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Article extrait de
1926 :
A quelque neuf kilomètres en aval d'EpinaI, dans la belle et déjà large vallée de la Moselle, de hautes cheminées d'usine, de vastes constructions industrielles et de nombreuses maisons ouvrières décèlent une cité manufacturière importante.
C'est Thaon-les-Vosges.
Calme et paisible bourgade de trois cents habitants au lendemain de la guerre de 1870, aujourd'hui, ville animée et prospère qu'une population urbaine de 10.000 habitants et une population globale de plus de 12.000 âmes, en tenant compte des agglomérations contiguës de Chavelot et Girmont, a placée au quatrième rang parmi les villes du département des Vosges.
Cette prospérité exceptionnelle de Thaon est due à la
la « B. T. T. », ainsi qu'elle est universellement connue, qui - dès 1872 - y fonda son premier établissement, lequel en prenant une extension particulièrement intense, est demeuré son établissement principal et son siège social, puis est devenu le siège technique central de la cinquantaine d'usines qu'exploite ou controle cette puissante Société dont l'objet réside en :
« Le blanchiment, l'apprêt, la teinture, l'impression et tous traitements de finissage - à façon - de tous fils et tissus de coton, lin et soie artificielle ».
En 1871, après l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne, la région textile de l'Est de la France se trouva presque entièrement dépourvue de la branche complémentaire essentielle de l'industrie cotonnière; le blanchiment, l'apprêt, la teinture et l'impression.
Les « cotonniers » de cette région durent envisager l'impossibilité dans laquelle ils allaient se trouver - à l'expiration de la période d'admission temporaire de deux années qui leur fut accordée - de faire « manutentionner » leurs tissus dans les grands établissements alsaciens de finissage, installés à Mulhouse, Wesserling, Rothau, et dont ils étaient d'importants clients. C'est alors que - pour remédier à cette grave situation - un groupe d'industriels et de négociants constitua la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon, et édifia l'usine de Thaon qui fut conçue largement et dont les dimensions et agencements initiaux témoignèrent, dès le début, de l'énergie et de l'esprit d'entreprise de ses animateurs.
Une circulaire, en date du 8 décembre 1871, signée de tous les fondateurs, annonçait au public la création de la nouvelle Société, au capital de 3.500.000 francs; on pouvait y lire que :
« Les ateliers de blanchisserie et de teinturerie établis chez nous sur une grande échelle, trouveront un aliment assuré dans le blanchiment et la teinture à façon du produit des 16,000 métiers restant dans l'Est de la France.
Le succès de notre entreprise est donc certain, et les capitaux qui y seront engagés trouveront un emploi sûrement avantageux, à la condition cependant que la période d'hésitations et de tâtonnement, suite ordinaire de l'installation d'une entreprise nouvelle, soit supprimée.
Cette condition est complètement remplie par le concours et la collaboration des maisons Gros-Roman, Marozeau et Co, de Wesserling; Steinhel, Dieterlen et Co, de Rothau, concours et collaboration qui assurent dès le début, aux produits de notre usine, la perfection à laquelle de longs essais nous auraient difficilement conduits. »
Le 27 février 1872, M. Michel Hartmann, président du Conseil d'administration, présentait au public les hommes qui avaient reçu mission de mener à bien l'œuvre entreprise; M. Christophe Dieterlen, pour la partie commerciale, et M. Armand Lederlin pour la partie technique et l'administration générale. Ce dernier - ingénieur des Arts et Manufactures - qui avait acquis une grande expérience du traitement des tissus de coton dans l'Usine de Rothau qu'il dirigeait depuis 1857, devait donner à l'affaire une impulsion remarquable, et y attacher son nom.
La belle et noble figure de M. Armand Lederlin, présida aux destinées de la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon, jusqu'en 1909, date à laquelle son fils, M, Paul Lederlin, sénateur des Vosges, lui succéda.
Depuis cette époque, et sous la magistrale direction de M. Paul Lederlin - digne continuateur de la tradition instaurée par son père - l'affaire a pris un essor considérable et elle se place présentement à la tête de toutes les industries similaires de l'Europe, sinon du monde entier.
La prospérité de la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon tient, pour une grande part, à la situation géographique de son établissement principal, et aux conditions économiques particulièrement favorables dans lesquelles il travaille.
