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Jeton Ch. Ferdinand Duc de Berry
Ch. Ferdinand Duc de Berry
Il prie pardonne et s'envole aux cieux
Caroline et l'Espoir (ou l'Espérance ???) nous restent
Métal à determiner, 9 mm
Jeton Ch. Ferdinand Duc de Berry

Grand dictionnaire universel du XIXe siècle :


BERRY (Ch.-Ferdinand, duc DE), deuxième fils du comte d'Artois (depuis Charles X), né à Versailles en 1778, mort en 1820. Il suivit son père dans l'émigration, porta les armes contre la France dans l'armée de Condé et s'unit, à Londres, à une dame Brown, dont il eut plusieurs enfants et qu'il abandonna, plus tard, sous le prétexte que Louis XVIII désapprouvait ce mariage. En 1814, il revint en France à la suite des alliés, fut nommé colonel général des chasseurs et lanciers et s'efforça de gagner l'attachement des soldats, en assistant aux manœuvres, en visitant les casernes et les hôpitaux militaires. Lorsque Napoléon revint de l'île d'Elbe, le duc de Berry fut nommé chef de l'armée qu'on voulait réunir devant Paris et qui se réduisit à un nombre imperceptible de fidèles. Après la seconde restauration, le duc de Berry fut tenu à l'écart du pouvoir par Louis XVIII, et il épousa, en 1816 la princesse Caroline de Naples, sœur de la reine Christine, reine d'Espagne. Le 13 février 1820, à la sortie de l'Opéra, il fut assassiné par Louvel. Sept mois après sa mort, sa femme accoucha d'un fils, le duc de Bordeaux, aujourd'hui comte de Chambord, et le dernier rejeton mâle de la branche aînée de Bourbon.
Ce prince, qui, d'ailleurs, ne manquait pas d'énergie, était, sous la Restauration, l'espoir des ultras. Mais il ne se fit guère remarquer que par l'emportement de ses manières et la licence de ses mœurs.


BERRY (Marie-Caroline-Ferdinande-Louise DE BOURBON, duchesse DE), née à Naples en 1798, fille du roi Ferdinand Ier. En 1816, elle fut mariée au duc de Berry, neveu de Louis XVIII et deuxième fils du comte d'Artois (depuis Charles X). Plutôt gracieuse que belle, passionnée pour les plaisirs et les arts, d'une grande vivacité d'esprit et d'une bienveillance affable, qui faisaient oublier ses négligences d'éducation et ses pétulances enfantines de caractère, elle charma la cour de France et s'attacha le cœur un peu volage de son époux. A vingt-deux ans, le poignard de Louvel la rendit veuve. On dit que, dans sa douleur romanesque, elle coupa sa chevelure d'un blond mythologique que les poètes ont célébrée et que le duc aimait avec passion. Elle portait alors, depuis deux mois, dans son sein un dernier et tardif rejeton de l'antique race de Hugues Capet. Cet enfant posthume reçut, à sa naissance, le surnom d'Enfant du miracle, et le corps diplomatique lui donna celui d'Enfant de l'Europe. Dès lors commença l'existence politique de la duchesse de Berry. Cependant, elle n essaya point de prendre un rôle dans les affaires de l'Etat, cherchant seulement à se rendre populaire par des voyages dans les provinces, par l'éclat de ses têtes et par ses libéralités. Quand la révolution de Juillet eut brisé l'avenir de son fils et la fortune des Bourbons, elle suivit Charles X dans l'exil ; mais la résignation ne pouvait convenir, à cette âme ardente et aventureuse, qui se laissa entraîner bientôt, vers les résolutions désespérées, par les obsessions de ses partisans, par son ambition maternelle, par ses illusions de femme et de princesse, et peut-être aussi par les effervescences de l'orgueil blessé et par le regret amer d'une puissance évanouie. Abusée par son ignorance du temps et des hommes, séduite par la légende poétisée de ces Vendéens qui avaient tenu tète à la grande République, par la croyance à une France royaliste qui n'existait plus, elle résolut de tenter une restauration par les armes, parcourut d'abord une partie de l'Europe sous un incognito mal déguisé, fréta, en 1832, le navire le Carlo-Alberto, et débarqua sur la côte de Marseille dans la nuit du 29 avril. Ses débuts dans la guerre civile furent rudes et tristes. Elle attendit le jour au bord de la mer, mal protégée contre les brises nocturnes par un manteau d'homme. Un grand mouvement royaliste devait, lui avait-on dit, signaler son arrivée dans le Midi ; mais tout se réduisit à une tentative insignifiante de quelques fidèles à Marseille. Alors, elle se dirigea vers la Vendée, sans prendre pour ainsi dire la