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Jeton Colonie de Mettray
A la Colonie de Mettray, la Ville de Tours reconnaissante - Inondation de 1856
Napoléon III Empereur
Bronze rond, 36.5 mm

- Grand dictionnaire universel du XIXe siècle (Tome 11) :

METTRAY, bourg et commune de France (Indre-et-Loire), canton N., arrond. et à 8 kilom. de Tours, sur la Choisille; pop. aggl., 1,065 hab. - pop. tot., 2,344 hab. (1872) . Sur le territoire de cette commune se trouve la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, fondée en 1840 par M. Demetz, peuplée de jeunes détenus acquittés comme ayant agi sans discernement. Avant la création des colonies pénitentiaires, les enfants acquittés comme ayant agi sans discernement étaient cependant envoyés en prison, et, bien que placés dans un quartier spécial et séparés des autres détenus, ils n'en étaient pas moins soumis à un régime qui avait la plus haute influence sur leur développement moral et sur leur constitution physique. Beaucoup de ces malheureux enfants arrivaient à la majorité n'ayant d'autre moyen d'existence que l'éducation industrielle, notoirement insuffisante, des ateliers de la prison; un grand nombre d'entre eux, étiolés par le manque d'air et de lumière, devenaient impropres au service militaire, et l'impôt du sang pesait plus lourd sur les autres jeunes gens du même âge.

Grâce à la généreuse et féconde initiative d'un homme de bien, M. Demetz, ancien conseiller à la cour d'appel de Paris, mort en novembre 1873, une société se fonda, en 1838, ayant pour but : « 1° d'exercer une tutelle bienveillante sur les enfants acquittés comme ayant agi sans discernement, qui lui seraient confiés par l'administration en exécution de l'instruction ministérielle du 3 décembre 1832 ; de procurer à ces enfants, mis en état de liberté provisoire et recueillis dans une colonie agricole, l'éducation morale et religieuse, ainsi que l'instruction primaire élémentaire ; de leur faire apprendre un métier, de les accoutumer aux travaux de l'agriculture et de les placer ensuite à la campagne, chez des artisans ou des agriculteurs; 2° de surveiller la conduite de ces enfants et de les aider de son patronage pendant tout le temps dont ils en ont besoin. » Tel est l'article 1er des statuts de la Société paternelle, dont le premier président fut le comte de Gasparin. M. Demetz fut aidé dans l'exécution de ses projets philanthropiques par un de ses anciens condisciples, le vicomte de Brétignières de Courteilles, qui mit à sa disposition une propriété située à Mettray, près de Tours, et placée dans les conditions les plus favorables à la réussite de son dessein; les bâtiments de la colonie s'élevèrent avec rapidité (1840).