Il se trouve, en effet, au cœur même de la région cotonnière de l'Est qui - par les 3.500.000 broches et les 75.000 métiers que groupent les Syndicats cotonniers d 'Epinal et de Belfort - est susceptible de lui assurer une alimentation large et régulière.
Placé à proximité immédiate d'EpinaI, nœud ferroviaire important, raccordé à la voie ferrée d'EpinaI à Nancy, doté de deux ports particuliers - équipés de manière moderne - sur le canal de l'Est, d'une gare privée et d'un réseau étendu rendant faciles et rapides les opérations de chargement et de déchargement des wagons de chemins de fer, pourvu d'un important train de véhicules automobiles, il reçoit les tissus et les matières premières, et expédie les produits finis dans les conditions optima de célérité et d'économie.
La Moselle, qui en borde sans interruption les propriétés sur près de 10 kilomètres, lui fournit un appréciable appoint d'énergie hydraulique, mais surtout en la qualité voulue - la quantité d'eau impressionnante qu'exigent ses fabrications.
Les eaux de cette belle rivière, provenant des terrains granitiques et gréseux des Vosges, dont la limite séparative d'avec les terrains calcaires de la plaine se trouve précisément à Thaon, sont, en effet, quasiment chimiquement pures, et c'est à l'exceptionnelle valeur de cette matière première indispensable, que sont dus les blancs inimitables de Thaon. Leur propreté est, en outre, assurée par la surveillance dont elles peuvent être l'objet le long de leur parcours - en les territoires mêmes de l'usine - jusqu'aux lieux de leur utilisation.
A son origine, l'Usine de Thaon était aménagée pour traiter journellement :
1.500 pièces de 100 mètres à la Blanchisserie;
500 pièces de 100 mètres à la Teinturerie et à l'Impression.
Dès l'année 1874, le compte rendu de l'Assemblée générale signalait une production annuelle de plus de 300,000 pièces. Mais l'installation dans les Vosges de cette nouvelle industrie provoqua naturellement la création de filatures et de tissages, en sorte que la prospérité de l'une favorisa la prospérité de l'autre et réciproquement.
Lorsque, au point de vue douanier, les colonies se virent assimilées à la métropole, la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon décida de créer des ateliers spéciaux pour la fabrication des articles de blanc et de rouleur destinés à l'exportation; cela permit aux tissages de faire appliquer à leurs écrus les manutentions nécessaires aux produits en usage dans nos colonies, manutentions dont l'Angleterre avait alors seule, le monopole.
Plus de 400.000 pièces par an, donnant un débouché à 4.000 nouveaux métiers furent ainsi traitées dans ces nouveaux ateliers. En 1900, le chiffre des pièces traitées s'élevait déjà à 1.500.000, il atteignait celui de 2.500.000 en 1913, niveau auquel atteint encore à l'heure actuelle la production de l'Etablissement de Thaon, en dépit de l'augmentation du poids métrique - très sensible - des tissus produits par l'industrie cotonnière de l'Est.
Le blanc en tous genres fut, dès l'origine, la grande spécialité de l'Etablissement de Thaon qui le développa considérablement. Dès avant la grande guerre, il pouvait produire en une journée de travail 700.000 mètres de tissu blanchi, soit la longueur d'un ruban allant de Paris à Orange, indépendamment de 150.000 à 200.000 mètres de tissu teint ou imprimé.
Comme il s'agit de pièces ou de coupes apprêtées, pliées, décorées, etc..., toutes prêtes pour la vente, on peut se faire une idée de l'outillage énorme et divers que nécessite une telle besogne.
Les études de ses techniciens, tout à fait spécialisés, lui ont permis d'aménager des installations ou l'automaticité et la précision ont été poussées au plus haut point. Des économies très sensibles ont pu être réalisées dans la consommation des produits chimiques, des matières diverses et du charbon, ainsi que dans l'utilisation de la main-d'œuvre, ce qui a permis l'obtention des prix de revient les plus bas.
Deux stations de production d'énergie calorique et motrice, à haut rendement, desservent avec le minimum de pertes de très nombreux ateliers, judicieusement isolés, dans le but de réduire, dans toute la mesure du possible, les dangers d'incendie.
Ces ateliers, édifiés et agencés selon les principes les plus modernes, rendent possible la minutie qu'exigent les traitements délicats qu'ont à subir les tissus en cours de manutention.