peine de se cacher. Tout le monde savait qu'elle était en France ; mais les populations restaient calmes et indifférentes. Les sommités du parti légitimiste, prévoyant un dénoûment funeste et ridicule tout à la fois, s'épuisèrent en efforts infructueux pour faire changer de résolution à la princesse , qui se montra inébranlable dans sa folie romanesque, digne des héroïnes de la Fronde. Fascinée par son idée fixe, elle avançait toujours vers l'Ouest, à la poursuite de l'insaisissable mirage d'une armée de Vendéens ou de chouans, ne se doutant point qu'elle allait elle-même révéler, par un insuccès éclatant et prévu, la faiblesse réelle de son parti et détruire dans les esprits la fiction, habilement entretenue jusque-là, d'une Vendée et d'une Bretagne royalistes toujours prêtes à s'armer contre la France de la Révolution. Les chefs, MM. de Charette, d'Autichamp, de Bourmont, etc., n'étaient pas partisans d'une prise d'armes immédiate ; mais l'expérience et les prévisions de ces militaires durent céder à l'enthousiasme impérieux de la princesse, qui, d'ailleurs, ne ménagea point sa personne au milieu des hasards de cette malheureuse équipée. Malgré une proclamation pompeuse, qui débutait par une réminiscence historique (Ouvrez à la fortune de la France!), les paysans ne s'armèrent point pour le petit-fils de Henri IV; une poignée de braves livra le combat du Chêne, et le parti royaliste fut abattu d'un seul coup, au moment même où la royauté de Juillet triomphait à Paris d'un mouvement autrement formidable, celui des républicains de Saint-Merri. Madame erra d'asile en asile, promenant partout ses espérances et son opiniâtre énergie, mais dut, enfin, se réfugier à Nantes, dans la mystérieuse retraite que ses amis lui avaient préparée. Elle y demeura cinq mois, employés par elle à la plus active correspondance. La police désespérait presque de la découvrir, lorsque le secret de son asile fut vendu à M. Thiers (500,000.fr., d'autres disent 100,000) par un juif converti, Simon Deutz, mêlé aux complots légitimistes, et qui avait la confiance de la princesse. Le misérable partit pour Nantes, à la fois surveillé et assisté par la police, et obtint deux entrevues de sa confiante victime. Comme il sortait de la dernière, l'autorité, avertie par lui, investit la maison; mais après les perquisitions les plus minutieuses, on ne trouva personne. Madame et ses confidents avaient eu le temps de se blottir dans un réduit obscur pratiqué dernière la plaque mobile d'une cheminée, et dont Deutz ignorait l'existence. Ils y restèrent seize heures, mais se livrèrent eux-mêmes, à demi étouffés par du feu que les gendarmes, qui occupaient la maison, avaient allumé par désœuvrement (6 novembre). Jusque-là toutes ces aventures avaient une couleur d'héroïsme qui en couvrait le côté extravagant. Les malheurs de la duchesse de Berry ne commencèrent réellement qu'avec sa captivité au château de Blaye, ou elle fut gardée d'abord par le colonel de la Chousserie, puis par le général Bugeaud. La malheureuse princesse était destinée, comme dénoûment à son aventureuse odyssée, à boire jusqu'au fond le calice de honte et d'amertume ; et le gouvernement de Louis-Philippe tira d'elle une vengeance dont l'immoralité a été justement flétrie. Au mois de janvier, on apprit que la captive était atteinte de malaises significatifs, qui firent soupçonner une grossesse. Des médecins furent envoyés, et bientôt il ne resta plus aucun doute. Elle-même, pressée par sa situation, se résigna à déclarer qu'elle s'était mariée secrètement en Italie au comte Lucchesi-Palli. Peu touché d'une position aussi pénible, le gouvernement, au lieu de garder le silence et de renvoyer à Palerme cette ennemie vaincue et désormais impuissante, donna à sa déclaration la publicité du Moniteur, employa tous les moyens pour arriver à une constatation publique de la grossesse, si bien que l'accouchement eut lieu en présence de témoins et qu'un procès-verbal en fut dressé. Louis-Philippe n'avait plus dès lors aucun parti politique à tirer de son infortunée parente, qu'il renvoya humiliée et brisée à Palerme. Depuis, elle a vécu dans la retraite, privée, par son second mariage, de sa qualité de régente et de toute importance politique dans son parti. On lui enleva même alors la direction de l'éducation du jeune Henri. Son époux est mort en 1864.