Le but de l'institution étant de donner, autant que possible, aux jeunes détenus l'esprit de famille, les fondateurs firent construira pour les colons des maisons de famille. L'asppect général de la colonie n'a rien de la sévérité qui caractérise la plupart des établissements pénitentiaires. Des deux côtés d'une cour spacieuse sont rangées dix maisons d'une régularité d'architecture qui n'exclut pas l'élégance ; c'est dans ces maisons qu'habitent les enfants. Une église rustique, simple et majestueuse tout à la fois, s'élève au fond de la cour. A. droite et à gauche de l'église se trouvent deux maisons plus vastes que les maisons d'habitation ; elles contiennent une grande classe, un magasin d'instruments aratoires et de modèles, des logements d'employés. Derrière l'église, un corps de bâtiment entouré d'une cour murée faisant préau renferme le quartier de punition; la prison, où est appliqué le système cellulaire, forme le prolongement de l'église, de sorte que les enfants détenus peuvent assister à la messe sans sortir de leurs cellules et sans s'apercevoir entre eux. Autour du quartier de punition se trouvent les cours et les bâtiments de la ferme. Dans un bâtiment placé à l'écart sont établis les services généraux, la lingerie, la boulangerie, la buanderie, la cuisine ; c'est aussi dans ce bâtiment que se trouvent l'infirmerie, la communauté, l'école des contre-maîtres, etc. Chacune des maisons d'habitation présente 12 mètres de longueur sur 6.66 m. et se compose d'un rez-de-chaussée et de deux étages. L'espace de 10 mètres qui sépare chacune de ces maisons est occupé par des hangars qui servent de préau les jours de pluie. Les noms des bienfaiteurs de la colonie ou des villes qui leur ont fait des dons collectifs sont inscrits sur la façade des maisons d'habitation. A l'exception de deux, dont l'une est occupée par l'aumônier et l'autre contient le cabinet du directeur et les bureaux d'administration, toutes ces maisons sont distribuées de la même manière. La pièce du rez-de-chaussée sert d'atelier; elle est, dans quelques maisons, divisée en quatre ateliers par une cloison assez basse pour qu'un surveillant, placé au centre, inspecte facilement chacune des divisions, assez haute pour que les enfants ne puissent pas se distraire mutuellement de leur travail. Au premier et au second étage se trouve une salle qui, par un système ingénieux, sert tour à tour de dortoir et de réfectoire, de salle de récréation pendant la pluie, et même, au besoin, de classe pour vingt enfants. Deux traverses, fixées par une charnière à une de leurs extrémités, sont dressées contre le mur, des deux côtés de la porte d'entrée. Veut-on préparer le réfectoire , les traverses sont abaissées sur des poteaux et partagent la pièce en deux divisions, en laissant un passage au milieu pour les surveillants; des planches rangées contre les murs latéraux sont fixées sur les traverses, et le réfectoire est prêt. Veut-on préparer le dortoir, au lieu de planches, ce sont des hamacs pliés contre le mur qu'on étend et qu'on accroche aux traverses. Au-dessus de chacun des hamacs est une case contenant les effets du colon. Au fond de la pièce est une petite alcôve fermée par des lames de persienne qui permettent de voir sans être vu. C'est là que couche le chef de famille; il a sous sa surveillance deux sections de vingt enfants et est secondé par un contre-maître et par deux frères aînés nommés dans chaque famille, et pour un mois, par leurs camarades. Quatre familles de colons habitent dans quatre fermes détachées de la colonie.

Un grand nombre de colons viennent de départements très-éloignés, et souvent ce sont les directeurs eux-mêmes qui vont les chercher dans les prisons. Dès son arrivée à Mettray, le détenu est placé dans une famille et on l'emploie à l'agriculture ou dans un atelier, en tenant compte de son âge, de sa force, et, autant que possible, de ses aptitudes. La règle à laquelle les détenus sont assujettis n'a rien de sévère. Le lever a lieu à cinq heures en été, à six heures en hiver; habillement, ablution, prières et travaux jusqu'à huit heures ; une demi-heure pour le déjeuner et la récréation; quatre heures de travail; une heure pour le dîner et la récréation ; en été, classe de deux heures pendant la trop grande chaleur, puis travail de quatre heures ; en hiver, au contraire, travail de quatre heures et classe de deux heures à la lumière ; une heure pour le souper, le chant du soir, la prière ; à neuf heures, le coucher. Les enfants reçoivent 750 grammes de pain par jour; du lard et du bœuf à un repas, deux fois par semaine ; le reste du temps, de la soupe, des légumes, des fruits, du fromage, etc. Le clairon sonne le passage d'un exercice à un autre; c'est aussi au son du clairon que chaque section, sous la surveillance de son contre-maître et de son frère aîné se rend à l'atelier ou aux champs.

L'exploitation agricole de Mettray est très étendue ; elle comprend 205 hectares, dont 12 en vignes; les jeunes détenus tiennent dans un état parfait de conservation les chemins ruraux qui desservent les différentes parties du domaine. Les meilleures méthodes d'agriculture y sont mises en usage ; aussi cette exploitation est-elle des plus florissantes. La culture des mûriers et la magnanerie ont été naturalisées à Mettray; un certain nombre d'enfants sont employés à l'horticulture. On excite l'émulation parmi les colons en mettant les travaux à la tâche ; de temps en temps des concours ont lieu dans les ateliers entre les travailleurs ; les enfants se donnent les places entre eux, et les premiers reçoivent une rétribution pécuniaire qui est placée à la caisse d'épargne. On emploie à divers travaux particuliers ceux dont la conduite a été la meilleure. L'inscription au tableau d'honneur récompense les sujets qui sont restés trois mois sans punition. Enfin, la famille qui est restée toute une semaine sans reproche a l'honneur de porter le drapeau. Il arrive quelquefois que les douze familles qui composent la colonie réunissent les conditions exigées, et on choisit alors celle qui possède un plus grand nombre de noms inscrits au tableau d'honneur. Cette solidarité entre les membres d'une même famille a d'excellents résultats.