De vastes entrepôts pour l'emmagasinage et le classement des pièces en provenance des tissages, permettent aux clients la constitution de stocks importants. Il va sans dire qu'une installation de signalisation des incendies et de protection contre leur propagation - de tout premier ordre - ainsi qu'un corps de pompiers constamment alerté et de surveillants en service permanent, assurent la sécurité que nécessite l'exploitation d'une usine d'aussi grandes dimensions.
Un laboratoire, des mieux outillé, sert de champ d'activité à de brillants chimistes qui travaillent sans relâche à la mise au point de procédés nouveaux, et à la compression des prix de revient par l'amélioration constante des différents facteurs technologiques qui les composent. Les perfectionnements successifs de ses procédés lui ont permis de réaliser des progrès considérables dans les méthodes de fabrication, et d'obtenir des résultats tout à fait remarquables, notamment dans la production des « calandrés », « gaufrés », « moirés », « similisés », « mercerisés », « molletonnés », etc..., pour lesquels la France était, il y a peu encore, tributaire de l'industrie anglaise.
Entre autres spécialités, la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon produit :
Les nuances kaki susceptibles de résister à toutes les intempéries ainsi qu'à l'usage qu'en font les administrations militaires dans les pays chauds. Les apprêts « chent-claer » et « silk-finish » qui, appliqués sur toutes nuances, donnent l'illusion absolue de la soie, demeurent intachables à l'eau et résistent au fer chaud.
Le « special finish export » pour les satinettes noires. Les apprêts « Tonkin » à destination des pays asiatiques.
Les articles « fantaisie » : crépon, voile, nansouk, etc.
Les articles « reliure» et « simili-cuir ».
Dans chaque région textile de France, d'ailleurs, la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon exploite ou contrôle d'importants établissements, spécialement outillés pour le traitement des produits qui constituent la spécialité de ces régions :
Dans le Nord, les toiles, batistes et linons en lin ou métis, et les tissus lourds pour confection.
En Artois, les velours de coton.
En Normandie, les articles de Rouen, et toutes les natures de « grattés ».
A Roanne, les articles tissés teints et fantaisies.
En de nombreuses usines, sont traités les fils grâce auxquels le tissage produit les superbes articles « tissés teints», si recherchés.
Malgré la proximité du front, l'usine de Thaon a rendu d'importants services à la Défense Nationale.
L'Administration des Poudres utilisa sur une vaste échelle ses ateliers de blanchisserie - presque complètement arrêtés par manque d'alimentation - pour le traitement des cotons en bourre (linters). Grâce à l'intelligente activité du personnel non-mobilisé, les machines existantes furent transformées rapidement et de nouvelles installations aménagées avec célérité; en quelques semaines, plusieurs tonnes de coton purent être traitées et la production, suivant une progression ascendante, atteignit, dès juin-juillet 1917, l'appréciable chiffre de 45 tonnes par jour.
D'autre part, lorsque apparurent les premiers gaz asphyxiants, l'Etablissement de Thaon fut amené à fournir un nouvel et puissant effort, afin de produire les quantités considérables de compresses qu'exigeait l'équipement des masques protecteurs.
Tous les bras féminins disponibles dans la localité et les villages environnants furent appelés à travailler, et c'est grâce aux 1.500 femmes de bonne volonté qui répondirent à l'appel de la Direction, que 100.000 tampons purent être journellement livrés aux Services du Matériel Chimique de Guerre.
Des ateliers spéciaux furent, en outre, agencés pour la fabrication des tissus huilés, et permirent la livraison à l'Intendance, de plus de 30.000 mètres par jour de ces matériaux grâce auxquels nos soldats purent se protéger contre certains gaz éminemment dangereux, l'ypérite, en particulier.
Et l'on peut ajouter à ces productions spéciales, celle de tissus de diverses natures destinés aux pansements et dont la consommation était très élevée, celle des tissus destinés à la confection des ailes d'avions, etc., etc...
Peu d'établissements français ont créé, en faveur des membres de leur personnel, un ensemble aussi complet d'œuvres d'assistance, de prévoyance, d'hygiène et d'amélioration des conditions matérielles et morales de l'existence, que celui dont la haute direction de la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon a tenu de doter son établissement principal et, plus généralement d'ailleurs, ses différentes usines.