LOUVEL (Louis-Pierre), meurtrier du duc de Berry, né à Versailles en 1783, exécuté à Paris le 7 juin 1820. Orphelin de bonne heure, il avait été élevé par une sœur aînée, Thérèse, qui l'avait fait entrer, vers l'âge de douze ans, à l'institution des Enfants de la patrie (la Pitié), à Versailles. Mis en apprentissage chez un sellier de Montfort-l'Amaury, puis repris par sa sœur, qu'inquiétait sa constitution débile, il l'aida jusqu'à seize ans dans son petit commerce de mercerie. Les plaisirs de la petite famille se bornaient à chanter des hymnes, le décadi, dans le temple des théophilanthropes. Louvel, qui avait toujours été un enfant doux, sobre et rangé, se rendit à seize ans à Paris pour y continuer son apprentissage. Abandonné à lui-même, il exagéra en quelque sorte ses qualités. Il achetait a l'avance plusieurs pains de quatre livres, parce que, disait-il, on mange moins de pain quand il est dur; il se montrait obligeant, mais il était peu liant et taciturne. A dix-huit ans, devenu un habile ouvrier, il commença son tour de France. Vers 1806, il entra dans un régiment du train d'artillerie de la garde impériale; mais, au bout de six mois, la faiblesse extrême de sa constitution, compliquée d'une hernie très-douloureuse, lui fit obtenir son congé. En 1814, Louvel se trouvait à Metz. Les hontes de l'invasion lui firent verser des larmes de rage ; ce fut alors qu'il jura d'exterminer tous les Bourbons, ce sont ses propres paroles. Il voulut frapper Louis XVIII, et se rendit pour cela à pied à Calais. Il eut aussi la pensée d'assassiner le duc de Valmy, pour le punir d'avoir adhéré à la déchéance, puis le comte d'Artois.
De Calais il vint à Paris ; il y vit les Bourbons fêtés, l'étranger accueilli avec enthousiasme, les maisons pavoisées de blanc. Tout cela l'indigna, et il partit pour l'île d'EIbe, où le maître sellier des écuries impériales, Vincent, l'employa de septembre à novembre. Des réformes économiques dans la maison de Napoléon à l'île d'Elbe firent congédier Louvel, qui partit pour Livourne et de là pour Chambéry, ou il se mit à travailler pour gagner la somme nécessaire à l'accomplissement de son projet; car, désormais, l'extermination des Bourbons était devenue chez lui une idée fixe. Il était à Chambéry depuis trois mois, travaillant chez un maître sellier, quand un matin, le 7 juin 1815, la femme de son patron apporta dans l'atelier un journal qui annonçait le débarquement de Napoléon au golfe de Juan. A cette nouvelle, l'ouvrier se lève, accroche, sans mot dire, à un clou son tablier de travail, et part, par une pluie battante, sans bagages et presque sans un sou. Arrivé à Lyon, Louvel rentra sous les ordres du maître sellier Vincent, et suivit le train des équipages de Paris à Waterloo. Il assista à la défaite suprême et revint à Paris. De là, il partit de son plein gré sans autorisation, pour accompagner les équipages de Napoléon. Les voitures restèrent à La Rochelle ; là, Louvel fit fabriquer avec soin, par un coutelier, l'arme qui, dans sa pensée, devait débarrasser la France des derniers Bourbons. Revenu à Versailles vers la fin de 1815, il se montra plus sombre que jamais. Peu après, il entra dans les équipages de Louis XVIII, afin d'exécuter son dessein plus facilement. Après de longues réflexions, il choisit pour sa première victime le duc de Berry, second fils de Monsieur, depuis Charles X. Pendant quatre ans, il vécut ne fréquentant personne, ne lisant jamais les journaux, employant tous ses instants de loisir à parcourir les lieux où il espérait rencontrer ce prince. Le 13 février 1820, il trouva enfin l'occasion si longtemps attendue.
C'était un jour de carnaval, le mardi gras; le duc de Berry sortait de l'Opéra par la petite porte, vers onze heures du soir. Le prince présentait la main à la duchesse sa femme pour monter en voiture, quand Louvel, se glissant entre le mur et un factionnaire qui présentait les armes, saisit le prince par l'épaule gauche, le frappa au côté droit et s'enfuit. Le duc ne crut d'abord qu'à une violente secousse; mais il porta la main à son côté, sentit le manche de l'arme enfoncée dans la blessure, et s'écria : « Je suis mort, on m'a assassiné; venez, ma femme. » Et il arracha l'arme. Un jet de sang s'échappa, et le prince tomba dans les bras du comte de Mesnard. En même temps, MM. de Choiseul et de Clermont, aides de camp du prince, et le garde royal de faction, Desbiez, couraient après le meurtrier, qui, dans sa fuite, renversa un garçon limonadier, Paulmier, avec son plateau chargé de glaces et de bavaroises. Paulmier, furieux, s'élança sur Louvel, qui fut enfin arrêté.
Le duc de Berry mourut dans la matinée, vers six heures, en demandant, parait-il, la grâce de son meurtrier.