La discipline de la colonie est rigoureuse; la moindre infraction à la règle est punie, et cela est juste, car, nous l'avons dit, la règle est facile à observer. Voici l'échelle des punitions : radiation du tableau d'honneur; retenue; corvée; pain noir et eau; cellule claire ; cellule obscure ; réintégration à la maison centrale. Afin de donner de l'exercice aux détenus mis en cellule, on les emploie, pendant leur sortie quotidienne, à casser des pierres ou à fendre du bois.

Les chefs de famille, les contre-maîtres et les frères aînés, qui remplissent les fonctions de moniteurs, aident l'instituteur pendant les classes. Le dimanche, les colons assistent régulièrement aux offices, qui sont suivis d'une instruction religieuse faite par l'aumônier; le même jour ont lieu des exercices de musique vocale et instrumentale. Les exercices gymnastiques occupent aussi une partie du dimanche; les colons sont particulièrement exercés au service des pompes à incendie, et, en cas de sinistre, leur concours est hautement apprécié dans les campagnes voisines. Les agrès d'un navire, dressés dans le préau, servent aux exercices des colons qui se sentent portés vers le métier de marin. Les colons de Mettray ont pour vêtement du dimanche une tunique grise en toile brûlée, que fournit la maison pénitentiaire de Fontevrault et qui doit durer deux ans; ils portent aux champs une blouse de paysan renouvelée tous les six mois ; la coiffure du dimanche se compose d'un béret gros bleu, à petite houppe rouge. La colonie de Mettray contient 550 détenus ; en outre, 160 enfants habitent les quatre fermes détachées dont nous ayons parlé plus haut. Une maison de correction paternelle a été annexée à la colonie. En voyant les excellents résultats du système d'éducation correctionnelle appliqué dans la colonie de, Mettray, on ne peut que regretter qu'il ne soit pas exclusivement adopté à l'égard des jeunes détenus, et qu'un grand nombre de ces malheureux enfants soient encore condamnés à l'étiolement fatal de l'atmosphère des prisons.

Avant de terminer, payons à l'école des contre-maîtres de Mettray le juste tribut d'éloges qui lui est du; cet établissement,appelé à former des chefs d'exploitation rurale, est une remarquable école d'agriculture pratique où se forment d'excellents sujets. La colonie y prend ses contre-maîtres et ses chefs de famille. Les jeunes gens placés dans cette école reçoivent une éducation solide qui leur garantit un avenir avantageux. L'enseignement de l'école préparatoire comprend l'étude de la religion, la langue française, l'histoire nationale, la géographie, l'arithmétique, la géométrie, le dessin linéaire, la comptabilité, la gymnastique, la natation, la musique vocale et instrumentale, l'agriculture raisonnée et les éléments de physique, de chimie et d'histoire naturelle, qui s'y rattachent, etc.




- Quelques cartes postales :

 
La Ferme d'Aventigny
Une Famille de Colons
Une Classe
Un Dortoir
Les Brossiers
Les Charpentiers
Les Sabotiers
Les Charrons
Atelier de Menuiserie
Colons aux Travaux
La Gymnastique
La Gymnastique
Le Départ pour la Promenade

- Sur l'inondation de 1856 :

MÉMOIRES LUS.

physique du GLOBE. - Note sur la grande inondation de la Loire;
par M. ROZET.
(Commissaires précédemment nommés : MM. Élie de Beaumont, de Gasparin, M. le Maréchal Vaillant.).

Persuadé que le désastres dont la vallée de la Loire vient d'être le théâtre, m'offriraient de nombreux faits à l'appui du Mémoire que j'ai lu le 26 mai dernier à l'Académie des Sciences, « Sur les moyens d'arrêter les dévastations des torrents dans les montagnes, et de prévenir les grandes inondations des fleuves et des rivières », je suis allé visiter une partie de cette malheureuse contrée, la plus horriblement dévastée de toutes celles qui viennent de l'être par les débordements de nos grands cours d'eau.

