
devinrent des femmes grandes et robustes, comme Hippolyte, reine
des Amazones; mais les petits garçons furent la proie du
rachitisme, de la phtisie, et les plus heureux d'entre eux furent
ceux qui restèrent nains ou devinrent bossus. Tout le monde a vu
Alfred, le Bouffé du Théâtre Comte, qui n'avait jamais pu grandir,
et qui, après avoir pris sa retraite, fut nommé inspecteur du
balayage; on le rencontrait avec un manteau de caoutchouc grand
comme un mouchoir de poche de fillette! Et Poulet qui, après avoir
été un enfant beau comme le jour, est mort l'an dernier, vieux
souffleur de l'Odéon, n'étant plus qu'une longue barbe blanche et
une bosse.
Il y a eu aussi ce spirituel et charmant Colbrun, si délicat, si
frêle, à qui la barbe n'était jamais venue, qui, de son séjour au
Théâtre Comte, avait gardé la taille et le visage d'un enfant, et
qui, à quarante ans, jouait encore les rôles de gamin dans les
grands drames d'Alexandre Dumas. Parmi les acteurs de cette
génération, un seul a persisté: c'est M. Rubel, qu'on retrouve
dans les petits théâtres. Plus heureux que ses confrères, la barbe
lui a poussé, et il n'a jamais été bossu; mais il ressemble un peu
à un casse-noisette!
(attention, l'ortographe des textes présentés ci-dessous est préservé.)
- ALMANACH DES SPECTACLES 1822 :
(source : www.bnf.fr)
THÉATRE DE M. COMTE.
Hôtel des fermes.
Escamotages, tours d'adresse, ventriloquie :
le tout mêlé quelquefois à des proverbes ou scènes dialoguées. En 1817, M. Comte obtint le privilège du spectacle Mont-Thabor (ancien emplacement du Cirque-Olympique) ; mais on l'obligea à ne donner ses représentations, réduites d'ailleurs à quelques tableaux animés, que derrière une gaze. Cette bisarrerie ne piqua même pas la curiosité; et le nouveau spectacle tomba.
- ALMANACH DES SPECTACLES 1823 :
(source : www.bnf.fr)
THÉATRE DE M. COMTE.
Passage des Panoramas.
M. Comte accroit chaque année ses ressources et l'agrément de son spectacle ; il ne se borne plus à la ventriloquie, aux tours de cartes, et à l'art du prestidigitateur, M. Comte se fait bien entendre encore dans des lieux où il n'est pas ; il fait bien encore sortir d'un oeuf un oiseau tout formé et tout emplumé ; il pile bien encore des montres qu'il rend intacte à leur propriétaire, après les avoir soumises à l'action de son mortier merveilleux. Il exerce bien encore la puissance de sa sorcellerie sur d'honnètes chevaliers qui portent à leurs boutonnières les ordres les plus illustres de notre vieille Europe, à raison de 25 sous par séances, il montre encore bien de tems en tems à ce bon peuple de Paris, qui justifie depuis si longtems le surnom de badauds, que lui donnent les bons plaisans de la province, des hommes qui boivent de l'huile bouillante, qui se lavent les mains dans du plomb fondu,
qui avalent des oiseaux, des serpens vivans et
des rats morts, etc. etc. etc. Mais ce n'est pas
tout, et les habitués de ce spectacle auxquels
il faut aussi du nouveau.
N'en fut-il plus au monde,
avaient fini par ce montrer indifférens : or M. Comte, qui n'a en vue que Ies plaisirs de ses habitués, s'est hâté de solliciter le privilège de faire paraitre une troupe d'enfans sur son théâtre.
Il avait pour compétiteurs d'anciens comédiens retirés sans pensions; d'anciens propriétaires de théâtres semblables dépouillés de leurs propriétés par décret impérial ; des hommes de lettres même qui jugeaient sur l'expérience d'une vingtaine d'années, que le Conservatoire ne suffisait qu'à moitié à former des sujets pour nos grand théâtres : on avait répondu à tous ces gens-là qu'un théâtre d'enfans était une immortalité, une monstruosité, et que le ministère était bien décidé à ne permettre aucun établissement de ce genre. M. Comte, qui sans doute connaissait mieux la matière, trouva de meilleures raisons à donner ; et vieux comédiens, propriétaires dépouillés, littérateurs, amis de la prospérité de la scène française , il passa sur le ventre de tous ces rivaux malhabiles ; pour dire la vérité, quelques-uns des jeunes sujets qu'il lance dans la carrière théâtrale, annoncent déjà d'heureuses dispositions. Formons le vœu qu'elles se développent entre les mains de M. Comte, et qu'il nous donne quelque jour un Talma ou une Mars; ce ne sera pas là le moindre coup de son art.
M. Comte donne des représentations en ville pourvu qu'on le prévienne quelques jours d'avance.
- ALMANACH DES SPECTACLES 1824 :
(source : www.bnf.fr)
THÉATRE DE M. COMTE.
Passage des Panoramas.