Nous avons déjà entretenu nos lecteurs, en notre numéro de juillet 1925, de ses œuvres sociales modèles, aussi nous contenterons-nous ici, de les énumérer en accompagnant cette énumération de quelques mots d'explication pour en enlever l'aridité.
Une école ménagère, comportant différents enseignements, entre autres la coupe, la couture, le repassage, le raccommodage, la cuisine, l'hygiène, la puériculture, permet aux jeunes filles de se préparer à leur devoir de femme.
Elles s'y constituent elles-mêmes un trousseau dont les matières leur sont fournies gratuitement.
Au moment de leur mariage, les jeunes ouvrières qui ont - durant cinq années - régulièrement cotisé à la Caisse de Secours, reçoivent une petite dot de cent francs.
La future maman peut prendre un repos complet de deux mois avant, et de deux mois après ses couches, sans craindre de voir sa place prise à son retour; son salaire de un mois avant et de un mois après lui est entièrement versé; à ce salaire vient s'ajouter une importante allocation de l'oeuvre de la « Mutualité Maternelle », ainsi qu'une layette complète. Depuis 1884, des primes de naissance sont accordées, elles atteignent, à l'heure actuelle, 80 francs pour le premier enfant, et s'élèvent progressivement jusqu'à 270 francs pour le huitième enfant.
De dévouées dames inspectrices de l'œuvre de la « Mutualité Maternelle » visitent et encouragent les jeunes mères dont les bébés sont l'objet d'une surveillance active de la part d'une infirmière spécialisée.
Une crèche-pouponnière, fondée en 1911, a été aménagée avec le plus grand soin et pourvue des installations les plus hygiéniques. Elle peut recevoir une soixantaine d'enfants du plus jeune âge jusqu'à trois ans.
L'œuvre de la « Goutte de Lait» annexée à cette crèche, fournit aux mamans du lait complet, provenant de vaches ou de chèvres nourries spécialement, et ce, à un prix très modique.
L'allaitement maternel est encouragé par des primes avantageuses et les ouvrières sont autorisées à se rendre, dans ce but, à la crèche durant les heures de travail, sans qu'il leur soit opposé la moindre difficulté. Les petits enfants d'âge scolaire et dont les mamans sont employées à l'Etablissement, peuvent être confiés à une garderie, organisée à l'Ecole Maternelle publique, de la localité et qu'il subventionne largement, ainsi que la cantine scolaire y annexée.
Des allocations familiales mensuelles sont accordées aux chefs de famille nombreuse; elles sont de 12 francs pour un enfant et atteignent le chiffre de 272 francs pour huit enfants.
La Direction s'est constamment efforcée de favoriser le développement physique, intellectuel et moral des ouvriers et de leurs enfants.
D'importantes subventions sont accordées à cet effet aux écoles primaires et primaires supérieures, aux cours d'adultes et aux cours professionnels de la localité, pourvus d'un corps enseignant de haute valeur. Elle a favorisé l'éclosion de nombreuses sociétés d'éducation physique à tous les besoins desquelles elle pourvoit : la Société de Gymnastique « L'Avenir », « L'Union Sportive Thaonnaise », la Société de Tir et de Préparation Militaire, les « Eclaireurs Unionistes, et Louveteaux », le « Cycle-Club », etc...
Elle a provoqué, en outre, la création de nombreuses Sociétés qui s'adressent plus particulièrement aux adultes : les brillantes phalanges musicales de la B.T.T., « L'Harmonie », la Chorale « Concordia » et la Fanfare « L'Etendard »; un « Photo-Club », « Sport-Boules », le « Tennis-Club », « L'Union Horticole Thaonnaise », la nombreuse Société des « Pécheurs à la Ligne », la Société des chasseurs « La Saint Hubert », etc., etc...
Toutes ces Sociétés doivent avoir, sous peu, leur siège dans un bâtiment immense, « Le Foyer Social », qui sera pourvu des aménagements les plus confortables, qui comportera, outre de très nombreuses salles de réunion et de sports :
Une salle de conférences et de cinématographie, de 1 .500 places assises;
Une salle de réunion de 2.500 places en amphithéâtre;
Une salle de gymnastique;
Un « balneum », répondant aux dernières exigences de l'hygiène;
Un « cercle » à l'usage du personnel, etc...