Ce n'est qu'au-dessous de Blois que j'ai commencé mes études. Immédiatement en aval de cette ville, les eaux, qui avaient débordé, çà et là, sur la digue de la rive droite, sans la rompre, s'étaient précipitées de l'autre côté en lames minces, et avaient inondé le terrain plat situé au-dessous, sans renverser un seul mur, bien qu'elles se fussent élevées à 4 mètres de hauteur, jusqu'aux toits des maisons. Dans les jardins et les vergers enclos de haies, les arbres paraissaient tous morts, bien qu'ils n'aient pas été déracinés. Le solde ces enclos était recouvert d'une couche de limon, plus épaisse que celle qui couvrait les champs contigus. Ce fait est le résultat de l'amortissement du courant par les haies. Nulle part je n'ai remarqué de dépôts de graviers; l'eau, n'avait pas eu la force de les monter par-dessus la digue.

La première brèche que j'ai rencontrée est celle d'Onzain, moitié chemin entre Blois et Amboise. Elle s'est ouverte en face la station du chemin de fer. Il en est sorti un énorme cône de déjection formé de pierres, de graviers et de sables, qui s'étend jusqu'au delà des bâtiments de la station. A l'ouest de ce cône, un petit bois taillis, dont les plants n'ont pas 3 mètres de haut, a suffit pour arrêter les graviers ; ceux-ci ne l'ont pas envahi sur une largeur de plus de 20 mètres. Mais le cône de déjection, en suivant deux lisières perpendiculaires, s'est étendu fort loin à l'ouest et au nord. Dans le bois, au-delà des graviers, il s'est formé un dépôt limoneux ayant plus dé 0m, 1 d'épaisseur. Près du chemin de fer, à l'est des graviers, une vigne les a encore arrêtés, et ses ceps l'ont fait recouvrir d'une couche de limon presque aussi puissante que celle du bois. Les graviers et les sables sont venus se déposer contre les baies du chemin de fer, qui n'ont pas 1 mètre de hauteur, en formant une longue bande dans le sens du courant. Les dépressions qui séparaient les sillons des champs, perpendiculaires à ce même courant, ont été comblées par des dépôts de limon et de sable, tandis que celles qui se trouvaient dans sa direction ont été creusées. Les colzas, les blés eux-mêmes, ont été recouverts d'un dépôt de limon, déterminé par la faible résistance de leurs tiges.

A Amboise, une immense brèche s'est ouverte, encore en face de la station ; le flot qui l'a traversée à emporté vingt maisons qui avoisinaient la gare, fait crouler plusieurs bâtiments de celle-ci, détruit la voie ferrée en l'affouillant sur une grande longueur et en se creusant un lit profond., que l'on ne pourra peut-être jamais dessécher. Ici le lit de déjection est immense, il se compose de pierres, de débris de murailles, de graviers et de sables, sur une longueur de plus de 4oo mètres. A côté de ce cône, se trouvent des vignes et des jardins bordés de haies, recouverts d'un dépôt limoneux, et dans l'intérieur desquels des maisons sont restées debout.

Près le viaduc de Mont-Louis, une vaste brèche s'est ouverte sur la rive gauche du fleuve, et, au-dessous, les cultures sont enfouies sous une masse de pierres, de graviers et de sables.

A Saint-Pierre-des-Corps, à l'embouchure du canal qui joint la Loire et le Cher, l'eau, passant sous le pont, se précipite dans le canal, en affouillant les culées, et pratique une large brèche dans la digue de la Loire. Le flot, arrêté par la première écluse qui était fermée, s'élève rapidement entre les deux digues qui contiennent le canal. Une masse de travailleurs était alors occupée à consolider celle de l'occident, dont la destruction eût inévitablement entraîné celle de Tours. Malgré tous les efforts, cette digue croulait, quand avec un fracas épouvantable celle de l'est céda, en donnant passage à une montagne d'eau, qui se précipite sur le village et emporte dix maisons. Le courant, amorti par les haies des jardins, inonda les autres jusqu'aux toits sans les renverser. Suivant alors la levée, l'eau s'étendit dans la plaine jusqu'aux remblais du chemin de fer d'Orléans ; mais venant à rencontrer celle du Cher, qui avait passé par la brèche de Roche-Pinard, il s'ensuivit un exhaussement considérable : les deux ondes réunies tombent dans le canal, le comblent et crèvent en deux endroits la levée de l'occident. Tout est rasé en face des brèches, d'où partent maintenant deux cônes de déjection.

