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Economie Politique Chrétienne, ou Recherche sur la nature et les causes du paupérisme, en France et en Europe, et sur les moyens de le soulager et de le prévenir, de Alban Villeneuve-Bargemon, 1834.
Sous le vertueux Louis XVI, en 1780, la capitale vit s'établir une vaste société de bienfaisance qui a produit d'admirables résultats. Interrompue par la révolution, qui avait dispersé toutes les institutions de charité, elle fut recomposée en l'an 10, et depuis lors elle ne cesse de propager l'esprit de charité et de suppléer à l'insuffisance des établissements publics. C'est à elle que l'on doit l'introduction des soupes économiques, des dispensaires (dont les curés de Paris avaient donné la première idée) et des sociétés de prévoyance mutuelle imparfaitement inconnues auparavant. Son but, ainsi que l'avait si bien exprimé un de ses plus respectables fondateurs (le duc Mathieu de Montmorency), était de fournir aux besoins des pauvres sans leur donner de l'argent. Depuis le rétablissement de l'ordre, de la paix et de la religion en France, beaucoup de sociétés bienfaisantes ou philantropiques se sont formées à Paris et dans nos grandes villes. Nous offrirons plus tard la liste des principales associations de ce genre que renferme aujourd'hui la capitale. Nous nous bornerons à citer la Société philantropique, dont monseigneur le duc de Berry, ce prince si bon, si aimable, si généreux, et, hélas ! si infortuné , s'était déclaré le président et le prolecteur, comme de tant d'autres établissement charitables.
Forces productives et commerciales de la France de Charles Dupin, 1827.
Parmi les sociétés de bienfaisance, il faut placer au premier rang la Société philanthropique établie en 1780, sous la protection de Louis XVI, et maintenant encore protégée, par le roi qui la secourt généreusement sur la liste civile, par les princes, et surtout par madame la duchesse de Berry qui contribue, avec ses enfants, pour la somme annuelle de 10,200 fr. Le ministère de l'intérieur accordait à la Société philanthropique un secours de 15,000 fr., chaque année. Dès 1823, le ministère en a supprimé trois mille, et dès 1825, il en a supprimé six autres mille. Est-il possible de produire des économies sur les sommes destinées à conserver la vie des pauvres et des convalescents qui, par un plus rapide recouvrement de leurs forces, rendent bientôt avec usure les sommes que l'Etat et les particuliers ont données en faveur de la charité ! Espérons que le ministre de l'intérieur, mieux éclairé sur les bienfaits qu'il cesse de répandre, révoquera de lui-même une mesure qui fait gémir les amis de l'humanité. Les bienfaiteurs et les souscripteurs de la Société philanthropique fournissent une somme annuelle qui varie de 65 à 70,000 fr., et l'on est surpris de tout le bien qu'il est possible de faire avec cette somme. Pour la seule année 1825 , la Société comptait huit cent douze souscripteurs. Elle a vendu 34,020 soupes économiques, au prix de 5 cent. , qui n'est pas le tiers de leur valeur ; elle a distribué, en total , 82,445 soupes. Elle a traité 3,645 malades, elle a fait donner 2,430 bains. Si le ministre de l'intérieur n'avait pas retiré la somme
de 9,000 fr., il aurait été possible de porter à 100,000 le nombre des soupes, de soigner près de 5,000 malades, et de donner 3,000 bains. Voilà donc tout le bien dont l'autorité publique a privé les malheureux , par la plus déplorable des économies. C'est aux bons citoyens qu'il appartient de venir au secours d'une admirable institution, si favorable à la conservation des forces productives et commerciales.
La Société philanthropique a formé le vœu de voir l'administration des hôpitaux doubler le nombre des dispensaires de la société pour l'égaler au nombre des Arrondissements. Afin d'atteindre ce but, elle ne demande que 30,000 fr., et fait observer avec raison que les soins donnés à domicile diminueraient beaucoup le nombre des individus qu'on est obligé de faire traiter dans les hôpitaux. Par le moyen des dispensaires le bien est mieux fait ; il l'est d'une manière plus commode et plus agréable pour les malades, qui répugnent parfois à entrer dans les hôpitaux et qui peuvent se faire soigner sans quitter leur travail, leur domicile et leur famille. Pour la somme de 30 fr., on devient membre de la société; alors on reçoit une carte avec laquelle on fait soigner constamment un malade. C'est un des moyens les plus sûrs de produire beaucoup de bien avec une somme fort-modique. Il est à désirer qu'au lieu de distribuer des aumônes, dans la rue, à des mendiants qui souvent font un vil trafic de la pitié publique, les personnes qui composent chaque famille réunissent les secours que leur fortune leur permet d'accorder à l'indigence, pour les confier à la Société philanthropique.
La Société philanthropique de Paris, est comme un centre auquel se rattachent beaucoup d'autres institutions de bienfaisance. Elle met en communication tous les individus animes de sentiments humains. Elle habitue les personnes chargées d'administrer les intérêts de la Société , à diriger leur attention sur les causes de la misère publique et sur les moyens d'y porter remède ; enfin, elle fournit le modèle de dispensaires établis dans beaucoup d'autres grandes villes du royaume, et cet exemple seul est un immense service. Parmi les cartes de dispensaires, que délivre la Société philanthropique , il y en a quatorze accordées aux enfants pauvres élevés dans les écoles gratuites primaires; elles sont à la fois un encouragement pour l'instruction et un bienfait pour l'indigence ; elles permettent de soigner annuellement près de quarante enfants qui fréquentent les écoles gratuites. Il serait à désirer que plusieurs personnes généreuses disposassent des cartes qu'elles reçoivent, comme souscripteurs de la société , pour les écoles gratuites de la capitale. Elles offriraient un encouragement puissant pour les pères et mères , qui seraient surs d'épargner ainsi le traitement médical de leurs enfants, pourvu qu'ils permissent à ces enfants de jouir du bienfait d'une instruction gratuite. Si le ministre de l'intérieur, désirant favoriser l'instruction du peuple , rendait les 9,000 fr. qu'il a retirés à la Société philanthropique, il pourrait demander 1 ,500 cartes dont il ferait présent aux écoles gratuites; il ferait prendre un grand essor à l'instruction élémentaire, en donnant aux parents pauvres, la certitude que la santé de leurs enfants serait généreusement soignée aussi longtemps que ces enfants fréquenteraient les écoles. La Société philanthropique a pris un intérêt très-fructueux à la formation, à la prospérité des Sociétés de prévoyance et de secours mutuels. Il y a 184 sociétés. de ce genre, qui comptent 17,112 sociétaires; elles ont en caisse ou placés dans les fonds publics 1,240,000 fr. (...)
(source : books.google.fr)