Quant à Louvel, conduit, les menottes aux mains, au ministère de l'intérieur, il fut interrogé pendant toute la journée du lendemain, puis écroué à la Conciergerie, où un officier de police le garda à vue. On l'avait revêtu de la camisole de force, afin qu'il n'attentât point à ses jours. La police croyant voir en Louvel l'instrument de partis puissants, de ténébreuses intrigues, on le tourmenta de toutes façons pour lui faire dénoncer des complices. Le 15 février, vers midi, dit une relation, on vint chercher Louvel à la Conciergerie pour le conduire au Louvre. Là, dans une salle basse tendue de noir, était un lit entouré d'évêques et de grands officiers de la couronne. On amena le meurtrier devant ce lit, dont on tira brusquement le drap ; ce drap recouvrait le cadavre du prince, encore revêtu de la chemise sanglante, pâle et la plaie béante au côté. « Reconnaissez-vous, lui dit-on, cette blessure et le poignard qui l'a faite? - Oui, répondit Louvel impassible. - Avez-vous des complices? - Aucun. » Le calme de Louvel frappa, paraît-il, les assistants d une sorte de terreur. Un évêque, hors de lui, crut le reconnaître pour un homme qui avait voulu l'assassiner quelques années auparavant. Louvel le regarda avec tranquillité et ne lui répondit même pas.
Enfin, une ordonnance royale constitua la Chambre des pairs en cour de justice, pour procéder au jugement du coupable. Le 23 mars, Louvel fut interrogé par les commissaires de la Chambre, MM. Bastard de l'Etang et Séguier. Il s'était préparé avec soin pour cet interrogatoire, voulant faire bien comprendre au public et à ses juges la nature et le but de son acte. L'instruction, en effet, s'égarait à la recherche de complices imaginaires, et les arrestations inutiles se multipliaient. « Ces messieurs veulent faire mon affaire plus grande qu'elle n'est, » disait Louvel, voyant qu'on soupçonnait l'Angleterre, l'Autriche, l'Espagne ou le parti bonapartiste. Il paraissait pressé d'en finir, très-poli, du reste, dans toutes ses réponses, patient, et d'une fermeté qui ne se démentit pas une seule fois pendant toute sa captivité.
Le 5 juin, le procès s'ouvrit sous la présidence au chancelier Dambray. La cour avait d'office donné pour défenseurs à Louvel les avocats Archambault et Bonnet.
Le meurtrier continua à montrer le plus imperturbable sang-froid. Il déclara qu'il ne fallait voir en lui qu'un Français qui s'était sacrifié. « Sans doute, dit-il, c'est une chose horrible que d'aller derrière un homme pour le poignarder ; c'est un crime ! Mais je n'avais pas le choix, des moyens pour punir ceux qui ont trahi la nation. » Interrogé sur ce qu'il aurait fait s'il s'était sauvé, il répondit qu'il aurait tué le duc d'Angoulème, puis successivement tous les princes de la famille royale, car il les regardait tous comme des traîtres envers la, patrie. Il affirma plusieurs fois avec force n'avoir jamais fait part de son projet à personne.
Le lendemain 6 juin, le procureur général prononça un très-court réquisitoire ; Me Bonnet plaida la démence, le seul moyen possible de salut. Puis Louvel tira quelques feuillets écrits de sa main, et lut un petit discours très-simple, qui résumait de nouveau ce qu'il avait déjà dit au cours du procès : « Tout Français qui a porté les armes contre sa patrie perd à jamais sa qualité de citoyen français; les Bourbons n'ont pas le droit de rentrer en France, et surtout d'y vouloir régner. Louis XVI a été exécuté légalement et justement, de l'aveu de la nation entière; la nation serait déshonorée si elle se laissait gouverner par cette race de traîtres. » La peine de mort fut prononcée.
Louvel entendit cet arrêt avec son calme ordinaire. Il reçut la visite d'un prêtre, l'abbé Montés, l'accueillit avec politesse, mais refusa de se confesser. « J'aurais pourtant presque envie d'aller en paradis, dit-il ironiquement, car j'y retrouverais peut-être le prince de Condé, qui, lui aussi, a porté les armes contre la France! Il fut conduit le lendemain au supplice, et monta les degrés de l'échafaud avec une tranquillité exempte de forfanterie. Au pied de l'échafaud, l'abbé Montés ayant voulu tenter un dernier effort : « J'en suis fâché, dit plaisamment Louvel, mais on m'attend là-haut. »
L'attentat de Louvel fut exploité par les ultra-royalistes. Le ministère Decazes tomba ; des lois d'exception furent présentées aux Chambres et votées; la censure fut établie, la loi des élections changée, et le gouvernement manifesta franchement ses tendances rétrogrades. Louvel venait de préparer la révolution de juillet 1830.



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