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Jeton Jules Jaluzot Fondateur
Jules Jaluzot Fondateur - graveur : Tasset
Au Printemps 1865-1884 - Boulevard Haussmann Paris
Cuivre rond, 29 mm
Token : Jules Jaluzot Fondateur
Jules Jaluzot Fondateur - graveur : Tasset
Au Printemps 1865-1890 - Souvenir des Noces d'argent 3 Novembre 1890
Cuivre rond, 29 mm


Article tiré de l'Almanach Hachette 1921 :

Le Grand Magasin ! Ville dans la Ville, c'est pour lui que des architectes de talent ont créé un style nouveau, logique et lumineux, pour lui que les industries du bois et du fer ont combiné ces "fermes", ces comptoirs, ces verrières où s'unissent les matières les plus agréables à la vue. Ses bâtiments ont changé l'aspect de quartiers entiers en les embellissant.
Le Grand Magasin vous a souvent émerveillée, Madame, par les facilites d'achat que vous y rencontrez. Par un phénomène qui est un des plus curieux de notre vie moderne, un seul de vos désirs a suffi pour mettre en œuvre un organisme considérable, à la fois complexe et précis ; d'innombrables activités se sont alors employées pour vous ; le Grand Magasin pour vous satisfaire s'est multiplié.
Pendant que vous faisiez emplette de l'ar­ticle qui vous plaisait, ses représentants choi­sissaient à Paris ou en Chine, dans une de nos fabriques provinciales ou chez des artisans des contrées les plus éloignées, l'objet qui vous plaira dans six mois ou dans un an, et s'en rendaient acquéreurs à des conditions avantageuses dont vous serez appelée à bénéficier le jour venu.
Ces articles, acheminés sur Paris, par voie de terre ou de mer, par chemins de fer, camions, ­autos, bateaux de tous tonnages, sont, dès leur arrivée, repartis dans les annexes.
Mais le Grand Magasin manufacture aussi un grand nombre des articles qu'il met en vente. De ses ateliers établis à Paris, dans la Françe entière, et même à l'étranger, il reçoit des créations qui portent sa marque, et en répan­dent le renom. Il ne cesse d'élargir le champ de son action ; c'est ainsi que le Printemps que nous pouvons considérer à juste titre, comme le magasin moderne le mieux outillé a ajouté à ses ateliers de mode et de couture dirigés par des premières de choix, des ateliers de confection, de lingerie, de céramique, de battage et de garde de tapis, de blanchissage, d'ameu­blement répartis dans les régions où la main-d'œuvre spécialisée lui permet de fonder de veritables centres de production. Les ateliers Primavera, fondés également par le Printemps, pour la création d'objets d'art et de tissus d'ameublement, fonctionnent dans toutes les régions de France.
Comme les produits venus des plus loin­taines contrées, ces articles sont centralisés dans les annexes et là, classés,étiquetés, dûment parés, il attendent le jour où, tels des troupes fraîches marchant à la bataille, ils seront ache­minés vers les rayons.
Ces annexes sont groupées autour du Grand Magasin ou réparties dans Paris... Le Printemps en a établi même à Montreuil où l'on fabrique des meubles, à Clichy où sont installés les ateliers de cartonnage ; il possède des écuries et des remises pour ses chevaux et ses voitures, des garages et un atelier de reparation pour ses autos qui, sur les routes défoncées des environs de Paris, circulent tous les jours pour livrer les marchandises.
Ces réserves où la marchandise ne fait que passer pour être déballée et subir le triage et le classement, ces ateliers dont la production régulière est dirigée chaque jour sur Paris, occupent une surface près de dix fois égale à celle occupée par les Grands Magasins eux-mêmes. Et cependant cette production immense, un jour de grande mise en vente suffit à l'absorber en entier. Dans les sous-sols, une armée de chariots véhiculent vers les 36 monte-charges, - 254 étages au total ou si vous préférez 864 mètres, - des cargaisons de marchandises qui iront remplacer dans les rayons celles déjà parties....
Est-il besoin de vous faire le tableau d'un Grand Magasin, un jour de vente? Par toutes les portes, la clientèle entre ; les 26 ascenseurs du Printemps qui totalisent 208 étages ou 728 mètres un peu plus de deux fois la hauteur de la Tour ­Eiffel montent à pleine charge, et déversent dans tous les rayons une foule toujours grandis­sante d'acheteurs ; les dix escaliers réservés au public sont bondés, les vendeurs et les ven­deuses répondent partout, à tout le monde ; les caisses sont assiégées, mais vous n'attendez guère, et, enveloppé de bleu-horizon, votre paquet vous est aussitôt remis par une débitrice. Cette operation, par le petit nombre de gestes qu'elle déclenche, est de beaucoup la plus simple... Si d'autres courses vous sollicitent: votre achat vous sera livré à domicile. Ou encore si vous devez visiter plusieurs rayons de ce même magasin : vous vous êtes, en conséquence, munie d'un numéro de caisse, et vos emplettes du jour, groupées, vous seront expédiées de la même façon.