Un vaste bâtiment édifié au centre de Thaon et formant un cadre au monument aux morts de la grande guerre a été mis à l'entière disposition de l' «Association des Mutilés et Anciens Combattants », ainsi que des nombreuses Sociétés Militaires de la localité.
Une bibliothèque comportant plus de 4.000 volumes est ouverte gratuitement à toute la population.
Dès l'origine, la Direction de la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon s'est préoccupée de donner à son personnel des logements larges, sains et coquets, entourés d'un jardin clos.
A l'heure actuelle, près d'un millier de logements - soit groupés en des cités-jardins édifiés aux endroits les plus salubres de la localité, soit répartis dans différentes artères, - constituent un des éléments les plus importants de la prospérité de l'affaire.
Toutes ces habitations ont été conçues selon les méthodes les plus récentes de l'art de l'architecte; les plus récemment bâties sont munies, outre toutes les commodités habituelles (eau, gaz, électricité) d'une installation de chauffage central par le fourneau de cuisine, d'une « salle d'eau » avec chauffe-bain, de « postes d'eau » dans presque toutes les chambres, de planchers sans joints, d'un bûcher-buanderie, etc...
Afin d'assurer la fourniture de lait pur et complet au personnel, un ensemble remarquable de fermes-modèles a été créé. Une laiterie, comprenant un atelier de pasteurisation à basse température, rend possible la distribution en bouteilles closes et automatiquement remplies, d'un lait d'une qualité exceptionnelle.
Un réfectoire permet aux ouvriers célibataires ou venant des villages voisins, de prendre, à midi, un repas copieux et économique.
Une boucherie-charcuterie, organisée de manière moderne, permet la fourniture au personnel de viande de boucherie et de produits de charcuterie d'excellente qualité.
En vue de lutter efficacement contre l'alcoolisme, des kiosques à café ont été installés à l'entrée de l'usine, et des cafés-restaurants de « L'Etoile Bleue » organisés dans la localité, Pour combattre la tuberculose, l'Etablissement dispose de nombreuses places dans différentes colonies de vacances (préventoria et sanatoria) qu'il subventionne comme il convient.
Dès 1874, la Direction a provoqué la création d'une caisse de secours, dont font partie, en principe, tous les ouvriers, grâce à une cotisation minime, à laquelle s ajoutent d'importantes subventions patronales.
Les ouvriers jouissent ainsi :
De soins médicaux et de médicaments gratuits;
D'une indemnité en cours de maladie;
De secours exceptionnels en cas de besoin urgent;
D'une petite pension de retraite.
La Direction provoqua également, en 1914, la création d'une Société Mutuelle de Secours et de Retraites au profit des employés, et institua une caisse de chômage qui fonctionne depuis 1920.
Un hôpital-dispensaire moderne, édifié en 1902, dirigé par deux médecins, assure à l'Etablissement son indépendance complète vis-à-vis des hôpitaux et hospices publics de la région et notamment ceux du chef-lieu du département. Un cabinet dentaire fonctionne parallèlement à cet hôpital.
Grâce à une entente particulière avec certaines compagnies d'assurances populaires, les membres du personnel peuvent souscrire, dans d'excellentes conditions, des assurances sur la vie.
Rien n'a été négligé pour améliorer dans la plus large mesure possible les conditions matérielles et morales des membres de la grande famille ouvrière de la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon, et l'œuvre sociale qu'elle a accomplie mérite bien, à tous égards, d'être soulignée.
Une affaire d'aussi puissante envergure nécessite évidemment la centralisation de tous ses services administratifs et commerciaux.
C'est à Paris, au cœur de ce quartier des Champs-Elysées où tout le haut commerce et la grande industrie semblent devoir désormais élire domicile, qu'au 23 de la rue de Marignan, en un immeuble commodément organisé, sont installés ces services, et que, par des méthodes de travail homogènes et rationnelles, est assuré, coordonné et dirigé, le labeur d'une petite armée de plus de 12,000 personnes.
Nous ne quitterons pas ce joli coin des Vosges, sans manifester la joie intime que nous a procurée la constatation encourageante des belles réalisations dues à l'intelligence, à l'activité et au dévouement des grands chefs de la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon dont l'industrie française a droit de s'enorgueillir.