Ici encore de simples haies, de 2 mètres de haut, ont préservé des maisons et déterminé de puissants dépôts de limon dans les enclos qu'elles limitent. La Loire et le Cher réunis couvrent la Varenne jusqu'à la levée de Grand-Mont, route de Bordeaux ; la belle gare de Tours est inondée jusqu'à 3 mètres de hauteur, et l'eau pénètre dans la ville par plusieurs issues. Quand un mur s'oppose à son passage, elle s'élève contre, le renverse et anéantit la maison qui est derrière ; c'est ainsi que plusieurs maisons du faubourg Saint-Etienne ont été emportées : deux ont été tellement affouillées, qu'il existe à la place de profondes excavations remplies d'une eau noire et puante.

La levée de Grand-Mont résistant à la fureur du flot, il la suit et va se précipiter sous l'arcade du chemin de fer de Nantes. En affouillant les culées, il renverse le pont et s'ouvre un passage de 80 mètres de large. Toute la plaine de Saint-Sauveur et le faubourg Saint-Eloys sont aussitôt dévastés, le chemin de fer est détruit sur plus de 3oo mètres toutes les constructions qui existaient devant la brèche sont emportées, et leurs débris gisent maintenant dans le cône de déjection qui en est sorti. A 100 mètres au-dessous, une petite pépinière entourée d'une haie qui n'a pas 1m,5o de haut, a détourné les graviers du cône, qui se sont jetés à droite en décrivant une courbe ; il s'est formé dans son intérieur un puissant dépôt de limon, et une cabane en bois, qui s'y trouve encore, a été préservée. Au-dessous, les haies des jardins ont encore sauvé des maisons, bien qu'elles aient été inondées jusqu'aux toits : elles ont empêché les affouillements.

Sur la levée de la route de Chinon, entre le pont Saint-Sauveur et le hameau de Pont-Cher, des peupliers qui ont 0m,4 à 0m,5 de diamètre, plantés sur le bord oriental de cette levée, l'ont tellement préservé, en déterminant des remous, que l'herbe n'a pas même été enlevée. Du côté opposé, l'eau se précipitant d'une hauteur de 4 mètres, la levée a été fortement excavée et les maisons qui se trouvaient au-dessous en partie détruites. Sur les deux levées du canal de Saint-Pierre-des-Corps, où les arbres ne sont pas plus gros que le bras, les remous n'ayant pu se produire, le sol a été profondément raviné.

Ces divers obstacles, qui viennent de produire de si grands effets, sont bien inférieurs aux blocs et aux piliers de pierre que je propose d'établir le long des torrents, avec des traverses de cailloux, pour en arrêter les dégâts et les forcer à colmater le sol. Mes digues criblantes, placées dans les gorges des bassins de réception et dans les étranglements des vallées, empêcheront certainement l'eau de s'élever subitement dans le lit en aval, comme il arrive actuellement à la suite des pluies. Les moyens décrits dans mon Mémoire peuvent donc non-seulement prévenir les grandes crues, mais aussi diminuer les dégâts qu'elles causent dans les plaines, quand ces moyens n'auraient pas été employés dans les montagnes d'où sortent les cours d'eau.

Il n'y a eu de grands désastres dans la vallée de la Loire que sur les points où les digues ont crevé ; à Savonnière, à Villandry, à la Chapelle-sur-Loire où plus de cent maisons ont été rasées, et jusqu'à Nantes, ils proviennent de la même cause. Puisque c'est le système d'endiguement employé depuis tant de siècles qui produit de si grands maux, il faut l'abandonner complètement. Je ne doute point que celui que j'ai eu l'honneur de proposer à l'Académie, appliqué au cours de la Loire, ne préservât ses rives des grandes inondations et ne rendît ce fleuve navigable, pendant toute l'année, sur des points que de légers bateaux ne peuvent pas maintenant franchir en été. De plus, il permettrait de cultiver une assez grande partie du sol compris entre ses digues, et de celui dévasté dans les montagnes par le fleuve et ses affluents, pour payer, au delà, toutes les dépenses qu'entraîneraient les travaux. »

(Source www.bnf.fr : Académie des sciences (France). Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences. 1856 (T. 42).)

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