Vos achats, confiés à des tobogans répartis dans les rayons des différents étages, sont con­duits sur une plaque tournante installée dans les sous-sols ; là, un tapis roulant les recevra, et les transportera à la section des courses concernant l'arrondissement ou la région que vous habitez ; ils y attendront la facture qui doit les accompagner. Mais ils n'attendront guère : car vous aviez à peine quitté le rayon après y avoir donné votre nom et votre adresse, que votre note insérée dans un tube pneumatique montait d'un seul élan vers les étages supérieurs ; elle était aussitôt dépouillée et une machine établissait électriquement et mécaniquement votre facture ; un autre tube l'envoyait ensuite dans les sous-sols où elle rejoignait votre colis. Pendant ce temps vous avez pris quelque repos au salon de Thé du Printemps où il est de bon ton de faire une visite, et la joie vous est parfois donnée en rentrant chez vous d'admirer tout à loisir votre emplette du jour !
Et pour obtenir ce résultat, au Printemps 15 tobogans fonctionnent sans arrêt ; ils alimen­tent mille mètres de tapis roulant installés dans les sous-sols dont le plafond n'est qu'un prodi­gieux enchevêtrement de tuyaux, de fils, de tubes pneumatiques... car ces derniers représentent un peu plus de 12 kilomètres, exactement la longueur du tunnel du Mont-Cenis. Et pour vous servir plus vite, tous les moyens de transport ont été employés depuis le métro, l'au­tobus et le tramway, jusqu'au triporteur élec­trique : ceci pour les livraisons dans Paris. Pour les transports aux gares et dans les 1663 communes de la banlieue et des départements limitrophes qu'il dessert à jours fixes, le Printemps dispose d'un grand nombre de voitures hippomobiles, de camionnettes et de camions-autos.
Cette organisation ne concerne encore que Paris et sa banlieue. Or un grand magasin d'aujourd'hui étend ses affaires, à la France entière, et à l'étranger, et ses services tiennnent dans sa vie quotidienne une place considérable.
Chaque jour des machines spéciales ouvrent plus de 10.000 lettres réparties entre les divers secteurs de la France qui ont chacun une organisation spéciale. Les lettres classées, des employés ont pour mission de réunir les articles qu'elles demandent. Il faut, pour éviter des réclamations que l'eloignement rend souvent difficiles, s'assurer que tous les articles livrés sont conformes à la demande ; il faut encore, si l'objet choisi fait défaut, correspondre avec le client pour avoir ses nouvelles instructions... Et quand, après une dernière vérification, les 5.000 colis qui, tous les jours, sont envoyés aux gares, ont été livrés aux emballeurs qui les mettent en caisses ou en cartons, les services d'expéditions en Province et à l'étranger doivent classer la commande dans leurs archives pour en conser ver trace en cas de perte ou d'avarie.
Mais si le Grand Magasin reçoit des lettres, il en envoie aussi de son côté ; c'est par milliers que sont portés à la poste catalogues, corres­pondances et réponses aux multiples demandes de renseignements ou d'échantillons. Se doute­-t-on que ces petits bouts d'étoffes groupés sur une simple carte, représentent, dans l'ensemble d'un envoi, plusieurs pièces de chaque modèle et que des ouvriers spécialistes sont employés à les découper et à les coller ensuite? Pour trois millions de lettres qui lui parviennent chaque jour, le Printemps en expédie pour le moins autant.
La machinerie que nécessite cette belle organisation suffirait à remplir un grand article : cinq moteurs Diesel d'une puissance de 1500 HP, l'installation électrique avec ses 6 000 lampes suffirait à l'éclairage d'une petite ville...
Et nous ne pouvons passer sous silence les services de publicité, où des artistes et des écrivains travaillent à l'établissement de ces catalogues qui sont tirés à des centaines de mille d'exemplaires ; des services d'hygiène où un doc­teur, assisté de plusieurs infirmières, donne chaque jour des soins au personnel ; des salles à manger enfin où l'on sert 4 050 déjeuners par jour... On le voit, autour du Grand Magasin gravite une petite armée de précieux auxi­liaires où l'on compte des employés de toutes les spécialités et des ouvriers de tous les corps de métier.
En terminant, élevons-nous quelques secondes sur les hauteurs vertigineuses et pittoresques de la statistique. Un Grand Magasin comme le Printemps occupe au sol pour la vente une surface de 7937 m². En multipliant cette surface par ses 9 étages, sous-sols compris nous obtenons une surface de 71443 m², soit à peu près 2 fois celle de la place de la Concorde.
Avant la crise économique actuelle, le Printemps employait quotidiennement environ 6 000 rames de papier d'une surface de 2.480.000 m². Et la ficelle? 200 kilos étaient absorbés chaque jour qui, déroulés, eussent suffi pour ficeler les fortifications de Paris de dix tours bien noués ; au bout de l'année avec ses 140.000 km de longueur employés, on aurait pu ceinturer 2 fois et 1/2 la rotondité de la terre...
Restons-en là ; - nous irions trop loin...
Et tout cela, pour vous plaire, Madame, que vous habitiez en effet Paris ou la banlieue, la France ou l'Etranger, c'est encore par le Grand Magagin, que vous est donnée la joie d'apprécier rapidement avec les dernières créations de la Mode Parisienne, les plus modernes manifestations de l'activité et de l'ingéniosité françaises.

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