Cet établissement continue à jouir de la faveur publique. On y donne toujours des tours d'adresse et des représentations théâtrales jouées par des enfans dont plusieurs montrent de l'intelligence.
- ALMANACH DES SPECTACLES 1826 :
(source : www.bnf.fr)
SPECTACLE DE MAGIE ET DES ENFANS DE M. COMTE, PHYSICIEN DU ROI,
Passage des Panoramas.
Tous les jours à six heures du soir.
M. Comte, directeur, rue Grange-Batelière, 21.
MM. Armand, Breteau, Benauzy et Dauberval, professeurs :
Ce spectacle doit être considéré comme un
intermédiaire entre les Ombres Chinoises et les théâtres des boulevarts. Il offre à l'enfance des scènes morales et instructives; des pièces de Berquin et des fables de La Fontaine y sont mises en action par des enfans qui montrent beaucoup d'intelligence; aussi de nombreuses
familles et des instituteurs y conduisent journellement une jeunesse qui prend un grand plaisir à ces soirées, variées par les prestiges et les scènes de ventriloquie de M. Comte.
M. Comte se charge d'envoyer pour les noces
et autres fêtes dans les maisons particulières, à jours et à heures fixes, à la ville et à la campagne, les spectacles ci-après : physiciens, scènes d'imagination, ventriloquie, marionnettes, fantasmagorie, théâtres et embellissemens que l'on jugerait nécessaires à toutes espèces de fêtes.
Prix, 100 francs, 150 francs ou 300 francs par soirée.
Il faut écrire vingt-quatre heures d'avance.
Voici le relevé des petites pièces morales et enfantines jouées à ce spectacle depuis le premier décembre 1824, jusqu'à ce jour :
La Partie d'Honneur, on le Rendez-Vous, qui-proquo anecdotique, comique et moral mêlé de couplets de MM. Armand-Domergue et Papillon.
Le Maître d'écriture, scènes morales mêlées de
couplets, de M. Emile; tirées des nouveaux
contes de M. Bouilly, offerts aux enfans de France.
Les Sœurs de lait, scènes morales mêlées de
couplets, de MM Alexandre et Gombault.
La Rose et l'Ananas, scènes d'éducation, mêlées de couplets, de M. Gamas.
Le Chat botté, ou Ali-Dada marquis de Caraba, folie-féérie enfantice mêlée de couplets, de M. Emile.
Les trois Cailloux, ou le Pauvre Aveugle, tableau moral mêlé du couplets, de MM. Eugène et Louis ; tiré des nouveaux contes de M. Bouilly.
Le Bonnet de grenadier, tableau militaire et enfantin, rnêlé de conplets, de M. Émile; tiré des nouveaux contes de M. Bouilly.
Le Couronnement au village ou la Route de Rheims, à-propos mêlé de couplets à l'occasion du sacre de S. M. Charles X, de MM. Lafillard, Armand-Domergue et Gombault.
Le Petit Menteur, scènes morales mêlées de couplets, de M. Aléxandre.
Le Petit Dragon, scènes morales mêlées de couplets, de M. Victor P., tirées des contes de M. Bouilly.
Les Mendiants pour rire ou la Leçon du grand-papa, scènes morales et comiques, mêlées de couplets, de MM. Le Peintre jeune et Gombault, tirées des contes de Ducray-Dumesnil.
Orgueil et modestie, ou la Pension de jeunes demoiselles, scènes d'éducation mêlées de couplets, de M. Eugène.
Le Vieux Hussard, ou les Jeunes Amis, scènes morales mêlées de couplets, de MM. Amable G. et Désiré H.
L'embarras des Richesses, scènes comiques et morales mêlées de couplets, de M. H***.
La Fête du Roi, bouquet, mêlé de couplets par M.***.
- ALMANACH DES SPECTACLES 1828 :
(source : www.bnf.fr)
THÉATRE DE M. COMTE, PHYSICIEN DU ROI.
PASSAGE CHOISEUL ET RUE NEUVE VENTADOUR.
MM Comte, directeur.
Armand Domergue, régisseur.
Ce spectacle est toujours très-suivi ; les enfans qui
y jouent ont, pour la plupart, une grande intelligence, et l'on cite entr'autres les jeunes Francis et Sainti.
Voici les pièces nouvelles qu'on y a représentées
depuis le 23 janvier 1827 :
Le Sortilége naturel. (Emile Vanderbruch.)
Blanchette, ou le Bon Pasteur.(Emile Vanderbruch.)
Les Trois Souhaits, ou Ie Bûcheron et la Fée. (Rosey
et Armand-Domergue.)
La jeune Marraine, ou les Trois Parrains. (Amable G.)
La Fille du Condamné. (Amable G.)
Le Pavillon mystérieux. (Fléché.)
L'adroite Princesse, ou les Trois Quenouilles de
verre. (Eugène et Alexandre.)
C'est l'un ou l'autre, ou la Sympathie en defaut.
(Radet.)
Le Jour de Médecine. (Philippe et Dalby.)
Les Deux Apprentis. (Amable G.)
Lolotte et Fanfan. (Jules V.)